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20/05/2016

Un autre regard

 

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Texte et photos ÉPHÊME

ÉPHÊME est toujours en réflexion poético-photo-philosophique au sujet de l'image qui a réenclenché sa créativité. Il en propose une autre version plus lumineuse que j'ai volontiers acceptée car, en attendant que je retrouve une vue normale, sa "vision" me permet de ne pas trop délaisser ce Laboratoire qui vit une année un peu difficile. Et puis, qui sait, entraînée par cette résurrection fraternelle je vous proposerai peut-être la mienne ! ARIAGA.

***

Sous une autre lumière, au même ruisselet, deux amoureux, enlacés contemplent la même part du monde. C’est la clarté, la pureté naturelle du ru qui chantonne en sourdine, sautillant sur les galets polis du fond, tout joyeux de lutiner les tièdes rayons du soleil déclinant.

 Tout n’est qu’apparence, point de vue, vision personnelle. Le cloaque est le doux nid des amours batraciens. Les amants contemplent les reflets étoilés des reflets comme les diamants de leurs étreintes futures… et l’eau qui y glougloute se mêle comme une flûte sautillante aux glissandi du courant.

 L’image n’est que mosaïque lumineuse qui m’a saisi, sans la moindre idée de ce qu’elle voulait, pure étole de fugaces pierres précieuses jouant aux auto-tamponneuses dans la fête de la renaissance.

 En fait tout n’est que perception des reflets de notre regard dans l’image. Elle est l’éveil du printemps, du désir de vie de la Nature. Chacun le voit du fond de soi-même et peut y glisser ce qu’il veut. Les circonstances techniques en ont fait pour moi une myriade de mystères, mais avec un autre regard sous un autre angle, ce serait une parfaite carte postale pour grands-mères. N’oubliez jamais que ces plages de lumière sont la réflexion de notre vision dans les plaisirs des prunelles de l’avenir ; ce qui nous paraît beau peut être laid. Les Chinoises d’autrefois trouvaient hideuses nos belles Européennes aux monstrueux nez pointus et aux pieds démesurés. Quand nous regardons un visage, ce n’est que nous-même que nous regardons réfléchi par notre vécu et tou(te)s peuvent renvoyer à l’un ou à l’autre amour ou détestation.

ÉPHÊME

13/05/2016

Un rapt photographique

 

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 Photo et texte Éphême

 

1 mai. Temps superbe, ballade imprévue avec gaufre au Jardin Massey. Nous rentrons paisibles vers les écuries d’Ariaga du côté des Haras, la virée est finie, ma sorcière de sœur vient de me redonner l’envie de créer, bloqué depuis des mois, en me confiant son appareil, et j’ai mitraillé tout mon saoul.

 Un éclair sans lumière me fige:

 Je ne prends pas cette image, c ‘est elle qui me prend, happé à tel point que je n’en fais qu’une, que je ne retouche en rien car elle est du monde des esprits. Je passe sans rien regarder ni penser à rien, je suis dans le rien, à côté de ce ruisselet entre deux buissons. Je fais deux mètres. Soudain retour en arrière en allumant l’appareil et un cadrage instantané que je n’ai pas voulu. 20 secondes. Je suis aspiré par une fraction d’éternité, bringuebalé dans la fusion des mondes. Noyaux bouillonnants de ma galaxie intérieure rongée de trous noirs, bulles d’acier dans leur laitier de soleil en fusion, imbibées de bave de crapauds mayas, de pustules des sorcières nordiques, de djinns carbonisés se cloquant dans la fournaise du désert, cette image du chaudron alchimique me prend à l’abordage, entortillé dans les grappins de ses phantasmes et mystères insondables.

 Et puis une fois dans la boîte, elle m’a lâché, curieusement serein.

Je sais qu’un bout d’univers m’a enveloppé, un de ces instants rares que seules peuvent donner les extases si semblables des prunelles de l’orgasme ou de la foi.

