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29/05/2007

C. G. Jung : matière et esprit

   Je me demandais hier si C.G.Jung allait oser franchir le pas de la non séparation entre matière et esprit (psyché). La réponse est venue à la fin de sa vie. En effet, plus Jung a progressé en âge et en réflexion, plus s'est renforcée son hypothèse d'un " unus mundus ", d'un " monde un " où disparaîtrait cette séparation et où régnerait un " ordre fondamental ". Cette théorie s'apparente à l'hypothèse quantique qu'" en arrière " il y aurait un autre niveau, non matériel, de symétrie et d'ordre. Plusieurs textes appuient cette vision junguienne de la totalité. Dans celui-ci que j'extrais de son livre Les racines de la conscience (p.540) on est encore au niveau du "vraissemblable" :

"comme psyché et matière sont contenues dans un seul et même monde, qu'elles sont en outre en continuel contact l'une avec l'autre et qu'en fin de compte elles reposent toutes deux sur des facteurs transcendantaux non représentables il n'est pas seulement possible, mais dans une certaine mesure, vraissemblable, que matière et psyché soient deux aspects d'une même chose".

   C'est plus tard, dans une lettre du tome IV de la correspondance dâtée de 1957, Jung approchait alors des quatre vingts ans, que cette hypothèse prend les apparences d'une certitude :

"Nous avons plutôt toutes les raisons de supposer qu'il doit n'y avoir qu'un seul univers, dans lequel psyché et matière sont une seule et même chose dans lequel nous pratiquons une discrimination aux fins de la connaissance".

Ce monde "un" serait celui des profondeurs ultimes de l'inconscient collectif et appartiendrait au domaine hypothétique de l' " absolument autre ", inconnaissable et irreprésentable, étranger, car la psyché (esprit) et ses contenus constituent pour nous la seule réalité accessible. Cependant, quand on remonte vers la surface, en dessous de la mince pellicule de la conscience, se trouve un lieu où ne règnent ni nos lois ni nos codes mais où certains émissaires des profondeurs peuvent venir en ambassade. Les habitants de ce lieu sont les archétypes. Un réseau de relations, se développant à partir de ces archétypes, va permettre à l'irreprésentable de se présenter au moi conscient, revêtu d'habits convenables et parlant un langage acceptable. On passe ainsi du domaine fantastique le plus obscur aux " rêves, visions et imaginations ".

     Ariaga 

Commentaires

Les archétypes seraient-ils non seulement les ambassadeurs de l'Inconscient (collectif), mais le point d'inflexion entre forme et matière, essence et substance ? le symbole à l'interface du réel (énergie) et de l'imaginaire (information) ? Et si l'humain est un symbole vivant, sa vocation n'est-elle pas de trouver l'archétype qu'il incarne, afin de relier la puissance de la terre à la connaissance du ciel ?
Que pensée et matière soient de même nature, cela ne me surprend pas, puisque la pensée est un objet de la conscience, objet subtil mais certainement pesant, même s'il n'existe pas encore de balance adaptée à sa pesée. Si dans l'Egypte antique, la pesée du coeur du défunt avec la plume de Maât révélait une âme pesante, celle-ci était renvoyée à quelque purgatoire ou enfer chargé de la purifier. Pouvons-nous atteindre cet état impondérable, "quantique", où la dualité psyché-matière est abolie ?...

Écrit par : Arianil | 29/05/2007

Superbe. Voilà, vous vous envolutez…Ce "lieu où ne règnent ni nos lois ni nos codes" est la preuve qu’il y a une topologie alchimique. Vous avez raison de rappeler que les ponts vers l’irreprésentable sont précieux. Si vous le permettez, pourrai-je rajouter un quatrième terme après « rêves, visions, imaginations… et pratiques créatrices ?
Bisespirales

Écrit par : djaipi | 30/05/2007

Finalement, quand on creuse la réalité, par quelque bout qu'on la prenne, on en arrive toujours aux mêmes conclusions...
"La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles:
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. "
...

Écrit par : Ray | 30/05/2007

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Correspondances Charles Beaudelaire
Les fleurs du mal 1857

Les choses à moitié
se pleurent en entier
Ou un seul ver absent
et le tout s'en ressent

Écrit par : phyta | 30/05/2007

Bonjour Ariaga et vous tous,

J'aime beaucoup ton regard sur le sujet. Pour ma part je crois en un "UN". Ne dit on pas : Tout ce qui est en haut est en bas et tout ce qui est en bas est en haut.

Sentir cette mesure est être entre les deux est chose merveilleuse. Le temps n'est plus, ni la matière.

Mais c'est un très dur travail pour ressentir une partie infime de cet symbiose. Il faut apprendre tout d'abord à dépouiller le vieil homme qui est en nous.

Gros bisous et bonne journée à tous,

Marie Christine

Écrit par : Marie Christine | 30/05/2007

Belle démonstration de l'unité qui n'est séparée que par nos sens cognitifs

Ce qui me surprend c'est qu'il "situe" ce monde un et voilà l'U Topie (pour faire un pont avec le billet de Djaipi sur son blog) qui est située et donc n'est plus U
Il parle d'une sorte de frontière floue, où les amabassadeurs (archétypes) peuvent venir nous communiquer, mais créer une sorte de frontière, de lieu de passage n'est ce pas aussi être dans la dualité ?

