UA-2100979-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Défilé de Juillet (bis,9) | Page d'accueil | Voyages de bancs (bis,11) »

14/08/2015

Rêve de bancs (bis,10)

 

   Les rêves de voyages imaginaires des habitants du banc commencent à monter comme une marée et je dois ouvrir l'écluse, sous peine de submersion. Certains sont particulièrement beaux et originaux et ils seront publiés mais, aujourd'hui, j'ai eu envie de vous offrir celui de Éphême parce qu’il fait le lien entre le haut et le bas si cher aux alchimistes.J'ai aussi beaucoup aimé l'humour de son aquarelle. Ce banc botté ... .Bonne lecture. Texte et illustration Éphême.
IMG_4928_2_2.jpg
 
   " Ce brave banc maritime s’ennuie un peu, une marée haute, une marée basse, toujours pareil, bravant les mouettes... Il connaît, par les livres oubliés sur ses planches (oui, il sait lire, un vieux philosophe misanthrope le lui a appris, patiemment), des comparses partout, qu’il aimerait visiter, mais il est cloué au sol, comme une bitte d’amarrage veuve de ses haussières.
    Il rêve d’autres bancs avec qui causer, nichés dans les barkhanes et les sifs grelottant de chaleur du Ténéré, ou dans les sombres réfectoires troglodytes de Cappadoce, polis par les siècles, taillés dans le tuf volcanique  sous une Dormition de la Vierge. Mais ce qui l’intrigue le plus, ce sont les bancs durs du calcaire, ses collègues des karsts dentelés, ceux qui devinent d’autres eaux… Ils sont l’antre des rivières aveugles, cascades sourdes, lacs d’opale verte, où l’eau acide burine sans fin la roche rétive, façonnant coups de gouge géants ou banquettes aériennes. Puis paresseuse, mais têtue, après s’être insinuée dans les diaclases farouches, elle s’abandonne et fait l’amour avec la nuit, déposant, cristal à cristal, fistuleuses, draperies, trottoirs de gourd, coulées grasses ou buissons évaporés d’aragonite. Ce monde magique l’étourdit, car il n’existe que par le regard de l’intrus, et retourne à sa lente mastication nocturne dès que s’efface la lumière allochtone du passant. Lui, devant le miroir bleu, il voit chaque matin l’aube phosphorer à l’est, la nuit s’épouvanter chaque soir à l’ouest dans les cris des arbres, devant le halètement muet des vagues.
    Mais dans les gorges noires, tout est différent.  Le temps tricote ici à son rythme : lent, impalpable, implacide, innommable dans son rythme lent à puiser les chadoufs des jours vers les champs de la mort, la noria des aiguilles de montre ralentissant imperceptiblement, engluée par cette nuit de Terre. Nuit sans étoile, ralentissant, ralentissant dans le vide d’un temps sans repères, matrice des rêves chthoniens où l’instant n’a aucun sens, dissous puis révélés par le ballet obstiné des gouttes. Qui y pénètre perd tous ses amers, et son horloge interne n'exsude les secondes qu’avec parcimonie, une à une, épouvantées de jeter minutes, heures, jours," dans ce monde sans ciel, sans soleil, matrice froide de tous nos rêves. Ici il n’y a que roches et eau, air et obscurité, pauvre vie farouche ou inopportune, sous les gouttes sans âme du carbonate de calcium.


    Mais je me tais… L’alchimiste fofolle arrive… Elle ne doit rien deviner. Chutttt."

Post scriptum d'Ariaga : L'alchimiste fofolle n'a pas réussi à insérer la peinture de Éphême en entier dans la colonne du blog. Vous pouvez la voir non amputée dans l'album photo.

Commentaires

C'est très beau, voyage intérieur...

Écrit par : Miche | 14/08/2015

le banc n'est pas un poison et il ne fait pas sept lieux de long mais on peut faire des bonds, certes pas de marsupiaux.

Écrit par : THierry | 14/08/2015

J'aime cette introspection. Le dernier paragraphe est très poétique. Encore !

Écrit par : Sedna | 14/08/2015

Félicitations à Ephême toujours aussi talentueux en dessin qu'en imaination, qu'en écriture. J'adore. Merci à tous les deux. Bises à l'alchimiste que je ne dirai pas fofolle mais sage !

Écrit par : danae | 14/08/2015

et si la folie était une sagesse qui ne saurait se taire
et dans quel référentiel de normalité sommes nous donc tombés
pour décider, enfermer et traiter.

