07.03.2011

Symboles

 

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Entre Lui et les humains s'étend une incommensurable étendue que seuls les symboles peuvent habiter. Ces symboles parlent un langage à la fois secret et familier et, sans l'intelligence du coeur, on ne peut jamais en saisir que des bribes ...

 

Ariaga

09.02.2011

Jugement ...

 

 

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Extraite du dernier livre de Michel SERRES, une citation qui donne à penser :

Dans tel ou tel cas, un jury juge le coupable. Doute pour l'individu. Qui, d'autre part, de vue et d'intelligence assez globales, décidera de la culpabilité de Dieu, s'il existe, d'avoir créé déluges et inondations, maladies ou séismes ? Décision indécidable pour un créateur, au moins absent. Mais ô certitude, connaissons nous un seul collectif sans tache de sang ? Organisons un tribunal où comparaîtraient, sous l'accusation du mal, non plus un prévenu, tel individu ordinaire, non plus Dieu soi-même, à l'existence indécidable, mais, tour à tour, toutes les sociétés de l'histoire du monde, bien réelles. Laquelle, innocente de meurtres, bénéficierait d'un non-lieu ?

Michel SERRES : BIOGÉE, p.32

 

 

22.01.2008

Ne pas se fier aux apparences

   Je vous ai déjà parlé du livre Les devoirs du coeur de  Bahya Ibn  Paqûda,  philosophe juif d'espagne du XI° siècle qui écrivait en arabe, la langue de la culture de l'époque, et fut ensuite traduit en hébreu par Juda Ibn Tibbon et de nos jours par André Chouraqui dont les dons poétiques donnent à cet ouvrage un souffle à la fois biblique et très moderne. Ces textes se situent aux carrefour du judaïsme, du christianisme et de l'islam et montrent la possibilité d'un fructueux dialogue entre les trois religions monothéistes.
   Les devoirs du coeur, sont un guide de la vie intérieure et du cheminement vers le divin et je trouve que certains passages s'appliquent tout à fait à notre société contemporaine de l'apparence, en particulier celui-ci où il parle de ceux qui jettent l'invective et divulguent la méchanceté de ceux qu'ils considèrent comme inférieurs sur le plan spirituel : 
 
   " Comment mépriserai-je et confondrai-je ceux dont j'ignore le coeur, la conscience secrète et ce qu'ils sont devant Dieu; la vie intérieure d'un homme, extérieurement méprisable, peut donner un lumineux démenti à son apparence. les prophètes ont confondu et exhorté leurs contemporains par la permission du Seigneur qui voyait leur coeur et leur intime vilenie.  Je suis trop ignorant pour pénétrer les consciences ; celle qui me paraît méprisable, peut être à mon insu meilleure que ce qu'elle laisse voir, et meilleure que je ne le suis devant Dieu. Si un tel me semble mauvais, la cause peut en être simplement due à son ignorance de ses obligations divines, et cela le rend-il plus excusable que je ne le suis dans ma science. Dieu juge l'homme selon ce qu'il sait et je suis plus coupable de mes transgressions préméditées que ne peut l'être celui qui agit par ignorance ; celui-ci se rebelle contre Dieu par aveuglement et inadvertance ; moi, j'agis de propos délibéré, avec toute ma lucidité. Il est également possible que sa méchanceté soit une apparence recouvrant un bien caché, enfoui, contrairement à ce qu'il en est pour moi ; lui étant ainsi plus digne de la miséricorde et du pardon de Dieu ; un seul de ses mérites vaut peut-être mieux que les miens car Dieu seul le connaît et nul ne le loue ni ne l'honore ; il n'en est pas ainsi pour moi dont l'aspect seulement est plus reluisant." (p. 361, ed. Daniel Radford)
 
  Je pense que l'on peut lire ce texte sur plusieurs plans et qu'il est tout à fait d'actualité. Bonne méditation.
       Ariaga
 

17.01.2008

Le Dieu inconnu d'Angelus Silesius

 

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                           " Le Dieu inconnu."