Je vous l’envoie. Puisse-t-elle vous apporter quelques éclats des Cosmos intérieurs.

Éphême

06/05/2016

Histoire de pieds

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Les pieds c'est important.

Elle a mis ses jolies bottines rouges et, les jambes croisées, féminine attitude, elle attend ...

Ariaga

16/01/2016

la Mère vase alchimique

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Le vase qui reçoit et préserve est une image très ancienne de la femme et de la maternité. Le fait qu'il contient de l'eau, un élément sans lequel la vie ne peut exister, donne à penser que c'est tout naturellement qu'il a été comparé à l'utérus de la femme.

Dans cet utérus, symbolisant le "vase merveilleux" des alchimistes, se produit une "oeuvre" extraordinaire qui aboutit à la naissance d'un enfant.

Le vase, qui est parfois aussi un chaudron ou un autre récipient rond pouvant contenir un liquide, a été à l'origine de multiples légendes aux temps où les scientifiques n'avaient pas enlevé sa part de mystère à la fabrication d'une vie par un être humain de sexe féminin. C.G.Jung y consacre des pages importantes dans Métamorphose de l'âme et ses symboles (p.228 et 288 par exemple) et dans Psychologie et alchimie(p.308 et d'autres).

Être enceinte c'est accomplir en son sein le Grand Œuvre dont rêvaient les alchimistes et je me dis que ces quelques lignes pourront peut-être réconforter les femmes qui souffrent de nausées ou celles qui, gênées par leur gros ventre, ont du mal à mettre leurs chaussures !

Ariaga

03/03/2015

Rêves de paradis

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Il y a chez beaucoup d'humains quelle que soit leur religion, ou même leur absence de religion, une aspiration à une vie bienheureuse après la mort. Il s'agit d'un archétype, au sens jungien du mot, qui se manifeste par un désir, inné, de bonheur, de paix et d'harmonie.

Notre inconscient collectif est rempli de récits de jardins magnifiques, protégés. Il y fait toujours beau et humains, animaux, plantes, y vivent dans la paix et l'amour.

Cela fait du bien de rêver à ces lieux où nous serons peut-être accueillis après notre mort. Il y en a même qui sacrifient leur vie pour y arriver plus vite ... 

Et, moi, minuscule et admirative devant la beauté de ce qui est je me demande si le paradis n'est pas déjà LÀ, en ce lieu inaccessible au plus profond de nous-mêmes où réside l'étincelle divine, notre part de Totalité. Quand nous passerons la dernière porte, nous aurons peut-être accès à ce lieu qui n'est que lumière. De cela aussi on peut rêver puisque nous aurons peut-être la réponse ... mais je ne suis pas tellement pressée, il y a encore tellement à faire ici et maintenant.

Ariaga

05/11/2014

La rune ISA

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Rêve éveillé poétique autour de la contemplation et de l'incarnation de la rune ISA qui se présente comme une barre verticale.

***

Stadha, la rune s'incarne et fait vibrer les cellules.

Mère phallique, jetée par les géants du givre.

Tronc solitaire surgi de la pierre noire, la lumière blanche vibre son cri aigu, appel aux branches sur le fil du rasoir.

Arracheuse de peau de chair et d'os, la glace brûlante centrifuge les cellules tournoyantes.

Dans le ventre s'enfonce l'épée de lumière, dans la tête la tige de cristal uranien.

Et le cri de souffrance quand se plante le pieu indigo dans le cœur du vampire ébloui !

La glace et la mort sont vaincues par le feu et la vie.

