UA-2100979-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« La différence | Page d'accueil | Le Dieu inconnu d'Angelus Silesius »

15/01/2008

Les rêves de Nietzsche-Zarathoustra

   Avant de vous donner les résultats, sur le plan de la psychologie des profondeurs et de la philosophie de la nature, des longues recherches de Jung dans les ouvrages alchimiques, j'ai envie de vous parler des rêves du Zarathoustra de Nietzsche. En effet, quand Zarathoustra rêve il est certain qu'il s'agissait pour Jung d'une projection des songes de Nietzsche lui-même. Et quand on sait l'influence que Nietzsche a eu sur Jung, influence dont je vous parlerai dans quelque temps, évoquer ces rêves est aussi montrer une des racines de  la fascination de Jung pour le rêve.
   Les rêves de Zarathoustra sont racontés dans trois textes d'une grande beauté : "Le prophète" (p. 275sq), "l'heure du suprême silence" (p; 295sq), "des trois maux" (p. 369sq).  J'utilise toujours la traduction de G. Bianquis mais j'ai oui dire qu'il en existait une plus récente que j'espère bien recevoir un jour en cadeau. (discrète incitation à mes proches...). 
   L'importance que Nietzche-Zarathoustra accordait aux rêves et à leur interprétation se manifeste au moment où Zarathoustra, se réveillant d'un sommeil profond, est navré de voir son rêve "retenir en lui son sens caché" au lieu de le laisser librement prendre son essor. Il demande alors à ses amis de l'aider à en deviner le sens et c'est, très symboliquement, le "disciple qu'il aimait entre tous" qui interprète son rêve. 
   Les rêves de Zarathoustra font entendre une grande voix que j'imagine comme étant celle du Soi et cette voix énonce des phrases essentielles et prophétiques :
   "Qu'importe ta personne Zarathoustra, dis -la parole que tu portes en toi puis brise-toi"...
    "Et pour la dernière fois la voix me dit " O Zarathoustra, tes fruits sont mûrs, mais toi tu n'es pas mûr pour tes fruits."
On peut interpréter le "tu n'es pas mûr"comme une constatation du Soi . Même si tous les éléments fournis par l'inconscient sont présents et pourraient conduire le Zarathoustra Nietzsche vers un accomplissement de sa totalité conscient- inconscient, il n'est pas suffisamment "conscient" pour mener ce travail à son terme. Ceci semble assez prophétique de la folie où il devait sombrer. .  
  Dans le dernier songe, au moment de  "l'ultime rêve de l'aube", Zarathoustra sur un promontoire au delà du monde tient un balance et pèse le monde :
   Mesurable pour quiconque a le temps, pensable pour un bon penseur, accessible aux ailes vigoureuses, déchiffrable aux divins déchiffreurs d'énigmes : tel m'apparut le monde en rêve." 
Et il interprète lui même son rêve comme une acceptation du monde tel qu'il est :
   Ni assez énigmatique pour effaroucher la tendresse humaine, ni assez catégorique pour endormir la sagesse humaine - une bonne chose, une chose humaine : tel me semblait le monde ce matin, ce monde dont on dit tant de mal.
Que de Grâces j'ai rendu à mon rêve d'avant l'aurore, qui, dès l'aube ce matin, m'a permis de peser le monde ! il est venu à moi comme une bonne chose, une chose humaine, ce rêve consolateur. "
  Ce ne sont pas seulement les songes, c'est tout le Zarathoustra qui ressemble à un grand rêve éveillé ; une sorte de récit inconscient mettant en scène des archétypes universels tels ceux du Vieux Sage, du briseur d'idoles ou de l'enfant créateur.  Le Zarathoustra fut une sorte de boîte de Pandore contenant tous les éléments propres à susciter l'enthousiasme ou la défiance d'un Jung dont je vous raconterai la fascination répulsion envers une oeuvre et un auteur qui l'accompagnèrent pendant tout son cheminement.
   Pour finir, je vais vous proposer un rêve de Nietzsche lui même, cité par Jung dans Métamorphoses de l'âme et ses symboles.
Nietzsche, au cours d'un dîner de la société Bâloise était assis à côté d'une jolie dame. Il lui raconta le rêve suivant :
   "J'ai récemment rêvé que ma main qui était posée devant moi sur la table acquit soudain la transparence du verre ; je voyais nettement en elle le squelette, le tissu,le jeu des muscles. Tout à coup, j'aperçus sur elle un gros crapaud, en même temps que quelque chose d'irrésistible me poussait à avaler l'animal. Je surmontais mon atroce répulsion et je l'avalais ".
   Il paraît que la jeune femme se mit à rire et que Nietzsche en fut très attristé. Elle n'avait peut-être pas compris que son voisin de table, toujours habillé avec une parfaite correction, venait de lui ouvrir une porte sur les profondeurs de son inconscient, et l'intimité d'un secret dégoût.
  Ce songe revint souvent hanter Nietzsche et, selon Jung , le crapaud dont il avait souvent rêvé avec l'angoisse d'être forcé de l'avaler, ne put jamais, psychologiquement parlant, être dégluti par le philosophe.
  Faites de beaux rêves...
       Ariaga
 

Commentaires

// Il paraît que la jeune femme se mit à rire et que Nietzsche en fut très attristé.//

Nietzsche veut déchiffrer le monde, mais la réaction d’une jeune femme au récit d’un rêve apparemment grotesque le surprend, l’attriste. Ah! Ah! Ah!