 

 " Ce que Dieu est, nul ne le sait. Il n'est ni lumière, ni esprit,

Ni béatitude, ni unité, ni ce qu'on nomme Déité,

Ni sagesse, ni intelligence, ni amour, ni vouloir, ni bonté,

Ni chose, ni d'ailleurs non-chose, ni essence, ni affect,

Il est ce que ni moi ni toi, ni nul être

Ne peut éprouver tant que nous ne sommes pas devenus ce qu'Il est. "

   ANGELUS SILESIUS

   Le pélerin chérubinique, p. 220 ed. du cerf.

 

04.01.2008

Prière au Dieu de mon coeur

 

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   Avant de vous parler à nouveau de Philosophie de la Nature, d'Alchimie Spirituelle, de la Psychologie des profondeurs de C.G.Jung et aussi de l'Amour qui est pour moi le noyau central à partir duquel s'effectue tout le cheminement vers le Soi, je voulais vous proposer une simple prière.

   Je ne pratique aucune religion, si ce n'est celle d'un immense respect pour le forces de la Nature et du Cosmique, tout en acceptant les croyances sincères et les vraies beautés de chacune. Cependant, j'aime me réciter au réveil, en tentant de me pénétrer de chaque mot, une petite prière reflétant l'humilité, l'amour de Dieu et du prochain de Saint François d'Assise.

   Au début de cette nouvelle année, que j'espère nourrie d'une spiritualité sans dogme, voici ce que j'ai butiné pour les visiteurs du Laboratoire. Ariaga.

 

          Dieu de mon coeur

Dans le le silence de ce jour naissant,

Je viens te demander la paix, la sagesse, la force.

Je veux regarder aujourd'hui le monde

Avec des yeux tout remplis d'amour

Être patient, compréhensif, doux et sage, 

Voir au delà des apparences

Tes enfants comme tu les vois Toi-même,

Et ainsi ne voir que le bien en chacun. 

Ferme mes oreilles à toute calomnie,

Garde ma langue de toute malveillance,

Que seules les pensées qui bénissent 

Demeurent en mon esprit,

Que je sois si bienveillant et si joyeux

Que tous ceux qui m'approchent sentent Ta présence.

Revêts-moi de Ta beauté Seigneur,

Et qu'au long de ce jour je Te révèle. 

     Attrribuée à  Saint François d'Assise 

 

 

21.12.2007

Incarnation divine

     "Avec l' Incarnation, l'image divine se transforme tout entière, car alors Dieu devient manifeste ; il apparaît sous les traits de l'homme, qui est conscient et donc contraint de poser des jugements de valeur. Il faut qu'il dise qu'une chose est bonne et une autre mauvaise. La tradition enseigne que le diable ne devint véritablement réel que lorsque apparut le Christ. "...
"En devenant homme, Dieu devint ainsi un être défini, qui est ceci et n'est pas cela. C'est pourquoi le Christ doit dès le commencement se séparer de son ombre et nommer celle-ci diable. "
 
             C. G. Jung
     Correspondance, III, p.199

 
 
   
 

19.12.2007

Métamorphose

 

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Il y a des moments,

moments de Nuit Obscure, 

macération putride, nigredo alchimique,

quand l'âme rampe aveugle

aux portes du blasphème.

 

Il y a des moments,

où dans la porcherie que devient une vie,

tel Job sur le fumier demandant à son Dieu

le pourquoi du comment

on assiste impuissant à la distillation

de ce corps tant aimé, de cette main si blanche,

où s'inscrivent chaque jour les taches de la mort.

 

Il y a des moments,

où l'attelage s'emballe avide de lumière

où l'on voudrait monter par de si hautes marches

que l'on perdrait enfin la mémoire de la terre.

 

Amis,

ce ne sont que moments,

brindilles et feuilles mortes de l'arbre de la Vie,

lente métamorphose.

 

La larve n'est pas belle, mais elle porte en elle

le somptueux papillon.  

 

       Ariaga
 

28.11.2007

La relation à Dieu, une idée ?

