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17/07/2008

Rêve de banc


     
   Les rêves de voyages imaginaires des habitants du banc commencent à monter comme une marée et je dois ouvrir l'écluse, sous peine de submersion. Certains sont perticulièrement beaux et originaux et ils seront publiés mais, aujourd'hui, j'ai eu envie de vous offrir celui de èphême parcequ'il fait le lien entre le haut et le bas si cher aux alchimistes.J'ai aussi beaucoup aimé l'humour de son aquarelle. Ce banc botté ... .Bonne lecture. Texte et illustration èphême.
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   " Ce brave banc maritime s’ennuie un peu, une marée haute, une marée basse, toujours pareil, bravant les mouettes... Il connaît, par les livres oubliés sur ses planches (oui, il sait lire, un vieux philosophe misanthrope le lui a appris, patiemment), des comparses partout, qu’il aimerait visiter, mais il est cloué au sol, comme une bitte d’amarrage veuve de ses haussières.
    Il rêve d’autres bancs avec qui causer, nichés dans les barkhanes et les sifs grelottant de chaleur du Ténéré, ou dans les sombres réfectoires troglodytes de Cappadoce, polis par les siècles, taillés dans le tuf volcanique  sous une Dormition de la Vierge. Mais ce qui l’intrigue le plus, ce sont les bancs durs du calcaire, ses collègues des karsts dentelés, ceux qui devinent d’autres eaux… Ils sont l’antre des rivières aveugles, cascades sourdes, lacs d’opale verte, où l’eau acide burine sans fin la roche rétive, façonnant coups de gouge géants ou banquettes aériennes. Puis paresseuse, mais têtue, après s’être insinuée dans les diaclases farouches, elle s’abandonne et fait l’amour avec la nuit, déposant, cristal à cristal, fistuleuses, draperies, trottoirs de gourd, coulées grasses ou buissons évaporés d’aragonite. Ce monde magique l’étourdit, car il n’existe que par le regard de l’intrus, et retourne à sa lente mastication nocturne dès que s’efface la lumière allochtone du passant. Lui, devant le miroir bleu, il voit chaque matin l’aube phosphorer à l’est, la nuit s’épouvanter chaque soir à l’ouest dans les cris des arbres, devant le halètement muet des vagues.
    Mais dans les gorges noires, tout est différent.  Le temps tricote ici à son rythme : lent, impalpable, implacide, innommable dans son rythme lent à puiser les chadoufs des jours vers les champs de la mort, la noria des aiguilles de montre ralentissant imperceptiblement, engluée par cette nuit de Terre. Nuit sans étoile, ralentissant, ralentissant dans le vide d’un temps sans repères, matrice des rêves chthoniens où l’instant n’a aucun sens, dissous puis révélés par le ballet obstiné des gouttes. Qui y pénètre perd tous ses amers, et son horloge interne n'exsude les secondes qu’avec parcimonie, une à une, épouvantées de jeter minutes, heures, jours," dans ce monde sans ciel, sans soleil, matrice froide de tous nos rêves. Ici il n’y a que roches et eau, air et obscurité, pauvre vie farouche ou inopportune, sous les gouttes sans âme du carbonate de calcium.


    Mais je me tais… L’alchimiste fofolle arrive… Elle ne doit rien deviner. Chutttt."

Post scriptum d'Ariaga : L'alchimiste fofolle n'a pas réussi à insérer la peinture de éphême en entier dans la colonne du blog. Vous pouvez la voir non amputée dans l'album photo.

Commentaires

Depuis La Motte Beuvron, en pleine Sologne, votre reporter en direct des Championnats de France d'Equitation.
Bravo Epheme pour le tout, aquarelle et texte superbe et grand merci. Je vais parler d'autre chose, désolé, mais l'actualité n'attend pas.
Je nous fait remonter brusquement de sous la terre sous les oriflammes agités de musiques martiales, des discours très contextualisés des commentateurs et des juges qui étalonnent nos jeunes cavaliers. Vive les contrastes.
Ici tout n'est que deux roues à énergie musculaire, quatre sabots, chapiteaux, tentes et camions emmélés. Un truc énorme installés sur je sais pas combien d'hectares en pleine Sologne (Ariaga merci d'avoir fait l'effort de voir des chevaux s'avançant dans la mer dans mon petit mot d'hier).
Je m'essaye à la photo numérique avec notre nouvel appareil mais je doute d'arriver ne serait-ce qu'à la délicate cheville de notre hote charmante en la matière mais on va faire un effort et je ne suis pas affolé par l'idée de vous proposer quand j'aurais le temps un petit reportage photo.
Bon, y'a la queue devant les postes, je vais devoir rendre l'antenne.
J'espère qu'Ephème ne m'en voudra pas d'ouvrir les comms à son travail par un truc très hétérodoxe mais je choisi pas trop le moment où je me connecte.
A très bientôt pour un nouvel instantané.

