UA-2100979-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« C. G. Jung et le Faust de Goethe | Page d'accueil | La différence »

09/01/2008

C. G. Jung reçoit l'enseignement des rêves

( Suite de la note précédente )
   Comme pour tous les choix essentiels de son existence, Jung reçut des rêves un enseignement l'incitant à s'intéresser à l'alchimie. Il ne les comprit pas plus, à l'époque où ils survinrent, qu'il ne comprit la connotation alchimique du Faust de Goethe.
   Rappelons, dans son enfance, la vision de la cathédrale de Bâle, à partir de laquelle se posera pour lui le problème de l'homme chrétien et de l'ambiguïté divine, problèmes latents dans les écrits alchimiques. D'autres rêves survinrent à l'âge adulte. Il en fait le récit, ainsi que leurs conséquences dans Ma vie. Il s'agit de rêves montrant, de manière récurrente, une aile de sa maison ou une construction ajoutée, n'existant pas dans la vie réelle. Il finit, à un moment de cette suite de rêves, par pénétrer dans l'aile inconnue. Il y découvre une merveilleuse bibliothèque dont les ouvrages proviennent du XVI° et du XVII° siècle. Ils contiennent des "symboles singuliers", qu'il n'identifiera que tardivement comme des symboles alchimiques. 
   Le rêve décisif se situe en 1926 (il avait 51 ans). Il est long et j'en ai seulement retenu qu'il se situe dans une vaste demeure seigneuriale aux nombreuses dépendances. Alors qu'il se trouve dans la cour les portails se ferment. Le paysan qui l'accompagne et lui sert de cocher s'écrie  (ma vie p. 237):
" Nous voila maintenant prisonniers du XVII° siècle ! -Résigné je pense : Oui, c'est bien ça ! mais que faire ? Nous voilà prisonniers pour des années ! " Puis il me vient à l'esprit la pensée consolante : un jour, dans des années, je pourrai ressortir."
   Son désir d'interpréter ce rêve l'incite à effectuer des recherches. Il explore de nombreux domaines de la tradition symbolique mais le véritable déclic n'a lieu qu'en 1928 au moment où Richard Wilhelm lui envoie un texte de l'alchimie chinoise : Le secret de la fleur d'or. C'est alors que naît en lui le désir de connaître les alchimistes.  
   Jung commande et reçoit une volumineuse collection de traités en latin. Il se contente, pendant un certain temps, de les garder dans un placard d'où il les sort périodiquement pour les feuilleter, tout en s'exclamant sur leur obscurité et leur stupidité. Mais Jung est un acharné et, petit à petit, des lambeaux de sens émergent de cette "éclatante absurdité". Lentement des connexions se mettent en place, et il découvre qu'il s'agit de symboles. 
   Il se retrouve maintenant en pays de connaissance, lit avec acharnement, jusqu'au moment où lui revient en mémoire le rêve de son emprisonnement au XVII° siècle. Une fois de plus le discours onirique lui a indiqué le chemin à suivre . Il comprend, à ce moment là, que sa voie, pour les années à venir, est d'étudier l'alchimie depuis ses débuts et d'y chercher un fil conducteur en utilisant les mêmes méthodes que celles d'un philologue étudiant une langue inconnue. Il étudie alors la relation entre les symboles et la syntaxe , fait des dictionnaires de mots et de citations. Avec le temps il réunit des milliers de références et de comparaisons. Des volumes et des volumes, représentant un véritable travail de bénédictin.
   Il faudra à Jung plus de dix ans pour que les résultats de ses études sur la symbolique alchimique, et ses possibilités d'utilisation pour l'interprétation des manifestations de l'inconscient, prennent une forme théorique satisfaisante à ses yeux. C'est alors qu'il écrira ses ouvres les plus remarquables. Ceci exprime ma pensée car une grande partie de jungiens purs et durs préfère ignorer la partie alchimique de l'oeuvre de Jung, comme s'il s'agissait d'une aventure poético-mystique un peu fumeuse.
Une fois de plus, après sa dangereuse plongée dans l'inconscient, Jung était sorti d'un labyrinthe : celui bien tortueux et obscur de l'expression symbolique de la pensée alchimique.
(à suivre)
       Ariaga.
 