   Le cheminement vers le " processus d'individuation ", dont je vous ai parlé récemment, ne peut s'effectuer chez celui qui n'est pas " relié " à un autre côté qui est toujours un Toi. Que serait un individu seul, qui ne pourrait être comparé à rien ? Rien. Et ceci s'applique aussi à une autre sorte de relation, la relation avec le divin. Le ressenti  d'une présence divine était enraciné en l'homme des origines, créature fascinée par le sentiment d'une nature toute puissante. Cette nature était gouvernée par une puissance encore plus grande, souvent terrible, qui l'enserrait, le surveillait, décidait de son sort ; ceci d'une manière quasi physique. On disait :  j'ai senti sur moi la main de Dieu. 
   Alors, aujourd'hui, j'ai simplement envie de dire mon lmpression que, dans notre société occidentale contemporaine, l'homme  a perdu , le plus souvent, l' expérience, la relation à l'autre qui faisait trembler, ce que R. Otto appelle le contact numineux avec la divinité. " Dieu ", celui qui faisait trembler d'amour ou de peur, a disparu dans les couches profondes de l'inconscient collectif pour devenir une " idée " du moi conscient. Il n'y a plus de Toi, il n'y a qu'un Moi qui tourne en rond dans sa propre réflexion.
       Ariaga
 

29.10.2007

Retour sur l'Alchimie Spirituelle

   Ce texte intitulé "l'Alchimie Spirituelle au quotidien" date de décembre 2006. Aujourd'hui, j'y ajouterais que dans le creuset que représente ce blog s'ajoute à ma propre évolution celle de ceux qui m'ont laissé des commentaires. Ils meurent, renaissent, sont pétris d'ombre ou de lumière. C'est aussi grâce à eux que j'évolue.
 

   "L'alchimiste, théoriquement chrétien, du Moyen-Âge était panthéiste et pensait que l'énergie de Dieu se manifeste du plus minuscule au plus immense et que la Nature est imprégnée de cette énergie divine. Il était aussi convaincu que l'homme participe de cette nature divine et que seul le mélange en lui de qualités opposées l'empêche d'être parfait. C'est pourquoi l'alchimiste "philosophe de la Nature"ne cherchait pas seulement à transformer la matière vulgaire en or, c'est lui même qu'il voulait faire évoluer. Cette recherche a fasciné C.G.Jung car elle illustrait son idée d'un processus d'individuation conduisant un être humain vers sa totalité, son unicité. Mais mon propos, aujourd'hui, n'est pas de vous décrire les règles où les processus, aussi poétiques et culinaires soient-elles, des phases du processus alchimique mais de situer l'alchimie spirituelle au quotidien.

   L'alchimiste, inlassablement, expérimentait sur une matière qu'il espérait voir se transmuter. Il en est de même pour nous. Chaque nuit, en rêves, chaque jour par l'action quotidienne, nous évoluons. Nous nous transformons ou, plutôt, nous nous laissons transformer. C'est là, à mon avis, qu'intervient l'alchimie spirituelle : ne pas subir, mais agir. Être son propre feu. Nous sommes un creuset, corps et esprit, et c'est à nous d'y accomplir le Grand Oeuvre. Il s'agit du travail de chacun mais je crois qu'il y a deux principes de base. 

   D'abord, admettre que nous avons un corps, que c'est un des matériaux de l'Oeuvre  et ne pas chercher à "s'échapper par le haut".  Ensuite, admettre notre "ombre" et les "nuits noires de notre âme". C'est à partir du plomb, et même du fumier, disent les alchimistes que l'on peut, par un lent travail de purification, et avec l'aide de Dieu, retrouver l'or originel.

   Si on sait recueillir ce qu'il y a de plus sombre en soi et le mettre dans le creuset, le travail peut commencer. Quand j'ai "accepté vie quotidienne"ce que certains appellent péché et moi défaut, je ne vais pas avoir de remords mais rechercher l'or de ce défaut, c'est à dire la qualité opposée. Par exemple, si je suis affreusement goinfre, je ne vais pas culpabiliser et avoir des remords. Je vais essayer de transmuter cette goinfrerie en la qualité d'être un "fin gourmet". Si je suis terriblement menteur, je vais transmuter cela en un talent de conteur.

   Tout cela demande beaucoup d'efforts, regardez comme, certains jours, mon creuset sur ce blog est rempli de matière sombre, mais j'essaie et j'essaierai encore. C'est cela, pour moi, l'Alchimie Spirituelle quotidien."

