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02/10/2015

La lune rouge et le chamane

écriture,poésie,rêve,lune,peinture,humour,chamane,fantastique

Peinture et texte ÉPHÊME

L'éclipse de  lune semble avoir eu sur Éphême de curieux effets. Je me demande même si il n'avait pas, en cette occasion, absorbé quelque substance propice aux "rêves et imaginations", comme l'aurait dit le cher C.G.Jung. Il est évident qu'il ne me viendrait jamais à l'idée de consommer du Chamane, même cuit à point !!! Ariaga.

***

Le glacis sous le porche luit, tel un lac de conte, sous sa carapace de gelée glacée. Je somnole en couvant le feu, devant l’éblouissante main du ciel. La pleine lune, notre déesse mère, née des amours contrariés de la nuit et du soleil, poudroye le ciel phosphorescent de ses bijoux, ses mains de mains de mains des étreintes fulgurantes des étoiles.

 Peut-être un petit somme… les braises nées du sang du ciel se moirent par vague sous le vent. La lumière me semble un peu  fade. Là, je fais un bond ! La Mère Lune a perdu un bon morceau de sa viande ! Je vais vite secouer les membres du clan enfouis sous leurs couvertures de loutres dans la maison. Dès qu’ils voient la Mère, ils frissonnent de peur. Le vieux chamane avait bien dit qu’un jour Elle se vengerait de nos errances, mais c’était il y a si longtemps, du temps des mères de nos mères de nos mères, et personne n’avait cru ce vieillard édenté qui abusait des champignons et macérations diverses.

Tous le regardent. Io, le vieux Burineur squelettique de la famille, le Maître du Tambour sacré, du silex et de l’ivoire, si vénéré pour sa fresque des Lions près de l’Arche Sacrée venait d’achever après un long silence  une Déesse Mère filiforme, au lieu des rondeurs modelées par les anciens. Personne n’avait protesté, seuls quelques murmures s’étaient élevés contre cette offense  à la Déesse.

La lune s’affaiblit, et devient un astre étrange rayonnant du rouge dans un ciel figé où l’air a disparu. Blême sous sa capuche de loup, Io se glisse doucement vers la petite antre des ancêtres, prend la statue-âme du mammouth, l’amant secret de sa compagne, avec qui il fait d’inénarrables parties de ballon trompe-zénith, trompe-pattes, pour rester décent. Il s’accroupit, ravive les braises, et dépose la statue dans le foyer. Puis il se relève, salue le clan, transforme le foyer en un enfer torride à grands jets de fagots, se relève, tranche sa gorge d’un coup d’une longue lame de silex blond et s’effondre dans un feu d’artifice d’escarbilles et d’étincelles. La lune rouge esquisse un sourire.

Il fallut le retourner plusieurs fois pour le saisir, puis le mijoter sur des galets brulants recouverts de genévriers qui le parfumèrent à merveille.
Pas si mauvais ce chamane avec un peu de sel.


Vengée, la lune rayonne à nouveau, ayant vidé son sang dans le charbon des âmes. Presque tous les anciens passeurs des Dieux, imprévoyants de la colère du ciel, ont été immolés dans les cavernes de la vallée. Le progrès est en marche, et je suce mes doigts pour ne rien perdre du bon goût de Io.

ÉPHÊME

Commentaires

un régal, merci Ephème pour ce banquet arrosé de lune rouge.

Écrit par : la Mère Castor | 02/10/2015

Elle était vraiment belle cette lune que j'ai vue 2 soirs.

Écrit par : elisabeth | 02/10/2015

Oui, un régal, et pour la peinture, et pour le texte.
Merci à vous ! Amitiés.

Écrit par : Françoise | 02/10/2015

Il est génial ce texte, merci Ephême - et merci à toi Ariaga de nous l'avoir transmis ! La belle lune brune de l'autre nuit nous hantera longtemps, dans sa splendeur endormie, environnée de milliards d'étoiles !

Écrit par : Aloysia | 02/10/2015

J'admire le don d'Ephême tant pour la peinture que pour ses écrits. Bravo

Écrit par : Francine | 02/10/2015

extra...lucide, éclairant mais mieux qu'une torche dans un antre biblique! Somptueux duo , merci Ephême.

Tu vois Ariaga je pensais et penchais pour Michaud consommant de la psilocybine pour en voir les effets sur sa veine créatrice, Aven aussi sans doute.

Mais cette lune consacrée et dont la rougeur dura quelques instants a vite retrouvé non ses esprits mais sa pâleur blafarde qui la farde sans qu'elle tarde à se dévoiler.

un petit texte sur Lux eterna , pas de quoi éternuer même si les nuées d'éther de manquent pas!