Ariaga

 

 

09/08/2014

Vallée sacrée, auberge des crânes

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Après un peu plus de deux semaines, ma fille aînée, son mari et les deux petits enfants sont rentrés en France pour cause de rentrée scolaire. Nous sommes alors repartis avec Pimprenelle pour un tour dans le secteur le plus connu du Pérou, CUSCO et ses alentours, Vallée Sacrée, Machu Picchu et tutti quanti. Là nous attendait, pour nous servir de guide, un ami spéléo de notre fils, Patrick, 27 ans, père français et mère péruvienne, né et élevé ses premières années à Aguas Calientes, au pied du Machu Picchu, parlant couramment quechua, espagnol, anglais et français… ! Crapahuteur inouï, incroyable connaisseur de chaque recoin du secteur, il nous a fait passer un séjour magique dans ce cœur de la civilisation inca.

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Durant un trajet entre OLLANTAYTAMBO, forteresse inachevée, avec de multiples « pierres fatiguées » (non encore mises en place), et MORAY, centre de recherche agronomique inca, Patrick nous annonce : « vous aller déguster la meilleure « chicha » du Pérou ». C’est une boisson en général  à base de maïs, violet pour la « chicha morada » non alcoolisée, alors que la « chicha de mora », alcoolisée, est une sorte de « bière de maïs ».

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Il nous arrête au bord de la route devant une maison sans enseigne, avec seulement, près de la porte, deux crânes de momies impassibles !

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L’intérieur est un incroyable mélange de bric et de broc d’élevage de « cuy » (cochon d’Inde, très bon) pour alimenter la cuisine et où sont aussi fabriquées les « chichas »; il fait aussi office d’épicerie, de bar, de restaurant, avec des poussins, des chatons courant partout. Dans un coin, sous un tissu, deux autre crânes si sacrés que Patrick m’interdit de les prendre en photo, et, en les recouvrant,  marmonne une incantation en quechua tout en faisant le signe de croix. Incroyable sensation de passage du temps, ce génial péruvien perpétuant des rites sans âges. Il nous explique alors pourquoi les statues religieuses ont presque toutes des cheveux véritables, ce qui m’avait toujours intrigué sans que j’ai l’ombre d’une réponse. Elle dû, sans doute, être donnée ailleurs, mais je ne l’avais jamais trouvée. Les indiens récupéraient des cheveux de momies sacrées, qu’ils utilisaient pour « perruquer » les Christ et autres statues chrétiennes. Ils allaient, dans les églises, prier leurs ancêtres en toute quiétude, sous le regard confiant des clercs imbéciles, persuadés de leur pouvoir, incapables d’imaginer pareille duplicité chez ces indiens taciturnes et, pour eux, totalement  stupides…
Les chichas étaient sublimes, dont une à la fraise assez étrange. Après les salutations d’usage, un peu « sonnés » par ce télescopage des temps, nous sommes repartis vers MORAY, où là nous attendaient d’incroyables paysages. Mais la suite au prochain numéro…

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 Texte et photos ÉPHÊME, mise en page Ariaga.

04/09/2013

Marie-Louise von Franz et le conte

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Pendant tout ce mois d'Aout, où nous avons voyagé avec la Gaillarde Conteuse dans le monde du conte, j'ai pensé à la manière dont Marie-Louise von Franz nous introduit dans ce domaine merveilleux qui est en chacun de nous. Cette disciple privilégiée et héritière de la pensée et de l'oeuvre de C.G.Jung nous montre, grâce à son immense culture et sa pénétration du langage symbolique, combien ces histoires qui jouent à faire émerger de puissants archétypes sont finalement révélatrices d'un cheminement vers une harmonie des contraires. Le Soi ? Peut-être ...

Ceux qui ont lu entre les lignes du dernier texte de Patricia Gaillard, dite la Gaillarde conteuse, ont bien compris qu'en nous enchantant elle nous conduisait vers un jardin merveilleux, celui que les alchimistes appellent le "jardin des sages" et que dans ce jardin intérieur on pouvait faire la découverte de ce roi qui est une manifestation du Soi. J'espère que ceux qui me lisent ne confondront pas l'archétype et sa re-présentation.