       Ariaga

 

18.10.2007

Livres de méditation

   Sur ma table de nuit bibliothèque il y a des livres qui se dégustent lentement et qui prédisposent à une méditation avant le sommeil. Le Cantique des Cantiques ou la psychologie mystique des amants (toute la sagesse de l'amour dans la lettre hébraïque du cantique) de Pierre TRIGANO et Agnès VINCENT (Réel Éditions, 2007) et, juste en dessous, régulièrement recouvert par un ouvrage plus récent, Les devoirs des coeurs de BAHYA IBN PAQÛDA présenté et traduit par André CHOURAQUI (ed.  Bibliophane Daniel Radford 2002,1°parution en 1950)
   Le magnifique Cantique des Cantiques est, dans ce livre qui doit représenter des années de travail, relu et interprété d'une manière neuve à la lumière de la tradition mystique hébraïque et de la psychologie des profondeurs de C. G. Jung. Le texte hébreux est retraduit mot à mot par Pierre Trigano, après une longue contemplation des lettres qui s'appuie sur les méthodes herméneutiques de la Kabbale tandis que Agnès Vincent chante la voix de La Femme. Les lectures édulcorées et mièvres sont balayées et remplacées par une profonde analyse du drame de l'amour et de la féminité. "Comment pouvons nous nous ouvrir à l'autre et intégrer la féminité de l'ouverture en nous" ? Pourquoi résistons nous à l'amour ? Quelle voie mystique nous montrent les amants du Cantique des Cantiques dont l'élan érotique est divin et saint, car il est Dieu lui même. Voilà bien des sujets de méditation.
   Les devoirs des coeurs que  j'ai commencé, abandonné, recommencé,  des dizaines de fois, sont l'oeuvre d'un philosophe juif d'Espagne du XI° siècle.  Écrit en arabe, la langue usuelle du judaïsme médiéval, puis traduit en hébreu. Ce qui m'a émue relève d'abord de l'humain. Il s'agit de la préface d'André Chouraqui qui explique comment il a traduit cet ouvrage dans un camp de concentration et aussi comment cela lui a permis de survivre. Aidé par sa parfaite connaissance de l'arabe et de l'hébreu celui que l'on connaît aussi comme le traducteur de la Bible nous transmet le souffle poétique et mystique de ce gros ouvrage (667 p.) qui comporte aussi les oeuvres poétiques de l'auteur. Le livre recherche à travers l'amour de Dieu et des hommes la source de toute vie spirituelle authentique et aussi comment transcender les limites humaines pour s'élancer vers le divin. Il me faudra encore longtemps laisser cet ouvrage sur l'athanor pour qu'il distille toute sa substance.
   Et puis rassurez vous, à côté de mon lit, sur les étagères du dessous de la table-de-nuit-bibliothèque il y a des livres de Science fiction, des "polars ", des magasines plus ou moins culturels ...
   Méditez, dormez bien et faites de grands rêves. 
       Ariaga.
 
  
 
 

26.06.2007

Les secrets de la Nature

( suite de la note précédente)
 
