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09/05/2013

C.G.Jung:progrès et évolution

Sillage.jpg

J'ai trouvé dans le livre de Carl-Gustav Jung et Charles Kerényi Introduction à l'essence de la mythologie des phrases où il est question du progrès , de l'évolution et aussi de l'éducation. Il me semble que ce sont des mots dans le sillage desquels on peut réfléchir car ils sont d'actualité. Jung et kerényi ont écrit chacun leur partie de l'ouvrage. Les citations qui vont suivre sont de Jung, P. 136 et c'est moi qui souligne en caractères gras. Ariaga.

"Le progrès et l'évolution sont des idéaux qu'on ne saurait nier ; mais ils perdent leur valeur si l'homme ne parvient au stade nouveau qu'à l'état de fragment de soi même, ayant laissé dans l'ombre de l'inconscient tout ce qui constitue son arrière-plan et forme l'essentiel, l'ayant abandonné à l'état primitif, disons même de barbarie. La conscience, arrachée à ses bases mais incapable de réaliser le sens du nouvel état, n'est alors que trop disposée à retomber dans une situation plus mauvaise que celle dont l'état nouveau voulait la libérer."

..." Les enfants sont éduqués par ce que l'adulte est, et non par ses bavardages. La croyance aux mots, universellement répandue, est une vraie maladie de l'âme, car cette superstition exerce un attrait qui éloigne toujours davantage des bases fondamentales de l'homme, et une séduction qui porte à l'inguérissable identification de la personnalité avec le slogan auquel on croît au moment. Entre-temps, tout ce qui a été surmonté par le progrès et laissé en arrière, glisse toujours plus bas dans l'inconscient, d'où finalement se reforme l'état primitif d'identité avec la masse. C'est alors cet état qui devient réalité et prend la place du progrès escompté."

Commentaires

Pour ce qui est du progrès et de l’évolution, cela rappelle ce qu’a si bien exposé et développé Jung dans d’autres textes : les barbares peuples d’Occident que le christianisme venu d’Orient, issu d’un peuple doté d’une tradition culturelle et spirituelle beaucoup plus avancées, a propulsés d’un coup bien au-delà de ce qu’ils avaient déjà véritablement intégré et pouvaient véritablement dépasser. Un polythéisme barbare agissait donc très en sous-main depuis ce temps de la christianisation et du monothéisme "officiel" dans la vie inconsciente de ces peuples ; c’est ainsi que Wotan a ravagé l’Europe en lançant sauvagement "ses" hordes nazies à l’assaut des populations et des territoires désignés comme ennemis : Wotan n’avait pas encore été pleinement intégré et dépassé par les populations germaniques. Wotan était demeuré dans l’ombre et il demandait à être consciemment reconnu pour ce qu’il est sous peine de se faire reconnaître, qu’on le veuille ou non, en submergeant et en ravageant soudain toute une époque.

C’est "une leçon" que l’on peut transposer et appliquer au niveau individuel. Ce qui, en chacun, n’est pas assez consciemment reconnu, se présentera tôt ou tard, au cours de la vie, sous forme de destin et d’épreuve.

Écrit par : Amezeg | 09/05/2013

@ Amezeg,j'aivraiment de la chance de recevoir des commentaires d'une telle qualité et d'une telle justesse et en plus c'est le premier !

Écrit par : ariaga | 09/05/2013

La belle photo d’illustration est, comme si souvent, inspirée et inspirante, Ariaga. On y retrouve avec grand plaisir le coup d’œil de l’artiste... :-)

Écrit par : Amezeg | 09/05/2013

Bonsoir amie,
ces quelques phrases expriment tellement bien ce que je ressens.
Nous perdons notre "âme" à travers un véhicule qui soi disant est l'information, qui formate et ne fait en fait que des slogans.
L'illusion du progrès qui émancipe l'homme devient de plus en plus une illusion, l'économie, le marché ont fait place au "réalisme politique", ce qui n'est qu'un slogan ...
Un sentiment d'impuissance domine et beaucoup se tournent vers les extrêmes .... nos véritables désirs se trouvent enfouis, nous enterrons nos véritables souhaits ....
Quand l'école, les parents, tous, retrouvons une sagesse, une philosophie de vie qui demande le partage et une remise en cause de soi ....
Espérons que sur le fumier et les cendres pousseront de belles roses un jour
Bonne soirée amie
Bises - Daniel

Écrit par : bichon39 | 09/05/2013

On peut sur Wikipedia, à la fin de l’article consacré à Odin/Wotan, lire ceci :
« Le parti d'extrême droite allemand NPD a produit des T-shirts portant le slogan « Odin statt Jesus » (allemand pour Odin au lieu de Jésus), en référence aux mouvements néo-païens ou odinistes actuels. Ces T-shirts ont eu un succès relatif dans la mouvance d'extrême droite mais également chez les néo-païens d'autres opinions politiques. »

Sachant qu’Odin/Wotan est le dieu de la fureur, le slogan " Odin au lieu de Jésus" montre bien que certains représentants des peuples germaniques n’ont pas encore intégré, pas encore rendue assez consciente la fureur qui les habite à un certain niveau de leur être et voudraient s’y abandonner, voudraient la chevaucher sans retenue. Cela montre que des membres de ces minorités d’extrême droite ne sont pas encore psychologiquement mûrs pour accueillir la figure du Dieu d’Amour et de Paix qu’est le Christ.