Je n'arriverai jamais à m'exprimer aussi bien que Marie-Louise von Franz au sujet de contes c'est pourquoi je vous propose une citation qui conclut son ouvrage : L'interprétation des contes de fées (Albin Michel):

"Le nouveau principe de conscience est donc une totalité, il se place bien au-delà de la scission entre les opposés féminin et masculin, bien et mal. Les contes - et les rêves - montrent que le progrès serait de tendre vers une réalisation de cet équilibre. On peut dire, en s'appuyant sur l'exemple de ces contes, que le centre le plus intérieur, le noyau divin de la psyché humaine, est la seule chose qui puisse transcender le problème du bien et du mal et qu'il est le seul facteur absolu capable de nous conduire au-delà de la situation de chaos à laquelle nous sommes confrontés. Seul l'être conscient et individué peut résister aux épidémies psychiques qui contribuent dans une proportion incalculable à augmenter le mal et la souffrance du monde.

... en réalité, les contes de fées ne sont qu'en apparence des histoires naïves et innocentes. Ils sont si riches de sens qu'on ne peut les expliquer superficiellement et que, pour les comprendre réellement, il faut que nous acceptions de plonger, avec eux, en eau profonde. "

C'est cette plongée que nous avons tentée pendant le mois d'Aout avec la Gaillarde Conteuse.

Ariaga

31/08/2013

Le départ de l'oublié de Marqueyssac

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Portrait d'Éphême, dit l'Oublié de Marqueyssac par Éphême le jeune

Avant de passer le mois d'Aout avec la Conteuse, nous avons commencé les voyages imaginaires de l'Été par des récits de ÉPHÊME. Il s'agissait des terribles aventures de celui qui s'est révélé être son ancêtre,  pour ceux qui veulent bien y croire ! j'ai des doutes ... Afin de clore ces vacances imaginaires du Laboratoire je publie un texte qu'il m'a envoyé. ARIAGA.

***

"Mes vacances paisibles furent pulvérisées d’un coup,  par mon maudit portable.  Ma vieille copine la Gaillarde Conteuse m’appelait  désemparée: Au secours ! ! Arrive vite ! J’ai un sacré problème métaphysique avec mon conte en chantier estival !

                  Je débarquai donc en courant à notre rendez vous, un château branlant vu par un Hugo délirant , ennemi de la théorie de l’attraction des cors. Mon adorable conteuse- fée était déstabilisée par un événement fou, une  histoire incohérente,  même pour une digne conteuse de vieille lignée aristocratique aidée pourtant par la flamboyante Hécate. Venait de débarquer dans son conte un illuminé totalement déjanté, parlant un truc bizarre entre le vieux québécois et un latin de cuisine. J’avais mis cet Ephême de Ganleveker dans un sacré pétrin dans un de mes contes, alors qu’il lutinait une de ses amies. Et bonne âme, J'avais voulu l’aider, car je semblais avoir des gènes de cet énergumène.  Quelques formules magiques et, hop, je me retrouvais avec, à mes côtés, un géniteur qui  avait tapé la belote avec Montaigne, et prétendait régenter le conte de ma belle amie qui n’avait besoin de personne pour mener son tapis. Maligne, la gaillarde organisa une partie de carte pour savoir lequel d’entre nous partirai en premier.
C’était à moi de jouer. Le destin… ou les fées? Je jetais une carte au hasard, une étrange fée me sourit sur le fond blanc dans son court envol vers le tapis. Et l’ancêtre  m’embrassa alors, les larmes aux yeux.
Étais-ce sa mie qui attendait depuis des siècles sur ce morceau de carton ? Je ne sais. Après le plus beau regard que puisse donner une vie à une autre vie, il s’engouffra avec sa carte et disparut dans le trou tourbillonnant vers l’éther du roi, délivré... Il ne restaient que quelques toiles d’araignées, et des milliers de toutes petites chouettes chevêches, ruisselantes de larmes de rire qui se gaussaient de moi. Réalité, tu es féroce.