   Je vous ai parlé hier du succès de L'Atalante fugitive de Michel Maïer mais c'est précisément ce succès qui lui valut des critiques de ce que nous appelons aujourd'hui les " puristes ", le véritable adepte étant censé garder le silence sur le fruit de ses travaux. Or, même si l'auteur procède par allégories et allusions, s'il utilise parfois la " langue des oiseaux" , il fait un véritable effort de clarté et emploie tous les moyens à sa portée pour transmettre ce qu'il voulait bien dire de sa connaissance et de sa pratique de l' " art royal ". C'est pourquoi il ne s'est pas contenté de s'adresser à l'esprit du lecteur, mais aussi à sa vue et à son ouïe. C'est ainsi qu'il écrit au centre du frontispice de l'ouvrage :
   "Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la Nature, adaptés en partie aux yeux et à l'intelligence par des figures gravées dans le cuivre et des légendes qui leur sont adjointes, par des épigrammes et des notes, et en partie aux oreilles et à la récréation de l'esprit par plus ou moins 50 fugues musicales à trois voix dont deux correspondent à une seule mélodie simple, très adaptées au chant des distiques, destinées à être vues, lues, méditées, jugées, chantées et écoutées non sans un agrément particulier."
   Il pense que Dieu a caché dans la Nature des quantités de secrets (Arcana) et qu'un des moyens, pour l'homme, de développer son intelligence, est de tenter de les extraire les secrets "chymiques " étant " les plus précieux de tous après la recherche des choses divines ". Ces secrets ne sont pas à l'usage des charlatans, seulement des esprits élevés, et Michel  Maïer s'adresse à eux avec un enthousiasme et une sorte de prosélytisme dont il se rend compte au moment où il écrit les dernières lignes de l'Atalante fugitive :
       "Donc, une fois qu'on a saisi cela, on comprend l'aigle et la femme, comme aussi les secrets de l'art presque entier, secret que nous avons en ouvrant peut-être trop largement le sein de la Nature, exposé et manifesté dans ces pages au fil de l'enseignement, afin qu'ainsi GLOIRE SOIT RENDUE A DIEU. "
   Michel Maïer se demandait s'il n'avait pas été trop bavard et il avait raison car les critiques furent vives, mais pour nous qui le lisons aujourd'hui, c'est certainement un des livres qui apporte le plus d'éclaircissements sur la philosophie de l'alchimie. 
   Ajoutons que les illustrations (vous en trouverez chez mon lien Djaipi, catégorie géométrie spirituelle) sont très révélatrices de la perduration de symboles vivants très puissants. Les rêveurs, en utilisant des matériaux plus contemporains, reproduisent souvent des scènes très proches des emblèmes de l'Atalante. Il m'est arrivé de montrer à des amis ne connaissant rien à la symbolique alchimique des images de l'Atalante et elles provoquent de vives réactions d'attraction ou de répulsion. Certains disent : " je ne veux pas voir ça ! " alors que d'autres regardent la gravure avec une sorte de fascination. Cela tend à prouver que les illustrations de l'Atalante sont les activateurs d'un contact avec le monde archétypique. Tentez l'expérience, vous verrez ! Une autre expérience a été tentée, jouer les musiques de l'Atalante, il paraît que c'est vraiment très mauvais...
       Ariaga
 
  
 

03.05.2007

Hymne à l'esprit de la Nature

   Tous les alchimistes d'orientation philosophique ont louée et magnifiée la Nature, parfois avec un sentiment de crainte devant ses forces obscures. Mais, ils ne pouvaient que la considérer avec respect car elle était, pour eux, toute imprégnée d'une essence divine, cet or qu'ils espéraient trouver par d'incessantes distillations. En attendant ils éprouvaient envers les deux natures, la matérielle et la divine, un sentiment "religieux" et leur but n'était pas de les séparer mais de réunir ce qui était en haut à ce qui était en bas, selon le principe de similitude de la Table d'Emeraude : "Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, à la fin de réaliser le miracle de la chose unique...". Ce sentiment religieux de la Nature existait depuis l'antiquité, et selon Jung, (Dans Synchronicité et Paracelsica) son expression la plus belle se trouve au milieu d'un fatras de recettes magiques dans l'épigraphe secret du  Grand Papyrus magique de Paris. (Ne me demandez pas l'origine exacte je l'ignore et tout renseignement sera le bienvenu). Moi aussi je trouve ce texte magnifique et je veux le partager avec vous. 

          Salut à toi, édifice entier du souffle et de l'air ; salut ! esprit, qui du ciel se répand sur la terre, et de la terre qui occupe l'espace médian de l'univers, s'étend jusqu'aux limites de l'abîme sans fond. Salut ! esprit qui pénètre en moi, qui adhère à moi et qui me quitte conformément à la volonté de Dieu dans sa bonté. Salut, commencement et fin de la nature immuable. Salut ! infatigable rotation des éléments. Salut ! serviteur de la lumière du soleil, lumière de l'univers. Salut ! cercle de la lune qui brille d'une lumière inégale et éclaire la nuit. Salut ! tous les souffles des esprits aériens. Salut à vous à qui est accordée la joie dans la louange, frères et soeurs, consacrés et consacrées.  O grand édifice de l'univers, fermé sur lui-même, incompréhensible. Céleste habitant du ciel, subtil habitant de l'éther, de la nature de l'eau, de la terre, du feu, du vent, de la lumière, de l'obscurité, éclatant comme les astres, à la fois froid, humide et igné. Je te loue, ô Dieu des Dieux, ordonnateur du monde, conservateur de l'abîme sur le siège invisible de son assise. Esprit qui a séparé le ciel de la terre, a couvert le ciel de voiles d'or éternels et a fixé la terre sur des bases éternelles, qui a suspendu l'éther au plus haut des airs, qui a dispersé l'air en souffles qui se meuvent d'eux-mêmes, qui a disposé l'eau tout autour, qui dirige les ouragans, qui est tonnerre, éclair, pluie, qui ébranle, qui engendre la vie, Dieu des Eons, tu existes dans ta grandeur, souverain, divin maître de toutes choses.