Pleine lune

Si ronde et pleine, que sa face replète
Chaque mois comme une horloge répète
La même entièreté sans gommer l’intimité
Si sourire il y a qui s’épanouit aux lèvres du monde
C’est qu’à voir ni plus en tiers qu’en quartier
Ce qui n’est qu’un gros sou bien solide
Poursuivre dans la nuit jamais comme un bolide
Une promenade sans autre candélabre
Projette bien des ombres au creux des arbres
Embrasses moi en si forte étreinte
Je ne suis pas de ceux qu’on éreinte
Si facilement du moins, affaire de clarté
Puisqu’à briller si fort sans polish comme Esclarmonde
Je ne tire point vanité au grenier des sottises
Qui voudrait monter si haut accrocher des bêtises
Ne me trouvant pour cela pas assez cambrée
Pourrait bien chercher dans ma chemise le cambrien
Mais jamais je ne fus affaire de simple vaurien
Je défie et définis mais ne suis pas finie
J’ai sans cesse trompé l’ennemi
Donnant à penser et danser par mon apparence
Puisque vu d’ici il n’y a pas flagrance
Pourtant on me prédit un nouvel avenir
Pas eldorado des cimes je serais une mine
Pour peu qu’on se donna le moyen de m’exploiter
J’ai mes creux et mes bosses,
Pas de crues ni de brosses
Je me laisse apprécier
Au plus près dévisager
Mais ma surface hostile
En fera fuir plus d’un
Comme mon atmosphère qui se fit la malle
Laissant surgir basalte en dalles
Aux temps les plus anciens
De là à faire hurler loups comme chiens
Alors ma drôle de gueule toute couturée
Laisse des traces comme stigmates ajourées
Parfois des peuples je fus un cas et encore adorée
Mais de cette gloire festonnée dont je suis adornée
Je ne retiendrai ni la nuit ni les bruits
Mon espace est silence glacé
Dussais -je laisser les visiteurs agacés.

Écrit par : Thierry | 02/10/2015

MERCI Mère Castor. Ce fut un moment merveilleux, partagé avec ma femme, dans un ciel immobile de cristal et de plus "magnifié" par de très bonnes jumelles (et oui, je l'avoue, comme tout géographe, on aime bien bien voir loin en particulier ma moitié préférée, pourtant prof de Let Class).
Par contre l'élaboration du dessin m'a un peu échappée -nuit courte ?- Mais le texte est venu d'un jet, nourri de toutes les exclusions qui ravagent le monde ignorant.

Écrit par : ÉPHÊME | 03/10/2015

Je prends les commentaires au fur et à mesure. Le précédent te diras le ressenti de cet instant. Merci pour le commentaire, Elisabeth. Amitiés

Écrit par : ÉPHÊME | 03/10/2015

Merci Françoise....Je suis content d'avoir tenté d'envoyer à tous des étincelles de cet instant magique, d'autant plus que très fatigué, je n'avais pas mis de réveil, et qu'un "besoin naturel" m'a réveillé au bon moment. Vive la vessie ! J'ai failli être préhistorien, et, instantanément, physiquement, j'ai ressenti la terreur que devait ressentir nos ancêtres quand advenait cette tristesse de l'univers.

Écrit par : ÉPHÊME | 03/10/2015

Alyosa, ces instants montrent qu'il y a en nous des cavernes cachées. J'ai été "dérangé" profondément par cette lune, alors que je suis théoriquement un "matérialiste". Je pense que certains gènes jamais stimulés en moi, qui ne suis plus "chasseur-cueilleur" depuis un certain nombre de rencontres fécondes, ont vibré tout à coup. Nous oublions trop que nous avons une bonne part de gènes en comment avec les levures.....
Merci pour le commentaire.

Écrit par : ÉPHÊME | 03/10/2015

Merci de nous faire découvrir ce texte déroutant et dépaysant....

Écrit par : Ulysse | 03/10/2015

Merci Francine pour ton commentaire. J'aime beaucoup tes peintures que je suis allé voir sur ton blog.
Amitiés.

Écrit par : ÉPHÊME | 03/10/2015

Thierry, je serai plus bref que toi... Merci pour le commentaire, le poème et ta petite dédicace qui m'a beaucoup touché.
Amitiés.
ÉPHÊME

Écrit par : ÉPHÊME | 03/10/2015

eh eh voilà qui fait danser mon balai de désirs lubriques. Ce fut une belle fête à la Lune de sang !

Écrit par : Une autre sorcière | 03/10/2015

Merci pour ton commentaire Ulysse, et pour ton blog où j'ai fait une merveilleuse balade dans ton beau pays de gneiss, où j'avoue n'être jamais allé, bien qu'il mérite visiblement le voyage.
Amitiés.