Bisous

Écrit par : PataTy | 17/07/2008

Je vais bien l'aimer ce banc !!!

Écrit par : patriarch | 17/07/2008

Je reprnedrai avec l'attention qu'il mérite le texte d'Ephème mais j'aime tout particulièrement son banc en auqarelle. On dirait un banc de Noël, en été, non. C'est généreux ces partages estivaux. On se sent beaucoup moins seul. Je t'embrasse, Ariaga. Chris-Tian.

Écrit par : Chris-Tian Vidal | 17/07/2008

Unissons nos bancs pour que moins de solitudes. Un banc près du lac Hüsgül en Mongolie t'intéresserait-il, Ariaga?

Écrit par : Chris-Tian Vidal | 17/07/2008

Amputer le banc des pattes pour qu'il connaisse enfin la chaleur du sol. C'est un tapis qu'il nous faut, d'herbes et de fleurs, ou de terre humide, ou de sable chaud. Le banc n'est en fait qu'un dossier pour le dos ; des termites gourmands en font une fragilité dangeureuse.

Mais s'il existe un banc "extérieur", alors il faut qu'il soit comparable au banc intérieur, et c'est bien de lui que nous parlons. Comme en bas, comme en haut, et comme nos pensées, les Siennes. Je dois pourtant préciser que je ne distingue plus le haut du bas ou l'intérieur de l'extérieur.

Une idée : Les mots seraient-ils le "banc" de la pensée ?

Belle Ariaga ! Je t'aime debout.

Écrit par : r_i_d | 17/07/2008

Le dessin est beau.

Écrit par : r_i_d | 17/07/2008

ARIAGA à TOUS, les démons de la disparition ont sévi et malgré tous mes efforts je n'ai pu publier la peinture de éphême en entier. Elle est amputée d'une partie de son côté droit. Si vous voulez la voir en entier elle est publiée sur mon album photo. Il paraît qu'il avait mis sous sa signature son auto portrait. Surprenant !

Écrit par : ariaga | 18/07/2008

Je suis transporté par l'idée du banc qui se métamorphose en tapis volant.
Nos amis les équidés sont aussi à leur manière des bancs, des bancs de chair et d'os pesant plusieurs centaines de kilos. Des bancs portés par 4 jambes (les chevaux ont des jambes et non des pattes, ce en quoi ils sont un prolongement de l'homme).
A noter que sous la selle les cavaliers mettent un tapis. Tout est dans Tout, c'est extraordinaire.
Je fus spéléologue dans le temps, puis quelques années après j'ai travaillé à la construction du métro toulousain, les tunnels immenses et plain de boue incitent à l'humilité.
Puis je descendis dans mes propres sous-sols, dans mes caves et mes recoins sombres et humides. Que de fois je faillis rester coincé dans un boyeau exigue, là c'est l'angoisse qui vous prend.
Bon, voilà, je vous écris depuis un lieu public, c'est pas le plus simple mais ça me ravi de pouvoir maintenir le lien avec vous tous.
A bientôt,

Écrit par : PataTy | 18/07/2008

Dans les sous-sols je ne resterai pas longtemps, j'aime trop la clarté et je veux vivre au même rythme que les autres emportés par la circulaire du soleil... Comme le banc ici peint, j'aime bavarder avec les autres... Bon week end.

Écrit par : elisabeth | 18/07/2008

@Patriarch, tu as le choix en matière de banc, tu dois bien avoir dans tes immenses réserves un oiseau banc ou un poisson banc !

Écrit par : ariaga | 18/07/2008

Chris-Tian Vidal pourquoi pas un banc de Noël en été. ce qu'il y a de bien avec les vacances imaginaires c'est que l'on peut aller sous toutes les latitudes et pour pas cher.