   J'aurais aimé, avec des frères et des soeurs louangeurs consacrés, écouter ce texte offert, d'une voix forte, au Dieu de la Nature, mais c'était il y a bien longtemps et si j'y étais je l'ai oublié. Et pourtant...il y a des échos qui résonnent en moi. 

     Ariaga
 

27.04.2007

Dialogue avec Dieu

...Suite des deux précédentes notes.

   Une réflexion, que l'on peut qualifier de "philosophique "commence chez l'enfant à la suite du rêve de la cathédrale et quoi que Jung s'en défende, je crois qu'elle perdurera jusqu'au seuil de la mort. La lecture des ultimes lettre de la Correspondance m'en a persuadée. Il va, très précocement, déduire de son expérience un certain nombre de conclusions qui auront une grande importance pour l'évolution de sa pensée. 

   Tout d'abord, l'évidence des contradictions inhérentes à la nature divine : Dieu, omniscient, connaît toute l'histoire de l'humanité. Et pourtant, il crée des hommes qui ne peuvent échapper au péché. Ensuite, non seulement il interdit ce péché mais il le punit. Y a t-il en Lui une part de cruauté ? Si oui, Dieu n'est pas "tout de bonté". Il montre son autre face, celle de la cathédrale : une face implacable qui ignore ce que les hommes appellent le juste et l'injuste. Il n'apporte ni secours ni réponses. Pire, il peut être l'instigateur d'une situation où un malheureux enfant, torturé par le doute, doit "penser à ce qui est maudit, pour participer à Sa grâce." On est seul devant ses décisions, et on ne peut attendre aucune aide quand se pose un problème vital de choix. La jeunesse, pense le Jung de douze ans, le manque d'expérience, ne sont pas des excuses, au moment de répondre aux exigences de la terrible volonté divine. 

   Ces première conclusions provoquent un grand désarroi chez le jeune garçon qui, dans le milieu de pasteurs où il vit a entendu beaucoup de discussions théologiques. Elles impliquent une mise en cause de sa relation à la religion. Au dessus de l'église, et de son discours théologique, il y a un Dieu vivant, immédiat, tout puissant, qui se moque des traditions sacrées, puisqu'il est capable de démolir sa propre église d'une manière aussi scandaleuse. Ce Dieu peut exiger que l'on renonce à toutes ses opinions pour bafouer la tradition religieuse. Tout cela est assez effrayant.  Après la déception provoquée par sa communion, cérémonie en laquelle il avait mis son dernier espoir, car il pensait que Dieu à cette occasion allait se manifester à lui d'une "manière inouïe"et où il ne ressent qu'un grand vide glacial, il parvient à cette constatation :" J'étais tombé hors de l'église. Cela me remplissait d'une tristesse qui devait assombrir toutes mes années jusqu'au commencement de mes études universitaires."(Ma vie, p.77).

   Si Jung enfant était tombé hors de l'église, son dialogue avec le Dieu biblique de ses pères était loin d'être terminé. Un fil direct relie la scandaleuse vision de la cathédrale, avec un détour par Les sept  Sermons aux morts, à l'étude tout aussi scandaleuse aux yeux de certains (qu'ils soient catholiques ou protestants), que Jung fait de l'"autre face"à l'origine du comportement de Yahvé dans Réponse à Job, une bonne soixantaine d'années plus tard. Ce qu'il écrit sur Yahvé doit être remis dans le contexte de l'ouvrage mais je vous en donne un extrait :"C'est la conduite d'un être essentiellement inconscient, conduite que l'on ne saurait soumettre à des critères moraux. (...) La dualité de l'attitude de Yahvé qui, d'une part piétine sans le moindre scrupule la vie et le bonheur humain, et pour qui, d'autre part, il semble que l'homme doive être un partenaire, place l'homme dans une situation inextricable : en effet, Yahvé Se comporte de façon absolument déraisonnable, à l'image des catastrophes de la nature et autres désastres imprévisibles, et il veut à la fois être aimé, honoré, supplié, et loué comme étant le Juste."(p.59et61)