On s’explique à peine ce que c’est que l’eau, mais on voudrait déjà comprendre la Mer et l’humanité faite, on le sait, à 80% d’eau. Ah! Ah! Ah!

Je dis que le rêve est au cerveau qui dort ce que les gargouillis sont à l’estomac en train de digérer, mais cela n’exclut pas ceci qu’il y a une part de rêve dans la pensée éveillée comme il y a une part de pensée éveillée dans le rêve.

Dans l’exposé d’Ariaga, je vois la trace d’un rêve inconnu, puissant, un dragon avançant dans l’obscurité qu’éclaire son propre souffle embrasé.

//Faites de beaux rêves...// Merci ! Et puisse la beauté de nos rêves nous inspirer de beaux gestes au quotidien—la réalité (celle qui pince) en manque parfois cruellement.

Écrit par : r_i_d | 15/01/2008

Merci Ariaga, je vais prendre ces rêves comme ils viennent ... (ai-je le choix ?) Et si je vois un crapaud, je l'avale aussi sec (qui il est humide :o) ... bien qu'à tout prendre, dans le fond, je préfère les cuisses de grenouilles ...
Sans rire (vraiment), cette série d'articles est passionnante : ta cuisine c'est un régal !
Amitiés

Écrit par : guelum | 15/01/2008

j'ai beaucoup de mal à me souvenir de mes rêves ! y-a-t'il une technique tu crois ? il me semble en avoir entendu parler un jour ! bonne nuit Ariaga !

Écrit par : marie.l | 15/01/2008

Doux rêves pour toi Ariaga. Puis-je me permettre un peu d'humour, et sans avaler de couleuvre ! Amitié.

Écrit par : lechantdupain | 15/01/2008

Guérir. C'est le seul rêve qui mérité qu'on en vive.

Écrit par : joruri | 15/01/2008

Quelle charmante histoire avant d'aller se coucher :)
Fais de beaux rêves toi aussi Ariaga !


B.

Écrit par : B. | 16/01/2008

"Ni assez énigmatique pour effaroucher la tendresse humaine, ni assez catégorique pour endormir la sagesse humaine - une bonne chose, une chose humaine"

Pour ma part je retiens cette part du récit : l'humanité est bien un intermédiaire qui capte et décode mais qui ne comprend pas la totalité autrement que dans le suggestif.

Il existe donc des notions à approfondir et à fabriquer un vocabulaire inhérent afin de révéler davantage.

Et si la réalité n'était finalement qu'une suggestion et qu'il ne soit pas possible de voir autre chose ?

Écrit par : paradox | 16/01/2008

Je comprends que Nietzsche eût un sentiment de répulsion, qui aimerait avaler la mort sans une certaine hésitation, car nous savons que toutes les fonctions de l'être vivant sont nécessairement au service de sa volonté de vivre et que celle-ci, chez l'homme, a autant d'influence sur la pensée que sur l'estomac, et ce n'est pas moi qui le dit...

Très chaleureusement, Marie.
© La Poétaniste

Écrit par : La Poétaniste | 16/01/2008

Je sais qu'il faudrait que je les note la nuit, car au réveil, pfuitttt!!!

Écrit par : muse | 16/01/2008

Ais-je donc quelque chose à dire sur ce texte en dehors de l'expression du plaisir à le lire et puis aussi du plaisir de la remémoration de ma lecture ancienne du Zarathoustra, texte sublime d'une profondeur jamais épuisable.
Les rêves. Je les note tant que je peux, tant que je m'en souviens et ce qui en reste. Je n'en fait pas grand chose de plus mais certains d'entre eux restent à planer quelques jours jusqu'à quelques années. Ces rêves-là me contiennent, ils sont tout moi et je constate alors à quel point je me méconnais.
La conscience réflexive est une exception dans le vivant, un cas particulier, si ça se trouve c'est une anomalie de belle grandeur. Alors le rêve et la rêverie sont peut-être la plus grande part du monde, si ça se trouve!
Tout bien considéré, accordons leur la place qu'ils méritent et qui leur fût donné jadis et encore par quelques peuplades primitives.
Nous cherchons à fabriquer du rêve, nous le marchandisons alors que nous en avons des musettes pleines que nous sacrifions au réveil. Quel gachis!

