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18/04/2007

Rêve d'enfance de C. G. JUNG : la terreur devant l'énorme

.....suite de la note précédente.

Comme je l'ai dit, Jung lui même a interprété son rêve d'une manière détaillée dans Ma vie. Ce que j'ai envie de partager avec vous est l'observation de l'émergence, dès ce rêve, des symboles qui eurent une influence sur sa vie et sa pensée. Si, comme il l'écrivit, la vie est une "plante qui puise sa vitalité dans son rhizome", les racines sont profondes et les jeunes pousses vigoureuses. Les rêves précoces étant issus des "profondeurs de la personnalité", proposent, toujours selon Jung, une sorte de schéma du destin "psychique" de l'enfant.

    Les premières impressions que Jung a gardé de ce rêve ne sont pas restées au niveau des émotions enfantines. Ce niveau mériterait, d'ailleurs, une étude freudienne qui enrichirait certainement l'interprétation mais la réflexion de Jung se situe sur un autre plan et je laisse à des freudiens compétents la liberté de commentaires sur un rêve qui doit être pour eux un "rêve d'école". Les pensées sur ce rêve qui l'obsédait ont été, pense t-il , à l'origine d'une focalisation sur des thèmes essentiels à ses yeux. Les années suivantes, jusqu'à son entrée au collège, furent pour lui une sorte de "mise en terre" initiatique aux mystères de la terre. Dans cette obscurité, la lumière mit longtemps à percer mais des archétypes tels que l'étranger, le sexe, la mère terrible, furent activés.

Tout commence avec la rencontre de ce que Rudolf OTTO appelle le "le mystère qui fait frissonner la créature", le "numineux" ou encore l'"effroi mystique"ou enfin  l'"énorme ", ce dernier terme me semblant le mieux s'appliquer à ce que ressentit l'enfant Jung. Avec cette représentation phallique (dont il ignore consciemment qu'elle est phallique) l'enfant vient de rencontrer un dieu chtonien, souterrain, ancien, un dieu de la Nature, très éloigné des préoccupations métaphysiques affichées par son père et ses oncles pasteurs. Je crois que l'on peut trouver dans ce rêve une première explication, inconsciente, de l'ambigüité future de son attitude envers Dieu.

Dans le contexte culturel de l'enfant, sur le trône d'or du rêve, il y aurait du y avoir le "bon Dieu, ou le Seigneur Jésus Christ, sans cesse loué comme un Dieu d'amour et de bonté. A la suite de ce songe, chaque fois qu'il entendait ces laudatives paroles prononcées avec emphase il avait des doutes. D'abord, il avait déjà une tendance à associer le Seigneur Jésus à ceux que son père enterrait dans un trou noir et dont on disait que "le Seigneur les avait rappelé à eux". Et puis lui revenait à la mémoire l'Autre de son rêve, celui que sa mère avait appelé l'ogre, prêt à descendre  de son trône pour le dévorer. Ce dieu souterrain lui semblait être la contrepartie, l'opposé nécessaire, du Bon Seigneur Jésus. Le problème des multiples visages de Dieu, problème rattaché à la question de la totalité divine, ne sera abordée par Jung, après bien des réticences, que dans Réponse à Job, soixante dix ans plus tard. 

L'idée d'une présence étrangère au conscient, issue des mystérieuses profondeurs  de l'inconscient est, elle aussi, latente dans la question "Qui donc parlait en moi ? qui s'insinue très tôt dans les pensées de l'enfant. Qui pendant le rêve, empruntait la voix de sa mère absente ? D'où venait cette impression de dédoublement, de dialogue intérieur avec une autre personne ? 

Avec les éléments que donne Jung dans ses écrits sur sa relation privilégiée avec la Nature, je crois pouvoir dire sans hésitation qu'il avait, tout enfant, entendu la Grande voix de la Mère de la Nature, celle là même que suivaient et respectaient les alchimistes. La voix lui parle de la terrible lutte entre les pôles opposés masculin et féminin, lutte dont le formidable déploiement énergétique est à la racine de la vie au moment ou se produit la "coopération amoureuse". (à suivre). 

Commentaires

Je n'ai rien à en dire, sauf que c'est fort intéressant.

Écrit par : profdisaster | 18/04/2007

Voilà un copieux morceau à mettre sous la dent de nos vélléités (parfois superficielles) d’individuation. L’alchimie intérieure n’est pas une gaudriole même si elle a, parfois (quand même), un côté fun. Ce n’est pas un loisir. Il me semble aussi que « le » point délicat, le « cors » qui dérange, c’est celui du « numineux », feeling classé honteux ou malodorant, et qui dérange tellement la pansée linéaire.
Encore !

Écrit par : djaipi | 18/04/2007

Bonjour,
noter que si panser en cercles peut être plus agréable, penser de manière identique fait les épis
phénomènes.
Une remarque badine sur le plus que peut apporter un examen Sigmundiste: de quel ordre?

Écrit par : phyta | 19/04/2007

En réponse à djaipi sur l'individuation dans une perspective bienveillante de confrontation :
Jung reste un être humain qui est devenu conscient de son individuation. Il ne la maîtrise pas. Il a été simplement dans le sens du Soi, relié à lui. Car qui peut sauf le Soi la dirige ? Dire que Jung est le maître de l'individuation, c'est le déifier, en faire une image du Soi. Peut-être l'est-il pour vous. Qu'en dites-vous ?Il est bien probable que je projete ;D.
A mon sens, comparer l'individuation des êtres est impossible car elle est unique pour chacun. Ce qui est comparable car observable, c'est l'action, les choix posés suite à la prise de conscience.
Pour moi, le travail alchimique au noir, au rouge, au blanc est un jeu sérieux où je me détends tout en étant concentré. Mettre les ombres devant est une joie en elle-même qui a ses inconforts, ses deuils, ses souffrances. Je vous invite à lire l'article de mon blog qui date d'aujourd'hui. Je parle d'agir en conscience.
Je cite Jung (de mémoire) pour finir "Apprenez toute votre théorie à fond. Une fois dans le vécu, lâchez-là et laissez l'âme agir.