   On sent, en lisant ces mots par l'intermédiaire desquels Jung exprime son indignation personnelle contre la nature paradoxale de Dieu, la trace indélébile du rêve du Dieu souterrain et de la vision de la cathédrale. Cependant sa colère est constructive. Elle le conduit, dans cet ouvrage, à la constatation qu'une prise de conscience, et la possibilité d'une relation harmonieuse de Dieu avec l'homme, passent par le chemin d'une incarnation christique. C'est parce que Dieu avait besoin de l'homme pour devenir conscient de lui-même et de sa création qu'il a progressivement ressenti la nécessité de s'incarner. 

   Bien d'autres développements sur la relation Dieu-homme, et une réflexion sur les possibilités d'intégration de l'élément féminin à la divinité, sont contenus dans cet ouvrage très personnel. Mais je me suis limitée, au sujet de ces deux rêves et de leur prolongement dans la vie et l'oeuvre de Jung, à montrer la présence au sein de ces rêves "initiaux", d'éléments à l'origine de l'enracinement de sa pensée et de ses réactions émotionnelles futures. J'espère aussi avoir signalé l'importance qu'il faut accorder aux rêves, visions et imaginations des jeunes enfant et pré-adolescents, car ils peuvent avoir une grande influence sur leur futur développement psychique.

   Il est possible que je vous ai "gonflés" avec mon cher Carl Gustav pendant deux semaines. Promis à ceux que je connais pour lesquels Jung n'est pas leur "tasse de thé", je vais aborder d'autres sujets. Si cela "descend" pour le Samedi /Dimanche photo/poésie. 

     Ariaga
 

 

26.04.2007

La face obscure de Dieu

....suite de la noté précédente.

   Après un moment qui est du domaine de ce que Jung lui même appelle l'"illumination", le côté raisonneur et philosophe en herbe du jeune garçon reprend le dessus. L'enfant va passer alternativement d'un sentiment d'infériorité, qui le fait se considérer tantôt comme un "pourceau", pour avoir laissé devenir consciente une telle pensée, contraire à toute son éducation, au statut enviable d'"élu" possesseur d'un grand secret sur la nature divine.

L'interprétation de cette vision a fait partie, comme une ombre, de la trame de la vie de Jung jusqu'à ce qu'il affronte, au moment de sa décision d'écrire Réponse à Job, le fait d'avoir vu, si jeune, la face obscure de Dieu.

   Je laisserai de côté, malgré son intérêt, une interprétation freudienne  sur la sexualité refoulée d'un pré-adolescent, qui se débattrait contre ses pulsions sexuelles et la crainte d'un orgasme solitaire et, après bien des luttes, succomberait à sa pulsion. Le fait d'y associer une redoutable obscénité lui procurerait un trouble sentiment de félicité. Mais cette interprétation n'est pas dans la ligne de la pensée de Jung qui ne s'intéressa jamais au côté sexuel de cette vision. Et il n'avait rien d'un refoulé, sa vie privée le montre. Je pense plutôt qu'il la vécut comme"une rencontre et une confrontation directe avec Dieu", en un moment où il incarnait le rôle du héros acceptant de descendre aux enfers pour remplier sa mission. Il en arriva à la conclusion suivante : lorsqu'une figure divine met à l'épreuve le courage humain, elle peut paraître terriblement cruelle, jusqu'à exiger que soient bafouées les valeurs les plus sacrées. Le fait qu'il s'agit d'une vision ajoute à l'impression que dut avoir le jeune garçon de commettre une faute irréparable. Le rêve est reçu pendant le sommeil par un rêveur qui peut se considérer comme non responsable du contenu de ses songes. Cette vision est une vision acceptée, consciente, regardée dans un état proche de l'éveil. Une attitude héroïque, allant jusqu'à l'acceptation de la perte de l'âme, a alors été assumée par le jeune Jung qui, pour la première fois, commençait à incarner ce qui sera son"mythe"jusqu'au "grand rêve" de la mort de Siegfried en 1914 où il "tuera" l'image héroïque qu'il projetait sur Freud. Demain, suite et fin, courage cela sera peut-être un peu plus long que d'habitude.