  
 

Commentaires

Oui Jung et l'alchimie, impossible de rentrer dans le labyrinthe de ses recherches sans passer par le labyrinthe de l'alchimie. Si les jungiens purs et durs l'ignorent trop souvent c'est qu'en matière de psychologie pratique les métamorphoses de l'âme et les voyages intérieurs sont moins porteurs que le développement personnel décliné en lieux communs et les digressions platement sexuelles.

Jung est un empêcheur de penser en rond ; il a écrit sur l'âme dans un monde voué au corps.

Écrit par : hermeline | 09/01/2008

Bonsoir Ariaga,

As-tu fermé les commentaires sur ton photoblog car je ne suis pas parvenue à mettre un billet sur "Fleur timide" ?

Merci et bonne soirée, bien tendrement, Marie.
© La Poétaniste

Écrit par : La Poétaniste | 09/01/2008

Bien d'accord avec Hermeline.
Une première résolution pour ce début d'année : je vais lire le Faust de Goethe, grâce à la note précédente. L'intérêt de Jung éveille le mien.
à suivre...

Écrit par : Arianil | 09/01/2008

Dix ans d'études qui porteront grâce à sa patience....
Bonne soirée.

Écrit par : elisabeth | 09/01/2008

eh bien ma route est loin d'être terminée...

Écrit par : muse | 09/01/2008

//une grande partie de jungiens purs et durs préfère ignorer la partie alchimique de l'oeuvre de Jung,//

tout comme on ignore souvent la contribution de Newton aux domaines complices de la physique pure.

//une aventure poético-mystique un peu fumeuse.//
serait-elle fumeuse qu'elle temoignerait pourtant d'un univers indissociable de l'homme et son oeuvre.

===

super, merci

Écrit par : r_i_d | 10/01/2008

Il existe des schémas intellectuels transmis de générations en générations (schémas d'ailleurs purement physiques puisqu'ils organisent les connexions synaptiques, donc les arborescences physico-chimiques) comme, par exemple, ce qui se passe parmi le peuple corse qui entretient savamment l'idée d'indépendance depuis des siècles; ainsi, on perpétue la tradition d'une part, mais surtout, on transmet les sentiments qui vont avec comme, par exemple, la haine des colonisateurs (les génois d'abord, puis les français ensuite).

Ca, c'est la façon plus ou moins consciente, encadrée par un folklore souvent surrané, mais surtout facilement transmissible et riche d'un savoir manipulateur (au sens plutôt péjoratif) acquis au fil du temps.

Toutefois, il existe des schémas intellectuels beaucoup moins explicites ou évidents, parce que diffus, voire irrationnels (encore que les autres, s'ils reposent sur du concret ne sont pas forcément, dans leur expression, des plus honnêtes).

Et souvent, ces schémas sont des sortes de mythologies tacites, non dites, ou bien dissimulées, un peu comme des histoires muettes qui relient les événements entre eux sans qu'il existe obligatoirement de point commun, voire que les points communs soient cachés, improbables ou imaginaires, bref, ésotériques en somme.

Oui, il existe des mécanismes intellectuels sous-jacents, d'une part engendrés par le fonctionnement global de la pensée et des échanges de cette cette pensée, et, d'autre part, ces mécanismes existent aussi au-delà de la seule corellation, ils existent d'eux-mêmes, comme s'il avaient une vie propre, parce qu'indispensable au fonctionnement : comme si l'esprit humain avait besoin non seulement d'un carburant pour fonctionner, mais également d'un comburant pour faire agir le carburant (alchimie toute contemporaine).

