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23/08/2015

Déserts (Bis 17)

 

   Comme je l'ai dit, je me repose en silence sur le banc des vacances imaginaires et je regarde passer les trains de bancs. Celui-ci conduit et illustré par Éphême, (je pense qu'il devrait ouvrir un blog...) nous fait rêver de déserts. Déserts oniriques déserts ou les caravanes s'arrêtent dans les oasis tandis que flambe la lumière solaire. Si vous voulez voir un peu mieux les deux aquarelles de Éphême allez sur mon blog photo car ici elles ont toutes les chances d'être tronquées. Bon voyage, moi je regarde les images et les mots et je rêve...Ariaga.

 

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   Son banc a beaucoup migré, porté par les rêves de son adolescence pétrie de Frison-Roche, de J.London ou de J.Verne.
 Il eut un véritable  flash intérieur : avant son quart de siècle, il serait au Sahara. Son banc géographique aidant, il gravissait avant le terme l’incroyable itinéraire initiatique s’élevant vers les Tassili des Najjer.
La première nuit, dans une lumière de lune magique, où chaque grain de sable était une étoile du sol sous l’écharpe grésillante de la Voie Lactée, la magicienne du zénith, il sut qu’il avait trouvé son banc intime.
  Au milieu des pinacles torturés de ces grès invraisemblables, où se découvraient les traces de glaciations vieilles de centaines de millions d’années, quand le Sahara se baladait au pôle sud, là, il a arraché ses oripeaux et est tombé en amour. Sous les peintures, les gravures que des chamanes nus, embaumés d’herbes et de danses, ont offert aux esprits dans les doux taffoni des grès, patiemment sculptés par la frêle rosée, il s’est senti rassasié. Il a goûté les nuits sahariennes, quand les djinns sautillent dans les couloirs et les arches délicats aux peaux de crocodile carbonisées par la patine désertique, ce diable qui change en encre la roche de lait. Tout est là images magiques, reflets jaillissants des songes et des roches.  Les lieux sont durs : qui veut connaître jusqu’à la moelle quiconque n’a qu’à l’emmener au désert. Au bout de peu de temps, il est nu comme au sortir du ventre de sa mère, nu jusqu’à l’os gratté, tous ses remparts effondrés, et parfois le couple si robuste en apparence est volatilisé par l’agoraphobie du vide-plein du désert. Il y a trouvé, un autre périple, après l’épreuve, le sel de sa vie.
    Pour son banc, déjà spéléo, ce fut du domaine de la révélation. Il ne parlait plus (on le lui a souvent reproché depuis dans ses autres voyages au désert) il «buvait le vide » qui le nourrissait, comme la force du vide des astrophysiciens. Les paroles sont muettes devant le Ténéré, ou à l’Assekrem dans le jade de l’aube, par – 10˚ .
    Il y a fait d’autres voyages, toujours scientifiques ou humanitaires, parmi ces gens improbables, surgissant au milieu de rien, donnant tout quand ils n’ont rien : le thé est toute la magie de l’homme, par 3 ou par 9, hors du temps, plein de l’homme qui n’a que son sourire et brise son pain de sucre avec le cul de son verre, d’un petit coup sec, comme on taille un silex.  Le  banc est devenu très, très humble. Il cachait sa belle peinture neuve dans ces lieux où le Land-Rover qui le transbahutait représentait des années de revenus d’une mine de sel médiévale…
    Fachi, mine aux salines de sang, où les caravanes chargeaient des pains de sel moulés, était le bout du bout du monde, et l’abolition du temps. Le banc ne savait où se caser, au milieu des nuages de poussière peuplés de cris, de palabres et de disputes... Plus loin, à Bilma, ce fut la vision des gamines agonisant de la coqueluche, crachant le sang sous les moqueries de leurs copines, et du père de l’une d’entre elles disant « Mektub » (c’est écrit) quand le médecin anglais de notre groupe lui a dit que sa fille allait mourir. JAMAIS il n’a oublié cette minute au bout du monde, et elle l’obsède toujours dans le regard lumineux des  beaux enfants gâtés de chez nous. Les fillettes s’entretuaient pour une épingle à nourrice, et les outils préhistoriques jonchaient le sol au pied des falaises. Les femmes, sans voile, superbes de grâce et de dignité, faisaient tout, et les hommes jouaient aux dames avec de rondes crottes de chameau, avant la sieste…