     Ariaga
 

24.04.2007

L'inacceptable vision du jeune Jung à la cathédrale de Bâle

   Après vous avoir raconté et, dans la mesure du possible commenté, un rêve de la petite enfance de C. G. JUNG, je vais maintenant faire connaître à ceux qui ne l'auraient pas lue dans Ma vie, une vision terriblement marquante survenue alors qu'il avait douze ans. Pour Jung, la différence entre rêve et vision réside dans le fait que la vision est brève (on pense au "flash" des voyants) et représente une forte coopération entre le conscient et l'inconscient dont elle est plus proche que le rêve. Mais Jung lui donne la même signification sur le plan d'une émergence de forces inconscientes dont la vision est souvent une forme d'aboutissement. 

   A l'époque de ce rêve-vision, le jeune Jung vit une période difficile de repli sur lui-même et de maladie quasi névrotique due à l'existence secrète d'une sorte de seconde personnalité qu'il appelle le numéro deux. Les relations entre Jung et son numéro deux sont tout à fait fascinantes et je vous raconterai cela pendant une autre trêve (???) électorale, les législatives par exemple. il s'efforce d'être pieux, mais il est sans cesse torturé par des pensées secrètes, à la fois fascinantes et humiliantes. Tous ces tourments expliquent probablement l'épreuve qui l'attend sur la place de la cathédrale. 

   Par une belle journée d'été de l'an 1887, l'enfant contemple le toit de la cathédrale de Bâle.C'est superbe, le soleil se reflète sur les tuiles vernies. Au-dessus du toit, le ciel est d'un bleu limpide. En surimpression de ce tableau, d'une bouleversante beauté, l'enfant, toujours imaginatif, installe, tout en haut dans le ciel, le Bon Dieu des images, celui qui siège sur un trône d'or dans les rayons du soleil et là...quelque chose se bloque ! l'hagiographie est balayée, une abominable vision a remplacé la pieuse image, abomination au sujet de laquelle il doit impérativement arrêter de penser. Un bienheureux oubli va certainement faire disparaître ce dont l'idée même constituerait le plus monstrueux des péchés, celui qui est pire qu'un meurtre, le "péché contre le Saint Esprit", dont la sanction est la damnation éternelle. Et il y croyait dur comme fer, à cette damnation éternelle, lui dont le père et les oncles étaient tous pasteurs !

   Pendant des jours et des nuits, l'enfant, complètement désemparé, se défend : "Surtout ne pas y penser !surtout ne pas y penser !" Et l'idée interdite s'insinue sans cesse, en particulier quand vient le sommeil, et que les défenses sont amoindries. Il a déjà beaucoup de force psychique et s'interdit de dormir. La troisième nuit, suant d'angoisse et de peur de s'endormir, laissant alors une porte ouverte à la pensée de la cathédrale et du Bon Dieu, il s'avoue vaincu et en toute lucidité décide "il faut que je pense". C'est pourquoi, à la suite d'un raisonnement que je trouve très bien argumenté, il décide que c'est Dieu, lui même, qui l'a mis dans cette situation désespérée, et cela pour tester ses capacités d'obéissance. Il fait alors une sorte de pari pascalien et rassemble tout son courage :

         "Je rassemblai tout mon courage, comme si j'avais eu à sauter dans le feu des enfers et laissai émerger l'idée : devant mes yeux se dresse la belle cathédrale et au dessus d'elle le ciel bleu. Dieu est assis sur son trône d'or, très haut au dessus du monde et de dessous le trône un énorme excrément tombe sur le toit neuf et chatoyant de l'église ; il le met en pièces et fait éclater les murs."

C'était donc cela ! L'enfant épuisé par la tension des derniers jours, verse des larmes de bonheur et de soulagement. Il a fait l'expérience de la volonté de Dieu et au lieu de la damnation, acceptée comme un risque suprême, c'est la grâce qui lui a été accordée. Il a ressenti une "indicible félicité" et une indescriptible délivrance". Cela aurait pu rester comme un moment exceptionnel dans la vie de ce jeune garçon mais Jung était un compliqué et je vous raconterai la suite la prochaine fois.

       Ariaga