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10/01/2007

Etienne PERROT sur l'alchimie

"L'un des caractères de l'alchimie est d'avoir offert à l'âme occidentale corsetée dans une forme doctrinale étroite qui séparait comme par un glaive le bien et le mal, un champ, une vigne beaucoup plus vaste où elle a pu évoluer en toute liberté sans faire passer ses productions spontanées au crible d'une orthodoxie sourcilleuse. L'alchimie tient dans le monde de la chrétienté la même place que la peinture d'un Jérôme Bosh dans son univers artistique ; les thèmes hermétiques abondent d'ailleurs chez l'auteur du "jardin des délices" et de "la nef des fous". Il est significatif que la matière obscure qui doit être changée en pierre de lumière ait reçu entre autres noms celui de Satan. L'inconscient qui est la "matière prochaine"de  l'oeuvre, pour reprendre une expression alchimique, n'est-il pas encore aujourd'hui, aux yeux de beaucoup, un repaire de démons ?Ainsi l'alchimie et la psychologie complexe, l'une et l'autre servantes de l'âme profonde, partagent la vision païenne et orientale qui substitue au manichéisme pratique du christianisme opposant en une lutte éternelle Dieu et le Diable, le jeu de deux principes complémentaires, le yin et le yang chinois, l'obscurité et la clarté dont la réunion forme le Tao, la Voie juste d'où partent et où se résolvent les contraires composant l'univers de la multiplicité. J'ajoute qu'à l'intérieur même du christianisme cette conception était retrouvée en pratique par les grands mystiques, dont le but était de faire que "Dieu soit tout en tous", et qu'elle est une des causes permanentes de la suspicion dans laquelle les autorité tenaient l'expérience intérieure.

    Le stade ultime de l'homme suivant la psychologie empirique de Jung, le Soi, répond aux descriptions des hermétistes aussi bien qu'à celles de tous les grands enseignements traitant de la voie où l'homme se réalise dans sa totalité divine. L'être qui l'atteint, fluide comme l'eau par sa docilité à l'inconscient, est en même temps ferme comme la pierre, car, ne résistant à rien, rien ne peut l'entamer. C'est ce que voulait exprimer le dernier grand rêve confié par Jung. Le vieux sage y voyait une grosse pierre ronde présentée sur un socle comme un objet sacré avec cette inscription : EN SIGNE DE TA TOTALITE ET DE TON UNITE. Cette pierre ne contenait-elle pas l'alpha et l'oméga de toute sagesse ? N'était-elle pas la Pierre des anciens philosophes."

 

 Etienne PERROTLa voie de la transformation, p. 164-165

Ed. La Fontaine de Pierre.
 

Commentaires

je lis ces pages d'un sujet où je suis ignare et je pense à la sculpture de Chillida , entre vide et plein , matière et espace , pesanteur et lévitant , le tout parfaitement incarné de manière même architecturelle ce qui n'empèche pas une lecture ' du langage invisible ' à l'oeuvre comme le faisait remarquer Jacques Dupin ,
rien d'alchimique mais simplement une réflexion
L

Écrit par : aloredelam | 10/01/2007

Impression mélangée en lisant ces lignes d'Etienne Perrot. Globalement d'accord, avec des passages qui me font "tiquer" :
1) pas certain du tout que l'on puisse réduire Satan à la "matière obscure".
2) "manichéisme pratique du christianisme" : le catholicisme (ou l'orthodoxie) s'oppose au manichéisme historique, même s'il me semble que les Manichéens étaient moins "manichéens" au sens ordinaire que les chrétiens officiels : si, selon le manichéisme, ce monde est l'oeuvre d'un Prince (le Prince de ce monde = Satan) et non de Dieu, la part de Dieu qui est en nous est donc en exil ici-bas ; d'où un être humain hybride et complexe, mélangé.
3) D'accord pour la raison politique qui peut induire un clergé à se méfier du mysticisme qui le court-circuite. Mais c'est aussi un garde-fou (au propre comme au figuré !) : nombre de manifestations dites mystiques ont un caractère non réellement transcendant, et sans guide spirituel ou directeur de conscience, l'égarement est probable (confusion des niveaux).
4) Même s'il existe une tradition alchimique chinoise, attention à ne pas mettre le Tao à toutes les sauces (syncrétisme).
5) Le symbole de la pierre est aussi celui de la tombe ou de la pétrification. L'inconscient pourrait avoir signalé à Jung que tout son savoir est une belle chose, impeccable mais minérale, sans vie. Il faudrait avoir plus de détails ; Ariaga, as-tu le texte de Jung décrivant ce rêve ?...