 

   Saint-Exupéry est mal vu par des citadins rassis, mais nul n’a saisi le désert comme lui, des flammes de sable des gazelles  à la rencontre évidente d’un petit prince surgi de l’erg. Le désert n’est que flou, silence bruyant de soi-même devant la création brute. Et derrière la dune, il peut y avoir un père de Foucault disant sa messe, entre les bras d’or de la barkhane endormie, à côté de son chauffeur imam récitant ses prières du jour accumulées, tourné vers le levant de La Mecque, avant de blaguer autour du feu de branches sèches des « r’tem », ces genets bancs qui illuminent les rivages du désert.

 

   Le désert est pour les habitants du banc la phase ultime de la quête, où tout se consume dans le vide brûlant des tremblements acides du sol brûlé, quand se terrent sous les roches du reg les serpents et les scorpions hilares du Diable malicieux. Mais l’harmattan est doux à l’aube, le ciel indigo s’empourprant à l’Est - arrivée magique de Râ sur notre planète avant la calcination - brise fraîche et tendre comme un baiser d’enfant.
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Commentaires

Sans voix je suis, c'est magie c'est mots c'est enivrant
bravo Ephême, merci Ariaga, A Tarbes vous nous gâtez

je ne désespère pas de faire un jour partager des carnets de croquis, Oh pas ceux du lieutenant Saganne, mais ceux d'un autre lieutenant pas de la légion celui là, pas un pied noir mais un autre qui m'est proche et qui est grand, pas seulement parce qu'il se prénommait Maxime.

Poche à bien des égards et qui sans écart a parcouru avec Lyautey dans les années 1919 à 1922 le grand sud marocain, en laissant des traces manuscrites et peintes confondantes.

Les fantômes de charmes de Foucauld et d'Isabelle Eberhardt nous accompagnes avec celui d'Abd el Krim ...

Écrit par : Thierry | 23/08/2015

ARIAGA À TOUS, le déménagement est terminé mais maintenant c'est l'emménagement avec le déballages d'une quantité de cartons de livres et le fait que ma plus grande bibliothèque n'a pas pu rentrer dans l'appartement !!!! (snif,snif!). Alors tout cela s’entasse par terre le long des murs en attendant ...
J'espère que les anciens textes que j'ai programmé à l'avance pour publication distrairons ceux qui n'ont pas pu partir en vacances. Je vous embrasse tous et en particulier l'ami THIERRY qu anime si gentiment le Laboratoire.

Écrit par : Ariaga | 24/08/2015

Quel texte magnifique ! Bravo Ariaga... Je pense à toi et à tes cartons, oui, il est vraiment dommage que ta bibliothèque n'ait pu entrer. N'est-il pas possible de lui apporter quelques modifications pour y parvenir tout de même ?

Écrit par : Aloysia | 24/08/2015

J'aime beaucoup cette vision du désert. Par contre, tes livres eux cherchent leur place.. tu vas bien leur en trouver une !

Écrit par : Sedna | 25/08/2015

Alors comme ça Ariaga il va te falloir faire faire une bibliothèque sur mesure, mais ce ne sont pas les menuisiers qui manquent dans la région, oh bien sûr ce ne sont pas les ébénistes de Revel avec leurs marqueteries, j'y était la semaine dernière pour montrer à des amis de passage les beautés qu'ils savent réaliser.

Espérons que ces témoins de ton existence qui ont rythmé en longues stances tous ces moments qui te sont chers trouveront un nouvel écrin ou s'épanouir sinon il y aurait de quoi s'évanouir.

Bon rangement aussi pour retrouver ordre et disponibilité, mais nous saurons attendre et ces tableaux successifs nous ont apporté de telles surprises et en même temps beaucoup de joie.

Écrit par : Thierry | 25/08/2015