J'aurais pensé (orgueilleusement) que Jung aurait plutôt parlé de capacité à voir les archétypes, comme englobant le tout, notre vision faussée, ce que nous appelons le psyché, le matériel, comme une déchirure dans le voile , comme un bond en arrière nous fait voir la globalité, le macrocosme et non le microcosme

Bon pas sûr d'être clair car pas encore dans cette globalité ;-)

Les Archétypes sont qq chose qui m'intéresse en lien avec les "déités" des pratiques du bouddhisme tantrique, certainement que le lien a déjà été fait

chaleureusement

Écrit par : Lung Ta | 31/05/2007

@ Arianil, tout à fait intéressant ton commentaire. Quand les commentaires atteignent ce niveau de réflexion je ne pense pas que je doive moi même "renchérir" dessus. C'est ta pensée et tu la propose aux lecteurs de commentaires. J'ai remarqué en scrutant mon compteur que les commentaires d'un texte ont parfois plus de succès que le texte lui même. Belle leçon de modestie pour l'auteur ! et merci à toi.

Écrit par : ariaga | 31/05/2007

@ Djaipi, très juste les "pratiques créatrices" (jolie formulation) non seulement doivent être rajoutées mais sont notre pont le plus praticable dans notre monde de l' ici et maintenant.
@ Ray merci pour cette illustration des correspondances qui sont les trames de la totalité, et merci à @ Phyta pour la suite mais je crois que Ray me faisait confiance pour la connaître.

Écrit par : ariaga | 31/05/2007

@ Marie Christine, adepte de la Table d'Emeraude, tu aime mon regard et j'aime ton commentaire? Une correspondance comme nous l'a montré Ray. Comme tu le dis c'est très difficile de sentir l'unité. On l'effleure à certains moments de méditation, par surprise. Je ne crois pas trop au travail en ce domaine. Comme l'inspiration c'est un cadeau.

@Lung Ta, tu sais, les citations, et encore elles sont dans un contexte absent, tu peux t'y fier, mais quand je résume rapidement la pensée (souvent paradoxale) de Jung ne te creuse pas trop la tête, ce sont peut-être mes propres idées qui débordent...Mais je ne crois pas que l'on puisse "voir" la globalité, cela dépasse nos possibilités cognitives. Pour le lien à faire avec le Bouddhisme tantrique tu es certainement plus connaisseur que moi. Avec le Tao, c'est sur. Je vais regarder dans l'inépuisable source de renseignements de la Correspondance de Jung s'il a une idée là dessus.

Écrit par : ariaga | 31/05/2007

Quelqu'un pourrait m'expliquer la théorie des cordes?

Écrit par : phyta | 31/05/2007

Cela rejoins aussi les "Champs morphogénétiques" de Rupert Sheldrake...

@)>-->--->---

Écrit par : Nebo | 04/06/2007

//nous avons plutôt toutes les raisons de supposer qu'il doit n'y avoir qu'un seul univers//

Il suffit pour transformer cette supposition d’en faire notre énoncé préliminaire, comme le fait Edgar Allan Poe au début de son poème en prose, EURÉKA :

//…by the term "Universe," […], I mean to designate the utmost conceivable expanse of space, with all things, spiritual and material, that can he imagined to exist within the compass of that expanse.//

Ainsi l’UNivers est bel et bien UN ; l’Univers c’est l’Ensemble de tous les espaces et de tous les temps. Cet Ensemble, cet univers est sans surface puisque qu’il n’y a rien de possible en dehors du Tout.

Une fois cette définition acceptée, il faut affronter bravement cette révélation parait monstrueuse à beaucoup d’étudiants : La matière et l’esprit appartiennent au même univers. On songe à William Blake quand il dit,

//Man has no Body distinct from his Soul; for that call’d Body is a portion of Soul discern’d by the five Senses, the chief inlets of Soul in this age.//

L’être humain n’a pas de corps distinct de son âme, car ce qu’on appelle le corps n’est que la portion perçue par les sens. On pourrait également dire que l’être vivant ou sa matière n’a pas d’âme distincte de son corps, car ce qu’on appelle l’âme n’est que la portion virtuelle ou imaginaire qui est destinée à échapper éternellement à la matière. Autrement dit: L’un est l’autre, et c’est encore une fois le //Je est un autre// de Rimbaud. L’UN EST L’AUTRE.

Faisant un pas de côté on peut considérer l’idée suivante : Il n’y a qu’un Univers qui n’a qu’un seul corps, lequel ne peut avoir qu’une seule âme. L’âme individuelle est le fantasme d’un Ego narcissique si amoureux de lui-même qu’il ne peut pas imaginer le futur sans lui (et parfois le passé aussi).

Il n’y a qu’un seul univers, un seul corps, et j’en déduis que l’ultime particule élémentaire est l’Univers lui-même en entier. D’ailleurs, j’ai tenté l’autre jour de couper un morceau de l’univers, mais j’ai vite constaté que c’est absolument impossible.

Écrit par : r_i_d | 04/03/2008

@ r-i-d, je peux dire que mon être "total" adhère vraiment à ton commentaire, en tous cas en ce qui concerne notre appartenance à l'âme universelle. Tu l'as dit mieux que je ne saurais le faire et je pense que nous n'en resterons pas là sur le sujet.

Écrit par : ariaga | 07/03/2008