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01/02/2008

la caverne de l'illusion

   Imaginez une caverne servant de demeure souterraine à des hommes prisonniers retenus là par je ne sais quelle puissance. Toute la largeur de la caverne est une entrée ouverte à la lumière. Depuis leur enfance, des hommes vivent enchaînés à la paroi par des liens leur immobilisant les jambes et le cou. La seule chose qu'ils peuvent voir est cette paroi et leur seule lumière vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin, derrière eux. Entre eux et le feu, une route élevée avec un petit mur semblable à celui derrière lequel se cachent les montreurs de marionnettes. De ce petit mur dépassent, manipulées par des hommes libres, diverses représentations, faites de matériaux variés d'objets de la vie, comme des animaux ou des plantes ou des êtres humains. Parmi ces manipulateurs, il y en a qui parlent, d'autres qui sont silencieux. Les hommes prisonniers ne voient que les ombres sur la paroi, n'entendent que des bribes de paroles qu'ils rattachent arbitrairement à ces ombres. Pour eux, les objets réels sont les ombres, c'est la seule idée qu'ils peuvent se faire du monde extérieur. 
   Imaginez maintenant que l'on délivre un de ces prisonniers de ses chaînes. Il va se débattre, il faudra le contraindre car il n'a jamais connu d'autre vie. C'est de force qu'on l'arrache à sa caverne, qu'on l'oblige à lever les yeux vers la lumière, qu'on lui fait gravir la pente vers l'extérieur. Ébloui, il ne distingue rien et une douloureuse rééducation l'attend. Il distinguera d'abord les ombres, les reflets sur l'eau, après une longue accoutumance les hommes et les objets ; plus tard, les corps célestes pendant la nuit, et enfin le soleil dans toute sa splendeur. Il évoluera lentement jusqu'au moment où il aura une vision claire du fait que l'idée qu'il se faisait du monde, quand il vivait dans la caverne, était fausse. 
   Certains auront reconnu une partie de l'allégorie de la caverne de Platon, livre VII de La République, revu à la sauce Ariaga. Je ne vous ai pas raconté le moment où l'on oblige ce malheureux à faire douloureusement le chemin en sens inverse pour aller raconter son histoire à ses anciens compagnons d'infortune. Je trouve cela assez sadique. Je préfère vous proposer ce récit comme un symbole de l'illusion dont chacun, sans avoir recours à une difficile argumentation philosophique, pourra tirer ses propres conclusions.
        Ariaga

Commentaires

Ariaga, Platon s'il te voit, si longtemps après ses funérailles...! Il va regretter de n'avoir pas si clairement expliqué "L'ombre et la Lumière"...!
Perso, il y a des moments face aux lumières ténébreuses, glauques, vacillantes, artificielles que notre Société nous impose je retourne dans ma caverne intérieure débattre avec mes deux "MOI", l'un voudrait aller plus profond, plus loin remonter à la source jusqu’au "cocon utérin", l'autre ne veut en aucun cas y retourner, tant il éprouve un malaise de rejet.
La lecture de ton billet, m'a de suite fait t'écrire ce ressenti à chaud...!

Écrit par : grainsdesel | 01/02/2008

"Imaginez maintenant que l'on délivre un de ces prisonniers de ses chaînes"

C'est là où je ne vous suis pas. "on" délivre, cela n'existe pas. Soit le prisonnier se délivre seul, soit Dieu le touche pour lui montrer la voie de la délivrance. Cette espérance d'être sauvé(e) est assez naïve. Quand le chercheur est mûr, il peut trouver son maître.

AZ

Écrit par : Al Zeituni | 01/02/2008

Ignoti nulla cupido !

Écrit par : aliscan | 02/02/2008

Chacun possède son (ses) système (s) de représentation pour se confronter au monde et à lui-même... et tenter d'y voir plus clair...
Comme ton blog est pour moi très lié à la représentation personnelle que j'ai de la blogosphère, je suis heureux qu'il soit et reste autre chose qu'une illusion. Merci de continuer l'écriture d'articles. Bon we. A bientôt.

