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15/11/2006

La peau de l'être psychique

Je vais essayer par "petites touches" de décrire sur ce blog ce que C.G. JUNG appelle la totalité de la psyché. De faire une sorte de carte de géographie de ce qui, pour la plupart d'entre nous, est un pays étranger. Mais, pour commencer, qu'est-ce-que la "psyché"? Dans l'optique jungienne, il s'agit de l'ensemble de la vie mentale consciente ou inconsciente d'un individu. En plus simple, de ce qui concerne l'esprit, avec un grand ou un petit e selon la manière dont on envisage le mot esprit. Pour aller, comme s'il s'agissait d'un corps humain, de l'extérieur vers l'intérieur de cercles concentriques, je vais commencer par la peau, c'est à dire la "persona".

La peau de l'être psychique, la persona, est ainsi dénommée par C.G. Jung parce que, dans l'antiquité, le terme persona désignait le masque que portait le comédien, indiquant ainsi quel personnage il incarnait. Elle se présente comme le costume du Moi, une sorte d'enveloppe extérieure chargée de faciliter l'adaptation à la société. Grâce à elle, l'individu va pouvoir jouer son rôle et rentrer en relation avec autrui. Il construit cette "apparence" dès l'enfance en privilégiant les aspects de son caractère qui lui semblent nécessaires à son intégration dans l'organisation sociale. Bien sûr, l'enfant peut résister à ce processus. Cela donnera des "inadaptés" et aussi des génies. Les aspects rejetés vont glisser dans l'inconscient personnel où on les retrouvera comme éléments formateurs de l'ombre du Moi. Cette personnalité refoulée aura naturellement des tendances opposées à celles du conscient et sera à l'origine de coexistence "intérieures" de personnalités absolument opposées. Vous imaginez les dégâts possibles...

La façade sociale représentée par la persona  donne une illusion d'individualité et de liberté mais, comme le dit C.G.Jung, elle est seulement une "apparence". Elle n'a rien de réel. Cependant, la persona est aussi une nécessité. C'est l'adaptation, par un difficile apprentissage, à la manière d'exister dans un environnement fait de parents, amis, institutions ; un compromis entre l'individu et la société où l'opinion des autres a souvent plus d'importance que celle de l'individu lui-même.

Le danger vient du fait que, en perpétuelle représentation sous le masque de la persona, l'individu risque d'étouffer complètement sa vraie nature et de devenir, de n'être plus que le paraître du rôle qu'il incarne. Heureusement, la persona représente seulement l'extérieur d'un Moi qui est lui même le centre d'une conscience non imperméable aux influences et échanges avec les re-présentants de la totalité de l'être psychique. 

 

 

Commentaires

Question de vocabulaire : la dialectique personne/individu est parfois décrite sous un autre angle, non plus selon la psychologie des profondeurs, mais dans une ontologie où l'être n'émerge que dans le lien social. La personne exprime ainsi le propre de l'humain, l'individu n'étant dans cette optique que l'élément anonyme, sérialisé d'une société qui atomise et réifie. L'individualisme est alors synonyme d'une idéologie de déshumanisation, qui n'est qu'apparemment opposée au collectivisme : les deux rendent la personne abstraite, en la soustrayant aux liens organiques qui la vivifient traditionnellement (famille, voisins, communauté, nation). Mais Jung recherche l'individuation, non l'individualisation, il n'y a donc pas forcément contradiction entre les deux approches...

Écrit par : Arianil | 22/11/2006

Sur le commentaire d'Arianil : ça se défend. Quand on dit que l'individu n'existe que dans son lien social c'est ce que Jung appelle la persona. Vous connaissez certainement les quatre fonctions rationnelles et irrationnelles définies par Jung. Le siècle dit "des lumières" a établi une société sur les fonctions rationnelles et a défini un individu qui s'appuie sur des modes d'être (sentiments)codifiés, par exemple on aime ses parents. Or, en réalité, ce qui nous meut est, le plus souvent, irrationnel car nos mouvements sont le fruit, tout au moins dans un premier temps, de sensations et "d'intuitions inexprimables d'où le terme de profondeurs inexplorées. Il resterait à parler du Soi qui implique la prise de conscience de nos deux fonctions irrationnelles niées au nom de la sacro sainte Raison. L'individu est un amputé et l"'individué"est un être qui a récupéré la totalité de ses membres.

Écrit par : ariaga | 25/11/2006

Intéressante approche (dualité complet/amputé).

Je commence le livre de Jung : "Essai d'exploration de l'inconscient" qui semble une bonne synthèse. Cela devrait me rafraîchir mes anciennes lectures et vérifier mes connaissances sur son travail.

Autant je me sens loin de Freud, autant j'ai toujours été très attiré par Jung, dès que j'ai eu écho de ses écrits, de sa vie et de son œuvre. Il est dommage qu'il ne soit pas complètement traduit et reconnu en France...

Écrit par : Arianil | 26/11/2006