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                        Autre portrait de l'ancêtre par le même (agrandir)

 Je me croyais tranquille mais peu de temps après, un petit grattement à ma porte me fit dégringoler de mes rêves. Le vieil Ephême, encore plus rabougri, était venu me demander un dernier service …  l’Oubli. Un très ancien  grimoire me donna une piste.

Je l’emportais délicatement au vieux cairn de Barnénez, à minuit, avec la complicité du tapis venu exceptionnellement à mon secours. Ephême le vieux choisit une des onze chambres mégalithiques, celle avec un si beau tholos, s’assit, et me demanda simplement de partir.

La lune disparut. De chaque couloir naquit une légère phosphorescence bleue, volutes d’écharpes infimes qui s’insinuèrent en doux feu-follets  dans le tholos où attendaient notre vieille connaissance. Il n’y eu rien d’autre. Je retournais dans le tholos le lendemain. Seul un infime brouillard lumineux nimbait la sortie, éclatante de vie solaire.

Voici, Pour les Voyageurs de l'Imaginaire et pour mon amie la Grande Conteuse du Tapis et autres lieux,  la très véridique histoire de ce qui est arrivé.

ÉPHÊME

28/08/2013

Le Roi des Contes

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 Photo illustration Ariaga (clic pour agrandir)


Mes amis, vite, revenez à moi. Notre tapis est orange et brillant comme jamais.
C’est que cette dernière envolée sera celle de l’adieu, après nous ne reverrons plus notre chère monture.
Il faudra revenir à nos pieds, nos vélos, nos motos, nos voitures...
Ce matin nous partons pour ce château final, le roi nous y attend. Munissez vous bien vite de vos objets magiques, brossez vos chevelures, briquez votre minois, habillez-vous d’or et de soies, je vais vous présenter à un grand personnage, qui connaît de vos âmes le plus petit recoin, car c’est chez lui qu’arrivent vos rêves, vos désirs, vos fantasmes et vos projections. En grand ordonnateur, il tisse tout cela pour en faire des contes, propres à vous nourrir, à vous guider, à raconter au monde vos schémas intérieurs qu’il disperse sur terre comme des graines de blé.
Regardez ce château, chacun de vous le voit selon ses rêves et ses désirs, et regardez ce roi. Bien sûr il n’est pas grand, ni vêtu de velours et d’hermine, bien sûr la couronne de sa tête n’est pas faite d’or fin. Mais qu’attendiez vous donc, filles et fils de la terre ?
C’est un être sans âge, dont on ne peut même dire s’il est fille ou garçon, il est menu et pâle dans son vêtement de neige et de vent, sa couronne est une ronde de vers luisants et son sceptre une branchette d’aubépine. Mais allez le voir, surtout n’hésitez pas, car à le rencontrer on puise sacrément à la source de nos mythologies humaines et à celles de nos cœurs. De l’esprit aisément il sait défaire les nœuds et nous renvoie sur la terre un peu plus neufs à chaque fois.
Et pendant que vous irez à lui, je m’en irai. Il y a dans cette terre sacrée un trou dans le sol, caché à peine par quelque lierre fou. C’est par là que je pars, vous en ferez autant quand vous aurez fini. C’est un petit boyau en spirale, qui en quelques secondes vous ramènera ici, dans notre monde.
Une dernière chose, chers compagnons de ce voyage d’août qui m’a fort amusée, n’oubliez pas que ce trou de voyage est praticable dans les deux sens et à tout moment. Il ne tiendra qu’à vous de revenir. Sans moi. Comme des grands.
Merci d’avoir accepté de me suivre dans ce délire de conteuse, moins délire qu’on ne croit...
Maintenant je pars, car, je vous l’ai dit, un palais m’attend, là-bas, au-dessus de la mer, sous un oranger-ami qui m’a longtemps manqué...
Je vous embrasse à la volée !


                         La gaillarde conteuse
                                       Patricia Gaillard