Écrit par : jlb | 02/02/2008

il est quand même remarquable , n'en prend pas ombrage , car moi même , que l'on ne puisse dans nos représentations de nous même face au monde , penser autrement qu'en terme de chaine , pièce fermée , prison , etc .. finallement un lieu dont il faille se délivrer , transcender etc ... ne peut aussi avoir une vision inverse et accepter la parenté à la nature comme faisant partie de nous , hors d'une rebellion qui , si j'en crois mes yeux ne va pas tarder d'ailleurs à aboutir à un gros bang ,
philosophiquement , cela me gène , même si je comprends plus ou moins les tenants et aboutissants de la philosophie, la mystique etc ,
la peinture et la poésie tentent pour le moins de réconforter la chaine , en allant voir le monde par l'ovale d'air que l'acier renferme ,
amitiés
L

Écrit par : lam | 02/02/2008

Très cher Lam si tu savais comme tu me fais plaisir ! Quand je propose ce genre de texte, ce n'est pas pour que soit dit" c'est bien" mais pour réfléchir ensemble. Platon n'est pas du tout ma tasse de thé et ma pensée est très proche de la tienne. Platon propose (très simplifié) un monde des idées invisible et parfait et un monde de la forme, notre monde , visible et imparfait. Je ressens comme toi, et comme Jung notre parenté avec le monde de la Nature et n'éprouve aucun désir de me délivrer de ce lien. C'est notre mère et s'il y a dans un ailleurs un modèle plus parfait c'est ici et maintenant que je respire l'odeur de la mer. C'est dans ce monde que j'accomplis mon cheminement d'humain, et mon travail d'alchimie spirituelle. Quand je vois un beau paysage, quand je lis un texte qui me donne de l'émotion, quand j'aime, je ne pense pas que notre monde est une prison dont je dois m'évader par le haut. Je partirai, mais cela est une autre histoire que j'espère pleine de suspense...Bises.

Écrit par : ariaga | 02/02/2008

"Je ne vous ai pas raconté le moment où l'on oblige ce malheureux à faire douloureusement le chemin en sens inverse pour aller raconter son histoire à ses anciens compagnons d'infortune."

Là; tu prêches un converti.. ;))

Écrit par : joruri | 02/02/2008

effectivement ! brève je suis, juste encore un bisou !

Écrit par : marie.l | 02/02/2008

Dans son grand travail de séparation Dieu mit d'un côté ceux cheminent et de l'autre ceux qui ne cheminent pas.

Les deux groupes ont le droit à l'existence.
Ceux qui cheminent ne sont pas plus vernis que ceux qui ne cheminent pas.

Le démon créa une troisième catégorie pour foutre le bordel dans le travail de Dieu. Ceux qui voudraient que ceux qui ne cheminent pas cheminent quand même. En plus ils doivent cheminer pas n'importe comment.
Il produisit des militants, des missionnaires et autres prosélytes de malheur avec leurs lois et leurs rituels.

Apprendre à quel groupe on appartient fait de nous un qui chemine, ceux qui ne cheminent pas ne le savent pas et ne le sauront qu'au prix d'être recouvert et assourdis d'une ombre encore plus épaisse.

Ceux de la catégorie démoniaque sont remarquables par ce trait qu'ils semblent tellement douter eux-mêmes d'être parmi ceux qui cheminent qu'il leur faut en avoir un troupeau à leur côté. Seulement voilà, les troupeaux ne cheminent pas, ils paissent.

Écrit par : jean | 03/02/2008

"Je ne vous ai pas raconté le moment où l'on oblige ce malheureux à faire douloureusement le chemin en sens inverse pour aller raconter son histoire à ses anciens compagnons d'infortune."

C'est l'histoire de Zarathoustra, mais lui au fond il était joyeux dans son entreprise. Peut être parce qu'il n'était contraint que par le débordement de sa joie à revenir témoigner sur le lieu du crime: On ne l'obligeait pas.

