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02/03/2007

C. G. JUNG et l'idée de totalité

Il m'arrive souvent, en particulier dans les commentaires, que j'emploie le mot totalité avec ou sans un grand T. Cela est du à mon imprégnation junguienne. Je crois donc qu'il est important, pour les lecteurs de ce blog, que j'éclaircisse les relations de Jung avec l'idée de totalité. En effet, même si tous les possibles demeurent à l'arrière plan du sens donné aux mots, il est utile d'indiquer celui mis en évidence. Cela est d'autant plus indispensable chez un découvreur de nouveaux territoires tel que Jung qui utilise certains termes d'une manière bien à lui.

Pour donner un exemple des fréquents malentendus dus à une lecture très fragmentaire, et parfois malveillante de Jung, ou bien à des conclusions hâtives, prenons le terme "dialectique" (souvent associé à totalité ou même totalitaire). Ce mot est revêtu d'un sens philosophique et politique "lourd".  L'emploi qu'en fait Jung pourrait suggérer une influence hégélienne. Il l'utilise comme titre d'un de ses ouvrage Dialectique du Moi et de l'inconscient. Il s'en sert aussi pour donner un nom au processus de relation, qu'il qualifie de dialectique, entre l'analyste et l'analysant. Or, Jung réagit très vivement à toute allusion au sujet d'une quelconque influence de Hegel sur sa pensée, et ceci jusqu'à la fin de sa vie. Il le traite même dans une lettre de 1959, c'est à dire deux ans avant sa mort, de "psychologue raté". 

Pour Jung, il existe toujours une tension entre les opposés, on est confronté avec un vis à vis dont on doit tenir compte et "processus dialectique" signifie pour lui système de relation et d'interaction. 

En vous parlant du terme "dialectique je suis sur le chemin de ce que n'est pas la totalité pour Jung  : Ce n'est donc pas la totalité au sens hégélien, encore moins la totalité au sens politique de totalitaire, concept dont il a la plus profonde horreur, de quelque bord que s'exerce cette forme de totalité. Il fait, cependant, preuve d'un certain élitisme qui le fait penser que seul l'homme libéré de la "massification" , et tentant de devenir un véritable être individué, peut prétendre à la totalité.

Ces précisions données, de quelle totalité, dans son oeuvre et ses propos publics, car on peut toujours trouver chez lui (correspondance, propos relatés par des proches) des envolées très "mystiques", parle Jung ? 

Au cours de son travail il a eu différentes approches, parfois plus philosophiques qu'il veut bien l'avouer car, s'il privilégie le pragmatisme, il est difficile de nier que sa pensée touche souvent à l'éthique, la métaphysique et l'épistémologie. La totalité dont il est le plus souvent question, au niveau empirique où il veut demeurer, est la "totalité psychique". Une totalité vers laquelle il pense qu'on peut cheminer "humainement". Il s'agirait, comme il le dit dans Un mythe moderne, d'une "psyché globale, au sein de laquelle les contenus conscients doivent être complétés par les contenus de l'inconscient." Cette démarche idéale peut sembler utopique mais elle est potentiellement réalisable. Il l'exprime ainsi : "Deviens celui que tu es depuis toujours ! C'est à dire efforce-toi d'atteindre à cette totalité...que chacun porte en lui même depuis toujours."

Jung évoque aussi, avec beaucoup de précautions, probablement pour ne pas être surpris à "philosopher", une Totalité métaphysique inconnaissable dont il semble avoir l'"intuition ", mais au sujet de laquelle il se refuse à affirmer quoi que ce soit, car elle relève pour lui du transcendant invérifiable. Cette Totalité, dont il eut une sorte de "vision" en 1916, et qu'il assimilait alors au Plèrôme de Gnostiques serait celle d'un "Dieu", unissant en lui tous les contraires avant la différenciation.

Pendant la dernière partie de sa vie, Jung privilégia une approche de la totalité dont ceux qui me lisent régulièrement sauront qu'elle me séduit assez. Il s'agit d'une totalité humaine, immergée au sein de la grande Totalité de la Vie. Si on adopte cette vision, la lutte pour la prééminence entre le corps et l'esprit n'a plus de sens car l'un est intimement lié à l'autre. Dans cette Totalité, chacun est à la fois unique par son individuation et en relation avec la Nature. La totalité de la Vie, y compris celle de la vie de l'esprit, serait alors faite d'un seul et même substrat. Ce substrat peut être, ici il s'agit de ma pensée, mais je crois que Jung en était assez proche, tout imprégné de vibrations divines se diffusant à différents niveaux. Et comme le disait Jung, certains l'appellent Dieu, moi aussi.

 

Commentaires

A la lecture de cette note, j'appréhende mieux (enfin je crois) vos commentaires laissés le mois dernier sur "oxymore".
Amicalement.

Écrit par : saint-rich | 02/03/2007

Que ce soit la politique, la science, la médecine ou même la philosophie, tout concept qui se respecte doit considérer "SON SUJET" dans sa globalité et non pas de façon sectorielle.

Écrit par : lancelot | 02/03/2007

Conception panthéiste ma chère Ariaga. Votre proximité avec Spinoza... ;)

Écrit par : profdisaster | 02/03/2007

@saint-rich, vous savez, petit à petit, tout finit par s'éclairer. Si je ne suis pas "sub-mergée, mangée, c'est patiemment, et avec le plus d'humilité possible, que je construis ma petite maison sur le blog. Quand on en est aux fondations, on ne voit pas toujours à quoi va ressembler la maison. Amicalement, en esprit avec vous. Ariaga.

@profdisaster, eh oui, vous le savez, j'aime Spinoza, mais aussi Nietzsche, ce qui pour moi n'est pas contradictoire, loin de là. Cependant, autant que possible j'essaie de les oublier, pour me forger mes propres opinions. Même travail, dans quelque temps avec Jung, mais c'est difficile. vous connaissez l'histoire de l'"imprégnation" des canards de Konrad Lorenz ? nous subissons tous, intellectuellement cet effet et c'est difficile d'acquérir une pensée originale. Bonne journée, cher complice.

@Lancelot, je suis d'accord avec toi, par de ou, ou, mais des et, et.

Écrit par : ariaga | 04/03/2007