Écrit par : ariaga | 18/07/2008

Ariaga, je viens de t'écrire qq mots en messagerie, et si je viens te le dire là, c'est parce que la dernière fois, tu n'avais pas reçu mon mail... voilà, cela va ajouter à ta tête renversée de Nounoune Sans Dessous Dessus :-)
bonne soirée et bon week end à toi :-)

Écrit par : ambre | 18/07/2008

@ Pataty, merci de nous faire vivre toutes ces expériences. Les habitants du banc sentent l'odeur du crottin de cheval ce qui les change de l'air marin. L'idée des bancs de chair et d'os me fait fantasmer... et aussi les phénomènes de synchronicité. Un petit clin d'oeil à Jung, un peu abandonné en ce moment. Je crois que de toutes les descentes la plus périlleuse est celle de tes propres sous sols. A bientôt.

Écrit par : ariaga | 19/07/2008

@ Chris-Tian Vidal, tous les bancs m'intéressent à partir du moment où ils font rêver. le texte d'éphême est, en effet très riche, tellement que je me demande s'il ne l'a pas écrit sous l'influence d'une quelconque ivresse....des profondeurs.

Écrit par : ariaga | 19/07/2008

PataTy, je suis entièrement d'accord avec toi. J'ai beaucoup aimé ce commentaire en direct dans l'odeur du crottin. Pour moi, elle est inséparable de mes enfants, adorateurs de poneys qui n'en demandaient pas tant.. et du fait qu'aimer, écrire, peindre, déguster sont les arcs-boutant de toute création . Un tableau est une particule du monde qui tourne autour de son pinceau, parfois au grand dam de la main qui croit tenir le manche. J'ai eu la chance de passer de nombreuses semaines à parcourir Mammouth Cave, et parmi les plus belles grottes du monde, mais aussi le Ténéré ou les Tassilis des Ajjer, merveilles de la nature patiente. J'ai aussi travaillé, en tant que spéléo, dans d'incroyables tunnels de dérivation sur un barrage en construction au sud de la Turquie, où un insecte dément bourdonnait furieusement sur le front de taille, dans un univers fabuleux de poussières, de chaos bruissant et de lumières. Mais mes enfants, et maintenant mon petit-fils, éblouis de joie et fierté faisant ses premiers pas vers moi sont le sel de la vie, comme le chat et le tableau de Rembrant.

Écrit par : èphême | 19/07/2008

Chris-Tian Vidal, j'aime bien l'idée de banc de Noël..., car j'en ai vécu quelques uns troglodytiques, où le champagne aidant, je ne fus pas très loin de celui-ci.

Écrit par : èphême | 19/07/2008

Je suis bien en phase avec r_i_d, les bancs intérieurs sont les plus illuminants, mais aussi les plus fragiles. que veut dire le haut ou le bas dans la nuit des abimes, où seul le coup de triangle d'une goutte rompt la glace du silence.

Écrit par : èphême | 19/07/2008

@ Reading, très belle idée, les mots comme "banc de la pensé" mais seulement quand on peut se reposer sur eux et ce n'est pas toujours le cas. Ils sont souvent un peu caractériels. Cela m'a fait plaisir que debout ou assis tu viennes nous apporter un peu de ta présence sur le banc. Tu vas bien nous en dessiner un, un de ces jours ?

Écrit par : ariaga | 19/07/2008

@ Elisabeth, il n'y a pas que toi qui aime bavarder avec les autres, pour moi c'est toujours un plaisir de "bavarder" avec toi sur nos blogs, le mot bavarder étant quand même un peu léger, je pense que nos échanges dépassent ce stade et je t'en remercie.

Écrit par : ariaga | 19/07/2008

Ce banc de Noël en été rêve d'autres... Je vais lui en offrir un je pense. Regardez, il regarde flotter le canapé de son psychanalyste. Nous ne sommes tout de même pas en trêve psychanalytique sur le blog de cette douce alchimiste...

Écrit par : Chris-Tian Vidal | 19/07/2008

Ces bancs là ont la liberté d'apparence ... même les barques à sardines en perdent leur nord ...

Écrit par : Kaïkan | 19/07/2008

@ Chris-Tian Vidal, j'ai reçu par "Trains de bancs express" ton banc personnel et je dois dire qu'il m'a enchantée. Je vais en faire profiter tous les vacanciers du banc.

Écrit par : ariaga | 20/07/2008

@ Kaïkan, c'est vrai que les bancs sur ce blog commencent à devenir de plus en plus protéiformes et voyageurs. Ils font ce qu'ils veulent et je me demande si ils ne vont pas se glisser partout dans le Laboratoire.

Écrit par : ariaga | 20/07/2008