Il est donc impossible de séparer les deux; en revanche, il devient possible de codifier d'une façon quelque peu plus rationnelle ces mécanismes obscures, ces comburants, par les légendes par exemple, ou les contes, afin de les placés sur les chemins éclairés, afin de les connaitre, les reconnaitre, et de ne plus en être effrayé, de ne plus les rejeter, bien au contraire, mais de les utiliser.

Il est donc indispensable d'élargir notre champ de conscience et, pour cela, de faire sortir de l'inconscient les schémas collectifs tapis dans l'ombre, de les domestiquer, de les faire sortir de la sauvagerie dans lesquels ils se complaisent, parce que l'humain est aussi un dompteur, un catalyseur, un manipulateur (au sens noble), bref, un artiste qui sait mettre en valeur les choses non seulement qui l'entourent, mais également qui le composent.

Savoir ainsi les identifier, les débusquer, les capturer, les apprivoiser, les entretenir, et, à l'instar du loup devenu chien, d'abord utile pour la chasse puis inutile sur nos canapés, enfin utile en qualité de compagnie.

Parce que ce n'est non seulement pas impossible, mais parce qu'il est de la nature humaine d'agir de la sorte, sans fierté ni mépris, simplement agir en conformité avec ce que nous sommes, le plus dificile restant l'identification, donc le discernement, donc la conscience : le cercle est cerclé.

Écrit par : paradox | 10/01/2008

Ce que me confirme ton second épisode, c’est que décidemment la vie n’est pas un long fleuve tranquille 

C’est plutôt un travail permanent et exigeant, qui ne peut se faire qu’en collaboration avec nos petites voix, rêves et autres « délires poético-mystiques » qui nous mènent. Et aussitôt une étape franchie et que l’on se croit tranquille, loupé, il faut passer au degré suivant.

Encore faut-il commencer par accepter d’écouter cette voix intérieure. Pour moi, c’est le plus difficile. En « bon fils raté » de ma mère, j’ai longtemps été très attachée à Dame Raison.

Et plutôt que de se demander pourquoi ais-je tant de symboles alchimiques ? Essayer de comprendre quels sens ils peuvent avoir.

Merci, ô agitateuse de neurones et de connexions synaptiques :-))

Je t’embrasse et vais maintenant méditer sur les noces de mon joli couple

Écrit par : L'Arpenteuse | 10/01/2008

Mais pour lui, l'alchimie, était-ce autre chose qu'une esthétique ? Pire, une commodité ?
Y aurait-il une "théose" à attendre de l'association des éléments ? Et encore, le soi est-il l'objet d'une construction, ou bien d'une croissance ?

Écrit par : joruri | 10/01/2008

ô grand vizir pardonne à l'obscur lombric que je suis , j'avoue avoir trainé dans les couloir de l'alchimie fumante , des cornus pestilentiels de l'or en fusion , la pureté indissociable de l'ambre ô grande maitresse jeunienne à tourmenté mes yeux peu habitués à l'aveuglante clarté , pardonne à la motte de terre que je suis de n'avoir pas élever mes atomes jusqu'au limpide ciel !
helas le ras-de-terre balayeur que je suis a détalé comme un lapin quand il a vu ces cheminées fumantes des tubes éprouvettes en fusion et a cru que sa dernière heure était arrivée , les gros livres de parchemin rongés aux vers ricanaient de me voir si maladroit et j'ai pris les jambes à mon cou ,
je voulais juste vous saluer , auguste sérénissime !

Écrit par : lam | 10/01/2008

Ce n'est donc pas une "lam de fond" à peine une vaguelette qui passe.

Écrit par : aliscan | 10/01/2008

C' est instructif aussi de voir à quel âge se sont manifestés telle ou telle "révélation" dans la biographie de Jung ...

Écrit par : Kaïkan | 11/01/2008

mes doigts sont juste assez vaillants pour te saluer ! mais mes yeux ont lu !