Les camisoles sont elles toujours justifiées quand la rudesse de la vie , le manque d'attention , de présence d'amour a abimé jusqu'au point de non retour des êtres fragiles et devenus brisé.

La relecture de quelques auteurs en passant par Érasme et Foucault peut utilement servir à mettre le curseur en un endroit inattendu, le côté pathogène de la société pour certains, moins bien lotis.

Je vois Ephême que ton art se maintient , toujours aussi surprenant et dans ce cas présent, envoutant.

Merci Ariaga depuis des piles de carton, de mettre encore la main à la pâte et nous donner de belles et souples galettes à travailler, mais le récit fort bien conduit et construit d'Ephême met l'eau à la bouche dans ces résurgences improbables mais pas imprononçables.

Écrit par : Thierry | 14/08/2015

De ces plafonds marmoréens ces saillies et entailles, si douces soient elles, profilent des lombrics mêlés à des alambics. Cyclope m'était conté alors la fumée se dissiperait elle dans le brouillard de sicles accumulés ?

Qui dodeline de la crête pendant qu'au dessus les dolines s'envasent ?
les vasques de cette vaste esplanade ne sont pas le reflet de la nef des fous. Aux éclats répondent les échos portés et sombres mais laissons faire la nature et ses manifestations avides mais debout.

On sent le géologue qui manie le lexique faute d'avoir pu aller au Mexique explorer les grottes géantes aux nombreux cristaux hors taille.

La pierre se construit dans un cycle de dissolution recristallisation qui ménage les effets les plus beaux et les plus insolites, quand le solitaire se promène nez en l'air vers les voutes pas étoilées.

Calcite est récalcitrante même si se dissous sous le citron pressé mais d'autres minéraux engobés et revêtus sont comme parés pour aller à la noce sous la bosse arrondie.

Écrit par : Thierry | 15/08/2015

De ces plafonds marmoréens ces saillies et entailles, si douces soient elles, profilent des lombrics mêlés à des alambics. Cyclope m'était conté alors la fumée se dissiperait elle dans le brouillard de sicles accumulés ?

Qui dodeline de la crête pendant qu'au dessus les dolines s'envasent ?
les vasques de cette vaste esplanade ne sont pas le reflet de la nef des fous. Aux éclats répondent les échos portés et sombres mais laissons faire la nature et ses manifestations avides mais debout.

On sent le géologue qui manie le lexique faute d'avoir pu aller au Mexique explorer les grottes géantes aux nombreux cristaux hors taille.

La pierre se construit dans un cycle de dissolution recristallisation qui ménage les effets les plus beaux et les plus insolites, quand le solitaire se promène nez en l'air vers les voutes pas étoilées.

Calcite est récalcitrante même si se dissous sous le citron pressé mais d'autres minéraux engobés et revêtus sont comme parés pour aller à la noce sous la bosse arrondie.

Écrit par : Thierry | 15/08/2015

un doublon s'entrechoque comme des pampilles tintinnabulent

Écrit par : Thierry | 15/08/2015

Tu as bien fait de publier ce texte d'Ephême, il est magnifique.
Mais pour revenir à ma première impression, il est toujours dans le ventre maternel semble-t-il. La naissance n'est pas encore pour aujourd'hui. Flûte. J'aimerais respirer l'air du LARGE...
Ce n'est pas grave ; c'est très beau ! Bises et bon déménagement.

Écrit par : Aloysia | 15/08/2015

Lutte, héros des profondeur et que l'émergence ne se fasse pas dans l'urgence, car la maturation n'évite pas la saturation... des couleurs et odeurs.

Du bas vient la menace même pour ceux tenaces qui résistent à l'envie de déguerpir , quand l'eau monte, avant la perte, il faut assurer son salut, pas seulement celui de son âme.

Merci Aloysia pour cette fenêtre

désolé pour la répétition , pas une blague de carabin, même obstétricien obstiné des mots.

Écrit par : Thierry | 15/08/2015

Ah ! Te voilà donc, Thierry ; mais toujours sans lien internet...

Écrit par : Aloysia | 17/08/2015

si tu cherches à thierry jamin tu vas en trouver deux
lequel est le bon ?

Écrit par : Thierry | 17/08/2015

Le banc se sent si seul qu'il imagine..... il fallait l'inventer, j'aime bien cette histoire.

Écrit par : elisabeth | 22/08/2015

Où est l'album photo ?

Écrit par : elisabeth | 22/08/2015