Écrit par : ----- | 03/02/2008

H.P. Lovecraft s’intéressait à cela quand il écrivait que celui ou celle qui se trouve soudainement confronté à une partie de la réalité auparavant située en dehors du champs de l’imagination (humaine) va plonger dans l’émerveillement ou l’horreur.

Oh! Un petit monstre vient justement d’arriver. Vite ! Cacher l’ordinateur ! Mais je reviens bientôt…

Écrit par : r_i_d | 03/02/2008

"Seulement voilà, les troupeaux ne cheminent pas, ils paissent."...

Hi hi hi.... depuis 35 ans que je marche, que je pose mes pieds, et mon coeur, d'instant en instant très court, ici, puis là, qu'avec attention et Amour, j'observe, j'écoute, j'entends... et com-prends... reprenant la route incessamment.... il est vrai que j'en ai vu "des troupeaux" qui sous un prétexte de "fidélité" posent nez et pattes dans le giron d'un "militant missionné" ... par lui-même... bien décidé à garder son troupeau fermement groupé autour de l'ENVIE de lui ressembler, de recevoir degrés, qualifications et nouvelle identité d'imitation ésotérique à grand renfort de pépettes sonnantes qui grossiront le porte-monnaie d'Icelui l'Initié....
Ce troupeau ressemblant d'ailleurs étrangement à ces êtres encavernés que l'on pousse de force vers la lumière... opération reprise incessamment par tous les types imaginables de militants... et totalement d'actualité...

Vraiment, MERCI JEAN, pour la clarté de ton regard, quand bien même je ne vois en cela nulle dualité ni séparation voulue ou décidée par un "Dieu"...

Et MERCI, Ariaga, pour ce sujet "à réfléchir sur le miroir de nos perceptions diverses"...

Dans la Joie d'Etre, Ici et Maintenant....

Écrit par : Muttifree | 03/02/2008

@ grainsdesel, j'aime bien tes ressentis à chaud, à froid aussi d'ailleurs ! Pour tes funérailles pourquoi pas une belle sculpture de glace ?
@ Al Zeituni, j'aime assez les " on " ils permettent de ne pas s'installer dans une origine, ils laissent la liberté aux paradoxes.

@ Aliscan, latiniste, en plus de tous tes talents ? Ta formule est bonne...

@ Jib, en effet, je me rends compte que ce blog n'est pas une illusion quand je me plonge comme aujourd'hui dans ses profondeurs pour relire ce que j'ai bien pu écrire il y a un an et ainsi ne pas trop radoter...

Écrit par : ariaga | 03/02/2008

Muttifree, je suis sensible à ton commentaire de mon commentaire. Quant à Dieu nous pouvons à tous les instants découvrir ce qu'il est!
A condition de se l'autoriser.

Écrit par : jean | 03/02/2008

@ Joruri, je sais et je comprends.

@ Marie.l, même brèves tes visites me font toujours un grand plaisir car je sais ce qu'elles représentent pour toi comme effort.

@ Je joins ma voix à celle de Muttifree.

@ ..., très intéressante et juste cette comparaison avec Zarathoustra. il y a cependant des moments où il n'est pas très joyeux et où il a bien besoion des encouragements de ses compagnons.

Écrit par : ariaga | 03/02/2008

bonjour à vous tous et à toi très chère Ariaga
tu sais que je ne peux pas me passer de cette visite quotidienne, et te "ressentir" en meilleure forme me fait chaud au coeur.
J'adhère en partie ,car c'est bien et clairement exprimé,l'hypothèse du cheminement de Jean, et le risque de vouloir à tout prix vouloir que certains "cheminent" aussi,
par contre je ne suis pas sure et je dirai même que je ne crois pas un instant que Dieu aie décidé une "séparation", ce serait lui mettre "sur le dos" aussi le bien et le mal. Je pense que chaque âme a son libre arbitre et le problème de l'incarnation et l'exercice de notre libre arbitre nous amène à des choix quelquefois plus ou moins "vaseux" il faut bien le dire.
Des philosophes dont Louis Claude de St Martin, dans sa théorie de la réintégration(le retour à l'unité) nous affirme que celle ci sera universelle et collective alors la grande question comment faire puisque nous ne pouvons "changer ou forcer ceux qui ne cheminent pas à cheminer"
marie