Écrit par : marie.l | 11/01/2008

Bien le bonjour à tous,

Et quand bien même ce ne serait que pour l'esthétique!!!
Je suis charmé de l'association rêve et alchimie
Il n'y a pas de hasard
L'esthétique des rêves se soutien de celle des symboles
Ce n'est que justice
Et nos rêves se substantifient dans nos créations
Et nos créations sont la recréation
Notre chemin de numinosité dont parfois, assombris, nous nous écartons en Maldoror sans pour autant rien y perdre que la joie.
Même invisible, la chaîne d'or nous lie au devenir.
Même dans la tristesse et le malheur, pourvu que cela tracte, pourvu que nous ne cessions de rêver, d'associer, de métaboliser notre patrimoine.

Espérant en le retour prochain de la joie divine.

Bien à vous,

Écrit par : jean | 11/01/2008

Extrêmement intéressant, cet article.
Jung a bien su démontrer en effet que le fourneau de l’alchimiste, c’est l’être humain lui-même, l’énergie de son esprit, c’est son feu intérieur, la materia prima, c’est son inconscient, d‘abord révélé par les rêves.
Or, faire monter l’inconscience à la conscience, au sens le plus fort du terme : l’homme total, la pierre philosophale en un mot.
J’attends la suite avec impatience.

Écrit par : ishindenshin | 11/01/2008

@ Hermeline, tu parles d'or !

@ Arianil, bonne résolution mais c'est surtout la seconde partie qui est alchimique et elle est parfois un peu ennuyeuse. Il fallait la patience de Jung pour chercher les symboles. C'est tout de même une expérience très intéressante.

@ Elisabeth, as tu remarqué que beaucoup de gens sont de moins en moins patients, ils veulent tout, tout de suite .

@ Muse, la route n'est jamais terminée, l'essentiel est qu'elle soit belle et d'y faire des rencontres.

Écrit par : ariaga | 11/01/2008

@ r-i-d-, sais tu que Newton, en dehors de la physique pure s'est discrètement mais passionnément intéressé à l'alchimie ?

@ Paradox, je ne ferai pas de "commentaire"sur ton commentaire qui se suffit à lui même mais je veux quand même souligner combien, comme tu le dis, il est nécessaire d'élargir son champ de conscience.

@ l'Arpenteuse, c'est parfois lourd d'être un fils raté quand on est une fille. J'ai été le "fils" de mon Grand Père mais le résultat final à été plutôt positif. Il faut du temps pour s'en apercevoir. De Raison point trop n'en faut mais il en faut. Si tu as tant d'émergeances symboliques alchimiques ou si tu observes des phénomènes de synchronicité, c'est tout simplement parce que tu écoutes plus attentivement le discours de l'inconscient.

@ Joruri, tu es pleine de questions auxquelles tu dois toi même trouver les réponses. C'est ton chemin, il n'est pas facile mais c'est le meilleur.

Écrit par : ariaga | 11/01/2008

@ lam, j'espère que tes relations avec Athanor vont s'améliorer, il me déplairait de te voir perdre la tête ! Et ce n'est pas en te traînant au ras du sol sous des formes diverses que tu vas t'en tirer de m'avoir masculinisée sous le nom de grand vizir...

@Aliscan, bravo d'avoir commencé avec humour le châtiment de lam.

@ Kaïkan, je crois, en effet que toute la vie de Jung est un lent processus alchimique, une "Oevre Vie'.

@ Jean, une fois de plus un bien beau texte dont je te remercie.

@ Ishindenshin, l'homme en tant que pierre philosophale vivante, tu as tout compris.

Écrit par : ariaga | 12/01/2008

Oui, pour mois aussi le résultat est positif, mais je ne l'ai compris que le jour où je suis redevenue pleinement femme .

Et donc ouverte aux messages de l'inconscient, parce qu'à méditer sur ces noces, je me suis rendue compte qu'il y avait au moins 30 ans que ces malheureux voulaient se marier. Ca fait de très longues fiancailles ;-))

Merci Ariaga

Écrit par : L'Arpenteuse | 14/01/2008