Écrit par : ÉPHÊME | 03/10/2015

Autre sorcier(e?) je suis content d'avoir de tes nouvelles, qui que tu sois. Tu as sans doute passé un bon moment à vénérer la lune rouge, oppressante et magique.
Amitiés

Écrit par : ÉPHÊME | 03/10/2015

La lune rouge, lanterne de ma nuit....aux carrefours de mes songes. Etrange conte, et dessin inquiétant !
Amicales et magiques pensées.

Écrit par : Hécate | 03/10/2015

@ Une autre sorcière, Éphême t'a répondu mais je dois dire que ce balais lubrique me fait fantasmer ....

Écrit par : Ariaga | 03/10/2015

@ ARIAGA À TOUS, je vois que cette lune à réveillé Éphême qui se met à communiquer et à naviguer sur les blogs. Je m'en réjouis car il a beaucoup à dire mais c'est un gros paresseux !!!!

Écrit par : Ariaga | 03/10/2015

Avec le balai lubrique reste à savoir si on brique mieux les moindres recoins de notre âme.

La luna rossa , quand rousse elle se met à ressembler à Mars nous fout la peur aux trousses et signe bien des événements, mais on sait que son rayonnement entraine des raisonnements qui fleurent bon avec l'assaisonnement, pourtant son albédo faible fait le gros dos et l'intensité qui nous parvient reste fort limités.

Écrit par : Thierry | 03/10/2015

Sacrifier Yo pour apaiser Yin, immoler le matérialiste rationaliste : le "je" (yo, comme on dit au Pérou, et ailleurs) d’esprit solaire pour soigner le féminin blessé de notre temps...c’est oune très bonne bonne idée qui t’es vénoue cé soir-là, Éphémito !

Et tou l’as si bien illoustrée que yo m’en régale les scyeux.
Tous ces pauvres bougres contemplant depuis (et dessous) la prison mentale de leur stalag-mythe trop solaire le désastre du Yin maltraité qui n’a déjà que trop perdu de sa substance, de sa chair vivante, et qui doit reprendre corps, en lui sacrifiant puisqu’il le faut les "esprits forts" de notre temps qui s’en font une représentation trop malingre, insignifiante.

Oui Elle se vengera de nos errances, nous paierons cher le trop grand déséquilibre Yin-Yang et il est plus que temps de nous en rendre compte et d’y remédier, comme on peut s’en convaincre en lisant ceci :
https://carnetsdereves.wordpress.com/2015/02/01/anne-baring-leveil-au-feminin-webinar/2/
https://carnetsdereves.wordpress.com/2015/02/01/anne-baring-leveil-au-feminin-webinar/2/

Écrit par : Amezeg | 03/10/2015

Ah... ! j’étais sans doute un peu dans la lune et j’ai noté deux fois le même lien dans mon précédent commentaire.

Je note donc ici le lien de la première page de lecture pour les épris de la Grande Mère Lunaire (les esprits lunatiques peuvent également la lire, en choisissant bien leur moment pour le faire)

https://carnetsdereves.wordpress.com/2015/02/01/anne-baring-leveil-au-feminin-webinar/
16/07/2015

Écrit par : Amezeg | 04/10/2015

J’ai aussi pris un stalactite pour un stalag-mythe...je dois avoir la tête un peu à l’envers ces temps-ci... :-)

Écrit par : Amezeg | 04/10/2015

Amezeg il y a des concrétions qui donnent dans la discrétion, des qui descendent du plafond mais faire passer les stalags pour des mythes aurait gout de révisionnisme, là où les stalagmites et stalactites sont souvent des isthmes mais qui peuvent parfois finir par se rejoindre en liens columnaires.

Écrit par : Thierry | 04/10/2015

Bonjour Ephême et Ariaga,
la beauté de cette lune rouge a fait se lever bien des têtes vers le ciel paré de milliers d'étoiles et fait écrire de bien beaux textes comme celui-ci . Merci et amitiés ainsi qu'un bon dimanche à vous deux

Écrit par : danae | 04/10/2015

Amezeg, merci pour ton savoureux commentaire, et pour le lien que tu donnes avec, très intéressant. Le sujet est vaste...
Amitiés

Écrit par : ÉPHÊME | 04/10/2015

Grand merci Hécate.... Si tu as trouvé le dessin inquiétant, et le conte étrange (bien que vraisemblable vu ce que l'on devine sur ce type de réaction dans des périodes plus tardives de la pré et proto-histoire), c'est que j'ai réussi à rendre mes impressions.
Amitiés.

