UA-2100979-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Train de bancs (bis,22) | Page d'accueil | Tarbes, début d'exploration »

30/08/2015

Handicapé (bis,23)

 

DSC03627_2_2_2.jpg

Toi, le handicapé anonyme dont l'ombre rampe vers la porte et les couloirs sans fin de l'hôpital,

le regard cherche la lumière de la fenêtre,

je voudrais découper ton nom aux ciseaux des mots, aux ciseaux des sons, dans la langue des oiseaux des anciens alchimistes.

Handicapé, caché derrière le H, la hache qui a coupé le fil, il y a l'an, ces années que tu comptes et peuples de tes rêves. Hand est la main que je voudrais te tendre pour l'invitation au voyage. Au centre je devine Icare et son vol plein d'espoir. Je vois aussi la cape tissée d'amour pour t'envelopper et le cap qu'il nous faudra tenir pour arriver au but ultime, à la dernière station des vacances imaginaires.

Toi, l'anonyme que l'on promène du lit au fauteuil et du fauteuil au lit, ta chambre est la dernière station de notre train.

Je viens te chercher, nous venons te chercher car je ne suis pas seule. Tout l'été nous avons voyagé vers toi dans le seul but, par la force de notre rêve, par la force de notre amour, de t'emmener avec nous. Pas dans un pays lointain, pas dans des lieux grandioses, simplement descendre le petit chemin, juste à gauche du banc des premiers jours de l'été, et marcher tous ensemble sur la plage.

Tu penses, tu ne dis pas, les mots aussi sont partis, tu penses, je ne peux pas marcher, mon corps s'est absenté.

Ce n'est pas important. Tu es moi et les autres, tu es moi et je suis celui qui est assis dans le fauteuil devant la fenêtre.

P6271058_2.jpg

Tu es pieds nus et tu marches sur le chemin humide comme un enfant qui naît. Ce chemin qui conduit vers la mer. Sur la plage, le sable fin s'insinue entre tes doigts de pieds. L'odeur marine pénètre chaque pore de ta peau et la vague de la marée montante frissonne le long de tes jambes . Tu cours, tu danses dans la poussière bleue des gouttes d'eau. Tu n'es plus que sensations et le cri de joie qui monte à ta gorge nous le poussons tous ensemble.

Par une après-midi de fin d'été, dans un rayon de lumière, le long train de banc des vacances imaginaires est arrivé à destination.

Ariaga

Commentaires

Un cri reste bloqué dans la gorge
la respiration comme un soufflet de forge
je ne connais pas ces impressions
mais des proches sont privés
de certaines fonctions
momentanément ou pas
je souffre pour eux en silence
leur silence n'est pas acceptation
ils luttent mais tout bas
chaque jour est un combat

Merci Ariaga , cela doit sortir
on ne peut garder pour soi indéfiniment
des douleurs aussi intenses

Écrit par : Thierry | 30/08/2015

Ton approche est très poétique et en même temps un cri du cœur sublime. j'en ai les larmes aux yeux !

Écrit par : Sedna | 31/08/2015

Rien à ajouter, Sedna a tout dit. Si, merci de cette re-diffusion.

Écrit par : Louis-Paul | 02/09/2015

Coucou Ariaga, c'est très émouvant de relire ce passage. Après cela nous allons te retrouver bien vite j'espère. Je t'embrasse.

Écrit par : danae | 02/09/2015

@ ARIAGA À TOUS, oui,je vais bientôt être de retour au Laboratoire mais mon emménagement est loi d'être terminé et je rame ...
Je vous embrasse tous.

Écrit par : Ariaga | 03/09/2015

tu es donc sur un banc de rameur
avec combien de dames de nage
et combien de dames en nage

ce n'est pas seulement une galère alors ?

Une trirème

Écrit par : THierry | 03/09/2015

Nous sommes tous des handicapés en puissance, voire même sans le savoir !

Nous ne sommes certes pas tous égaux devant les faiblesses de la nature, que ce soit la génétique ou les événements, une vie est déterminée par tant de choses...inconnues ou mal connues.

Le contact du handicap de l'autre est un sujet d'étonnement, de réflexion, d'empathie mais aussi parfois de rejet.

Certains handicaps qui sont lourds sont à peine visibles.

Cela ne saute pas toujours aux yeux, clairement.

Du handicap j'en ai une idée très concrète depuis l'enfance car ma tante la plus jeune était trisomique profonde et nous avons joué ensemble dans mon enfance. Nicole telle était son prénom a vécu 59 ans mais je n'ai pas pu aller à ses obsèques et cela je le regrette profondément.

Si j'ai un brin d'humanité je le lui dois assurément largement.

Depuis le handicap ne m'a plus quitté sous des formes diverses
et ma compassion a grandi, mon écoute et ma conviction que rien ne sera jamais suffisant pour le compenser, mais qu'une oreille attentive
un bras secourable ou un sourire affectueux peuvent beaucoup...malgré tout

Merci Ariaga de me permettre de dire, un peu, avec tact ce qui me taraude depuis si longtemps

Écrit par : Thierry | 04/09/2015

Que ce texte est bouleversant !!!!!!!!!!!!!!!!!!
Je ne trouve rien à dire d'autre.

Écrit par : Hécate | 07/09/2015

Un très beau texte, qui me touche énormément... de par le handicap de mon petit-fils, tu l'auras compris.
Bon week-end à toi, Ariaga. Amitiés.

Écrit par : Françoise | 18/09/2015

@ Je me sens en lien très fort avec toutes les personnes que ce texte touche car il est inspiré par mon compagnon aujourd'hui disparu.

Écrit par : Ariaga | 19/09/2015