Bien à vous,

Alexandre

Écrit par : clidre | 19/04/2007

La dialectique (voire la lutte) entre le masculin et le féminin est peut-être à la source de la conscience humaine, et le prototype de toute dualité perçue.
Toute personne est un champ de bataille et d'expérimentation de ces deux pôles du réel manifesté.

Écrit par : Arianil | 19/04/2007

Très intéressant. J'ai hâte de lire la suite...

Écrit par : ada | 19/04/2007

@ Arianil :

Pour moi, il y autant de luttes intra masculin/féminin qu'entre masculin vs féminin. Exemple : Senex vs Puer, Apollon vs Dionysos/Hermès (notamment en psychothérapie), Sophia vs Lilith, Femme Sauvage vs Femme Civilisé, Héra vs toutes les maîtresses de Zeus, le tyran exigeant et dogmatique vs le roi reconnaissant et ouvert, ...

Hillman apporte beaucoup là dessus et dépasse pour moi Solié (Oedipe OU fils de la grande déesse mère) et les maternisants dans le sens qu'il prend en compte la lutte de l'animus (son essence masculine intégrale) qu'à l'homme contre sa persona masculine (sa fonction) et son ombre tout aussi masculine (ce qu'il n'est pas).
C'est l'anima qui vient réconcilier les 3en l'homme et forme avec eux une quaternité qui une fois réconciliée peut être attentive au Soi. Dans le cas de la femme, c'est l'animus qui réconcilie. Voilà ce qu'est pour moi, un Moi fort : un Moi qui intègre anima (suite à confrontation), animus, ombre et persona en son sein.
Cet Moi est prêt à mon sens à suivre le Soi sans tomber dans la folie, l'identification à lui, la dissociation psychotique. Pour moi, un chemin qui m'aide à intégrer tout cela c'est une iniation à la masculinité. Si un homme/une femme n'a pas intégré sa masculinité/féminité, s'il/elle ne l'a pas intégré en lui/elle pour moi le risque est grand d'être happé(e) par l'animus, anima et d'être possédé(e) par lui/elle.
En bref pour cheminer et intégrer le féminin en moi sans me faire dévorer par lui, j'ai besoin de me construire une identité non personaifiée, puissante et protectrice à partir de ma dualité sexuelle extérieure.
1) Lutte masculin vs masculin en moi pour constuire cette identité moïque. 2)Ensuite dialectique, confrontation féminin vs masculin (ombre, persona et animus). 3) Conjonction des contraires et intégration du féminin 4) ouverture au Soi.
Le cheminement intérieur pour moi comprend ses étapes je le vois empiriquement dans ma vie.


Qu'en dis tu ?

Ps : très alchimique mon développement.

Bien à toi,

Alexandre

Écrit par : clidre | 20/04/2007

Cher Clidre. Je ne vois pas très bien où j’ai pu écrire ici que Jung était « le maître de l’individuation ». Habituellement, j’emploie le terme « maître » avec son côté affectueux et respectueux, comme je dis volontiers « maître » Dürer ou « maître » Rodin… C’est un terme d’atelier. Il n’y a pas de déification là dedans. :-) Pratiquer un artisanat peut aider à comprendre. Le reste est à examiner par notre hôtesse.

Écrit par : djaipi | 20/04/2007

ok!

Écrit par : clidre | 20/04/2007

Bonjour, combien y a-t-il de C G Jung?
Autant que de lecteurs, j'aurais dû m'en douter;
excusez, je vous prie, cette question idiote, je ne sais pas l'effacer.

Écrit par : phyta | 20/04/2007

à Clidre : Ok, en effet les oppositions homosexuées sont importantes, comme on doit tenir compte du rapport mère-fille ou fils-père. Le héros et l'anti-héros sont généralement de même sexe, et l'on retrouve là le jeu (le je ?) de l'ombre.

J'ai plus de mal à te suivre dans la description du processus, parce que je ne vis pas le même parcours, probablement.
Enfant, je me sentais androgyne.
Je cherche à incarner l'animus que je suis sensé matérialiser en tant qu'homme. C'est toute la difficulté à s'assumer viril (et spirituellement viril) sans être caricatural. En revanche, l'anima m'est très présente, naturelle, et ne m'effraie pas, (sauf en un certain tréfonds, l'image de la mère castratrice ?) tandis que je dois prendre garde à ne pas perdre le feu masculin. A l'inverse de Simone de Beauvoir, je dirais volontiers "on ne nait pas homme, on le devient".

Écrit par : Arianil | 20/04/2007

Merci pour ce partage intéressant !

Écrit par : clidre | 21/04/2007

J'aime beaucoup les dialogues des commentaires sur ce texte. je dois dire que quand j'ai ouvert ce blog je n'en attendais pas tant. J'ai l'impression qu'un groupe de visiteurs assidus (ou même occasionnels )du blog font un travail commun d'alchimie spirituelle. Pourquoi ferais-je plus de commentaires. J'écris déjà beaucoup, trop même pensent certains, et j'ai plaisir à lire de véritables petits textes de qualité sur les thèmes que je propose. J'apprécie particulièrement la sensibilité et la manière de se dévoiler d'Arianil, mais que voulez vous le monde est injuste, on a ses chouchous !Je vous embrasse tous.

Écrit par : ariaga | 23/04/2007