Écrit par : Arianil | 11/01/2007

Merci pour ce commentaire riche et au sujet duquel je suis d'accord sur l'essentiel. Si j'ai mis ce texte de Perrot,c'est pour lui rendre hommage car, parfois sans que je m'en rende compte, il m'a souvent inspirée. J'ajoute que je ne le connais qu'à travers ses livres. Sa relation avec la religion est complexe car il a passé de nombreuses années au séminaire. Le mieux est de le lire et de trier mais il y a beaucoup de très bon et surtout une vision différente de l'orthodoxie au sujet de Jung. Pour le rêve il n'en cite qu'une partie. Jung ne l'a pas écrit, il était à quelques jours de sa mort. Il l'a raconté à Ruth Bailey, la personne qui s'occupait de lui à la fin de sa vie et il est à la P.147 du livre de Barbara Hannah, "Jung, sa vie, son oeuvre". Le voici rien que pour toi ! :"il voyait un énorme bloc de pierre rond placé sur un socle élevé et au pied de l pierre étaient gravés ces mots : 'Et ceci sera pour toi un signe de totalité et d'unité". Ensuite beaucoup de récipients, de vases en terre cuite, sur le côté droit d'une place carrée. Enfin un carré d'arbres, des racines toutes fibreuses sortant de terre l'entourant. Il y avait des fils d'or scintillant parmi les racines. "
Je te répondrai sur la musique demain.

Écrit par : ariaga | 11/01/2007

Merci Ariaga pour la citation du rêve de Jung. Très énigmatique. Heureusement que Jung a dit que le rêveur était le mieux placé pour interpréter ! :-)

Écrit par : Arianil | 11/01/2007

Bonjour,

J'ai lu avec intérêt vos commentaires et je voudrais vous donner le mien.
Jung et Etienne Perrot ne sont pas des théoriciens, ils ne sont pas dans le savoir. Votre remarque ferait éclater de rire Jung qui a toujours dit qu'il est un "EMPIRIKER, un empirique, prêt à laisser ses affirmations, qui ne sont que des descriptions temporaires utiles à défaut d'autres explorations de l'inconscient. Ces chercheurs écrivent leur expérience vécue, et, de surcroît, en temps qu'interprètes de rêves, ils ont pu maintes fois vérifier que les rêveurs et rêveuses vivaient des expériences intérieures semblables à la leur, dans leurs rêves.

Je suis une élève d'Etienne Perrot, et j'ai pu constater l'exactitude des affirmations de Jung et de Perrot, quand ils parlent de la voie alchimique, de la transformation, de l'unité divine qui comprend une dualité. Cela m'a été aussi montré en rêves et je vous assure qu'il ne s'agit pas la de banalités à déguster en salon ou en tchach sur Internet !

Les gens qui ne regardent pas leurs rêves ne peuvent pas constater ce FAIT et se contentent de faire des remarques théoriques, sans expérience personnelle, sans avoir parcouru par eux mêmes le chemin nécessaire sur la voie des rêves, pour pouvoir en juger par eux mêmes aussi.

Le drame actuel, le drame terrible, c'est que tout le monde parle des rêves, c'est très facile de faire marcher son cerveau, sa langue ou les touches du clavier ; rares sont ceux qui les contemplent, c'est déjà plus difficile que d'en parler. Rarissimes enfin, rarissimes hélas, sont ceux qui savent vraiment les interpréter, hélas trop souvent même chez les jungiens.

Quand on constate ce qui se fait dans le domaine de l'interprétation des rêves, on ne peut que se désoler de l'infâme tripatouillage régnant !

Jung et Perrot ont montré le moyen et la voie pour interpréter les rêves, c'est la voie spirituelle , c'est la voie antique de l'initiation, où bien peu, pour accepter d'y entrer, aiment assez le divin qui les habite, les appelle et les attend dans la résidence de l'âme.
Heureusement, il y en a !
Souhaitons qu'il en ait un peu plus. Et pourquoi pas vous ?

Écrit par : Christiane Riedel | 28/07/2008

@ Chère Christiane, j'aime quand des lecteurs vont chercher dans les profondeurs du blog des textes qui me tenaient à coeur. Je vous ferai remarquer que je n'ai fait que citer Perrot, les réponses aux commentaires sont souvent de politesse...et dans mes débuts sur le blog je cherchais plus à "montrer" qu'à polémiquer. Je n'aime pas étaler ma culture ou mon cheminement spirituel car je pense que l'alchimie spirituelle telle que j'essaie de la pratiquer ici est un travail de fourmi. Les gens doivent évoluer d'eux même. Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le danger de l'interprétation "sauvage " des rêves et j'ai toujours résisté à ceux qui sur le blog ou par mail me demandaient des conseils en ce domaine. Les rêves doivent être contemplés longuement avec une personne compétente et pas dans l'anonymat tel que je le pratique ici. Je peux quand même vous rassurer sur ma connaissance de Jung. J'y ai consacré de nombreuses années et j'ai aussi beaucoup médité sur Perrot. Pour ce qui est de la voie spirituelle je suis mon chemin vers le divin mais je pense ne pas avoir à en faire part à d'autres. L'initiation est personnelle. Je vous remercie encore pour ce commentaire si intéressant qui m'a permis de relire cette belle citation de Perrot.

Écrit par : ariaga | 28/07/2008