Écrit par : mariedumonde | 04/02/2008

J'entend bien la remarque faite par deux fois du rôle de Dieu dans cette affaire.
Cependant j'attire votre attention sur le fait que l'individuation est un processus dont personne n'a laissé supposer qu'il avait une fin et surtout pas Jung.
Attention donc aux histoires d'unification ultime.
Le processus d'individuation contient en soi une succession de séparations, d'ailleurs les termes sont souvent liés entre eux: séparation-individuation.
Que Dieu en ait décidé ainsi est une liberté prise par moi dans un élan de mon imagination.
Se séparer pour s'individuer. Pour transformer le vil métal en or noble il faut en séparer tout ce qui n'est pas or.
Voilà comment je vois les choses.

Écrit par : jean | 04/02/2008

Et que dire de la catégorie de "ceux qui ne cheminent pas et voudraient empêcher ceux qui cheminent de le faire " :-)

De ces proches qui vous disent : C'est sans intérêt ou ça ne s'est jamais fait comme ça chez nous ou ce n'est pas pour nous.

Serais-je la seule à en avoir de ce modèle là dans mes proches. Faut-il les rejeter alors comme faisant partie du "troupeau".

Et là je me rappelle Etty, qui a refusé de sauver sa peau par des passes-droits, non pas par désir du martyr, mais qu'elle savait que si elle sortait du "troupeau", les maître d'alors en désigneraient un ou une autre pour prendre sa place.

Pour moi ça c'est "la" leçon de libre arbitre. C'est un beau refus de la division, donc mon Dieu à moi, n'est pas celui de la division et c'est très bien ainsi.

En tout cas je suis heureuse de te retrouver à nouveau ici :-)

Écrit par : L'Arpenteuse | 04/02/2008

@ r-i-d, tu me fais penser aux délicieux frissons d'un autre monde ressentis, adolescente, en lisant Lovecraft. C'est curieux, cela ne me fait plus le même effet. Ce doit-être ce que l'on appelle vieillir...J'espère le le petit monstre n'a pas mangé ton ordinateur.

@ Jean, quand je disais que je joignais ma voix à celle de muttifree il s'agissait de toi. Que l'on soit d'accord ou pas ta réflexion est tojours intéressante et surtout je la "ressens" comme sincère.

@ Muttifree, la beauté des images de ton blog est un reflet de ton cheminement.

@ Mariedumonde, Dieu, avec tout ce qu'on lui impute doit avoir bien du travail. La théorie de L.C. de St Martin m'a toujours laissée rêveuse...

@ l'Arpenteuse, j'aime ton expression, "mon dieu à moi". Je sais que je vais en faire hurler mais ce qui compte le plus à mes yeux c'est le Dieu que nous ressentons, le "dieu de notre coeur", le Dieu intérieur. L'autre, le grand ,sauf exceptions, échappe à nos possibilités de connaissance.

Écrit par : ariaga | 04/02/2008

Deux ans de latin... 25 ans de pages roses !

Écrit par : aliscan | 04/02/2008

Il a surtout besoin de petites âmes légères , Zarathoustra. Sa joie est si profonde !

Écrit par : ... | 05/02/2008

La caverne de Platon est une puissante métaphore de notre condition terrestre, du moins pour certains d'entre ceux qui "cheminent".
Malgré toutes les oppositions philosophiques qui ont prétendu l'abolir, je reste sensible à cette grille de lecture de la réalité.
Merci à Jean pour son premier commentaire. Bien vu !

Écrit par : Arianil | 07/02/2008