Écrit par : jean | 17/01/2008

POUR MARIE
il y a une technique fort simple mais qui demande un peu d'organisation
1) avoir à disposition un support quelconque(cahier, carnet, etc) juste à côté de l'endroit où on dort
2) au moment où on ouvre les yeux (avant de se lever) essayer de se rappeler ce qu'on avait à l'esprit AVANT de se réveiller
3) si on a un souvenir de rêve, se repasser la scène et chercher ce qui la précédait ou/et la suivait
4) se repasser l'ensemble des scènes de rêves en visualisant ce qui était vu et en ressentant ce qui était ressenti
5) au besoin repasser encore une fois tout le rêve ou toutes les scènes de rêve
6) seulement après, noter dans le cahier, tel quel, mm si çà parait incongru (l'déal étant de s'enregistrer audio mais bon)
La formulation écrite doit être le plus proche possible de la formulation orale
Lorsqu'on ne se rappelle plus, écrire les divers termes qui nous viennent à l'esprit comme par exemple 'j'ai rêvé d'un téléphone ou alors c'était peut être une caméra"
"mon cousin, ou bien mon collègue"
Voilà
mon prochain cours portera sur la façon d'aborder nos rêves sans préjugés :D
PS ARIAGA merci pour tes passages chez moi
je ne suis pas sûre de mériter tous tes compliments
la nounoune qui t'embrasse

Écrit par : ambre | 17/01/2008

@ r-i-d, quand je lis ton commentaire je sens le souffle du dragon qui doit être ton daïmon personnel...celui qui t'inspire quand tu poétise ou dessine. Si tes "fruits sont murs" après tes rêves ce sera une grande chance.

@ Guelum, je crois qu'ils sont chanceux ceux qui peuvent avaler le crapaud mais ce n'est pas facile !

@ Marie.l, tu as eu raison de demander car ta question a suscitée un commentaire très intéressant de Ambre.

@ Ambre, Merci des conseils que tu donnes à Marie, j'aime cette entraide sur les blogs.

Écrit par : ariaga | 17/01/2008

J'arrive un peu en retard, Ariaga, mais j'étais un peu "silencieusement occupée" ces temps-ci... et en fait je voulais juste te signaler une découverte... pour moi, la découverte... parce que toi tu connais sûrement... toutefois je te donne son adresse... à ma découverte...
http://hdelboy.club.fr/aurora_consurgens.html...
Je lis tout ça avec un grand intérêt...mais pas facile !!!

Je t'embrasse

Écrit par : Muttifree | 18/01/2008

@ Lechantdupain, ce qui me fais rêver c'est quand je vais chez toi voir les étoiles.

@ La Poétaniste, peut-être faut -il savoir prendre des risques ?

@ Paradox, bien d'accord avec toi sur le fait que nous ne pouvons absolument pas comprendre la Totalité et que ce que nous appelons le réel passe par un certain nombre de filtres et de codes indispensables.

@ Jean, heureuse que nous partagons l'émerveillement devant le Zarathoustra. Chaque lecture fut pour pour nouvelle et je vais recommencer avec la récente traduction.

Écrit par : ariaga | 18/01/2008

Un livre audio gratuit de la version intégrale de notre poème préféré:

http://www.incipitblog.com/index.php/2005/10/03/friedrich-nietzsche-ainsi-parlait-zarathoustra-1885-lecture-integrale/

Pour se balader en bonne compagnie

Écrit par : jean | 18/01/2008

tout à fait passionant ! ce lien entre Nietzsche et jung que je ne connaissais pas , en effet m'interresse , car les deux grands "philosophes" ont été tentés par les sources extra-européennes ou la 'sagesse' cachée , extra-rationnelle , le dragon effectivement dans ce sens R-I-D me semble être tout cet élan du monde sempiternel qui nocturne apparait dans sa flambloyance inaccessible au rationnel et qui "visite"
je suis en train de livre un livre de César Aira sur le voyage d'un peintre en argentine et au chili qui me fait penser à cela ;
il est intéressant de regarder la fonction du rêve en occident au moyen-age, en Orient , et bien sur dans les civilisations chamanico-animistes , d'ailleurs j'ai toujours considéré que la psychanalyse a occupé l'espace 'vide' laissé par la désertion u non rationnel dans la civilisation occidentale ,
superbe article , merci ,
à+

Écrit par : lam | 19/01/2008

@ Muttifree, merci de me signaler de blog mais je n'arrive pas à le joindre.

@ Jean je vais me précipiter.

@ Lam ton commentaire est, lui aussi passionnant. je trouve que tu as la grande forme en ce moment et j'invite tous les lecteurs à aller sur ton niveau blog "principal" et aussi sur les autres si riches et beaux. On a bien le droit d'avoir ses chouchous !

Écrit par : ariaga | 19/01/2008

Bonsoir,

En effet, à vouloir être très prudent, nous pouvons passer à côté de l'essentiel...

Merci pour ta réponse, douce nuit, Marie.
© La Poétaniste

Écrit par : La Poétaniste | 19/01/2008

Salut jaurais aimée avoir ton témoignage si tu veux bien jaurais aimé savoir quel est le rêve que tu fais le plus souvent et qui ta marqué .
Merci de faire un petit coucou et bonne continuation !

Mentira

Écrit par : mentira | 08/02/2008

il faut relativiser.

Écrit par : consultation psychologue en ligne | 23/06/2009