Écrit par : ÉPHÊME | 04/10/2015

Merci beaucoup Danæ. Ce sont des moments magiques... Je suis en train de lire avec délice ton livre sur le Sahara, que je connais aussi. Je t'en parlerai une autre fois plus longtemps.
Amitiés.

Écrit par : ÉPHÊME | 04/10/2015

Heureuse que cette lune rouge vous ait si joliment inspiré Ephême. J'ai adoré ce conte .. aux confins du fantastique.

Écrit par : Sedna | 04/10/2015

Merci Sedna...Comme je le disais dans le commentaire précédent adressé à Hécate, cette histoire est entre le réel et le fantastique : de nombreux sacrifice humains, volontaires ou imposés, ont été pratiqués dans les civilisations anciennes lors d'événements imprévisibles, catastrophiques ou simplement prémonitoires et perçus comme funestes. D'ailleurs l'idée du conte m'est venue en regardant l'éclipse, qui m'a réellement troublé, comme le réveil de peurs ancestrales enfouies au plus profond de mes gènes. Et mon dessin, qui n'est pas dans mon style habituel, a tenté a tenté de rendre cette angoisse.
Amitiés.

Écrit par : ÉPHÊME | 04/10/2015

Merci Ephême de ton appréciation sur mon livre sur le sahara. Je suis contente que tu aimes mais je n'ai pas ton envolée lyrique que j'admire ! Rien n'est plus beau que le désert ! Amitiés et bises à Ariaga

Écrit par : danae | 07/10/2015

Je regrette de ne pas l'avoir vue, comme à chaque pleine lune, je dors d'un sommeil profond.Certes, cette fois ci, elle était joliment auréolée d'une jolie étole dorée, d'ordinaire son aura frise le bleu et le vert...
La ville rose où j'habite était très calme et les rossignols et merles ont passé leur tour de chant cette nuit là.

Écrit par : Pimprenelle | 07/10/2015

bonsoir amie,
merci pour ton petit mot d'automne à travers ce chemin de feuilles.
Je ne sais plus si je te l'ai dit, mais j'ai perdu ma maman le mois dernier. Encore un moment difficile.
Toujours aussi passionnant tes articles
Bises amicales
Daniel

Écrit par : dany2121 | 07/10/2015

@ Dany 2121, tu viens vraiment de vivre trois années très dures et je suis de tout cœur avec toi. Je t'embrasse.

Écrit par : Ariaga | 09/10/2015

Je découvre ce matin ce billet.
Fascinant texte et peinture... quand la nature entre en conversation avec l'esprit en l'homme.
Merci Ariaga et Éphême

Écrit par : Miche | 10/10/2015

Je me demande bien qu'elles substances ont été engloutis cette nuit là!

Mais je vois que tout ce feu et ce sang ont donné naissance à une seconde Pimprenelle... Très étrange sensation pendant quelques secondes de se dire "mais ai je déjà écrit un commentaire sous ce billet?"

Bises à tous

Écrit par : Pimprenelle la plus loin géographiquement (tout du moins je suppose) | 13/10/2015

Et j'en perds mon latin! "Je me demande bien quelles substances ont été englouties cette nuit là"...

Écrit par : Pimprenelle la plus loin géographiquement (tout du moins je suppose) | 13/10/2015

@ Amezeg, comme toujours tu nous fait un apport précieux.

Écrit par : Ariaga | 14/10/2015

@ Thierry, si un jour tu rencontres Éphême, ce qui pourrait bien arriver, je me demande ce qui va bien pouvoir bouillir dans le chaudron !

Écrit par : Ariaga | 14/10/2015

@ Ariaga boutefeu ou bout en train , je risque bien d'être subjugué tout en cherchant à subsumer sa catégorie.
Pour le chaudron, j'ai mon idée, ce seront forcément ... des histoires de sorcières!

Mais comme tu dis, il se pourrait, et dans pas si longtemps d'ailleurs...

Écrit par : Thierry | 14/10/2015

Pimprenelle 1, merci pour ton commentaire si poétique et plaisant...
Amicalement.

Écrit par : ÉPHÊME | 15/10/2015

Dany, je suis moi aussi de tout cœur avec toi. Ce sont des moments très durs, où s'enfle comme à l'infini le vide en soi.
Amitiés.

Écrit par : ÉPHÊME | 15/10/2015

Le suis ravi, Miche, que tu aies apprécié ma vision de l'éclipse.
Amicalement.

Écrit par : ÉPHÊME | 15/10/2015

Pimprenelle lointaine, point besoin de "substance" pour être ému dans ces circonstances. Par contre ton orthographe en avait abusé visiblement.... et je préfère ne pas imaginer ce que cela aurait donné en latin !
Je t'embrasse.

Écrit par : ÉPHÊME | 15/10/2015