Écrit par : Amezeg | 09/05/2013

Je suis tout à fait d'accord. Ce n'ai pas ce que l'on dit aux enfants, c'est nôtre comportement qui l'éduque. Quand notre dernier a eu 16, pendant ses vacances, il est venu travailler avec moi sur les chantiers, et le même traitements que les autres. Non seulement sur le lieu de travail, mais aussi à la pension. Il percevait ses frais de déplacement tout comme moi, à lui de gérer sa vie. Je n'ai pas voulu de chambre commune, donc complétement indépendant. J'avoue que j’appréhendais un peu, mais il s'en ait bien sorti.

Pour les filles pareils. Tous se sont payés les permis et acheter la voiture ou moto pour le fils, avec leurs deniers. Ils ont très bien compris que c'est à eux de faire leur vie. Nous n'avons jamais interféré. Et aujourd'hui, ils nous le rendent bien...

Bonne journée avec bises.

Écrit par : patriarch | 10/05/2013

L’évolution et le progrès de la conscience ont besoin de racines pour croître, se maintenir et fructifier au mieux. Bien que la réalité la plus profonde de l’humain soit la même en Occident qu’en Orient, les racines historiques et culturelles, les orientations psychologiques des occidentaux ne sont pas les mêmes que celles des orientaux. Les orientaux sont, ou en tout cas étaient de longue date, fortement reliés à l’irrationnel, reliés au domaine inconscient du psychisme ; les occidentaux sont, au contraire, fortement orientés vers la rationalité consciente, jusqu’à l’excès, jusqu’à la sécheresse. Les voies spirituelles orientales, bouddhiques, védantiques, etc., sont donc adaptées à des populations qui ont (ou avaient jusque très récemment) une forte tendance à percevoir intensément les images et représentations inconscientes, jusqu’à trop s’y plonger et s’y perdre. Il leur fallait donc des voies spirituelles leur proposant de fortifier la conscience rationnelle afin d’équilibrer "l’humide avec le sec". Et c’est le contraire qui convient aux occidentaux : il leur faut équilibrer la sécheresse de la rationalité consciente, chez eux trop développée, par l’attention portée à l’humidité et à la fluidité des images intérieures que sont les rêves, les imaginations, les représentions inconscientes spontanées.

C’est pourquoi, sauf peut-être assez rares exceptions individuelles, l’occidental qui emprunte une voie orientale de spiritualité risque fort, sans doute, de ne parvenir « au stade nouveau qu'à l'état de fragment de soi même (de lui-même)». Il manquera quelque chose à sa réalisation.
L’attrait produit par les voies orientales sur les esprits occidentaux tient peut-être au fait que ces voies leur évitent l’effort d’un retournement de l’attention vers l’humide en dévalorisant les représentations inconscientes qui leur seraient si profitables, à eux qui ne sont pas des orientaux "naturellement" reliés et attentifs à ces représentations.
L’adoption de ces voies orientales peut donc être, pour la plupart des occidentaux, une fuite ou une ignorance de leur véritable tâche qui est de reconnaître la valeur de l’inconscient et de favoriser le dialogue entre le sec et l’humide, entre la sécheresse du conscient et l’humidité de l’inconscient.
« Ma vie est l'histoire d'une réalisation du Soi par l'inconscient.* », a affirmé Jung dans « Ma vie » Cette réalisation n’est possible que si ce dialogue existe.
*Traduction fidèle du texte original allemand proposée par Étienne Perrot.

Écrit par : Amezeg | 10/05/2013

Bouleversant de force.
L'exemple vivant donné est la meilleure des choses à condition d'expliquer et de ne rien laisser dans l'ombre, comme le savant métier de l'artisan qui travaille au pochoir et au repoussoir , pas au reprochoir, et tolère l'erreur et l'essai pour faire rentrer le métier par les paumes même.
On se paume bien au peu, et pas que du bout des doigts qu'on ne se tourne pas , on ne met pas les pouces et on abdique pas un pouce de terrain dans ce compagnonnage, apprentissage du lien et des manières dans le patient travail de la matière.
Je ne sais ce qu'on transmet par la seule parole, une musicalité, un entrain pour rythmer les coups de varlopes ?
pas de place pour la résurgence et la réminiscence non comme une manifestation de la science ou même du souvenir mais des fragments rassemblés et qui reconstituent un savoir.
On a bien montré, c'est une comparaison scabreuse, que les plaques de la dérive des continents (merci Wegener et le Pichon) se disloque dans le manteau mais qu'après un large cheminement il en reste quelques chose qui remonte dans les points chauds et qu'à la surface on en observe des traces ténues mais réelles ?
rien de telle pour la sédimentation qui enfermerait et enfoncerait profondément ces parts de nous mêmes, ces lambeaux du temps perdu ?
Je n'ose le croire complétement.
Alors oui dans ces vies mosaïques rassembler ce qui est épars est une noble et belle tache qui occupe tout notre temps.

Écrit par : Thierry | 10/05/2013

Oui Thierry, « rassembler ce qui est épars est une noble et belle tâche », et cela permet sans doute de laisser s ‘exprimer dans nos vies la sagesse de "la plus noble conquête de l’homme" afin d’éviter de tomber dans les pièges et les dangers redoutables des prétendus progrès qui nous aliènent et nous menacent, comme le souligne ici Marie-Louise von Franz :
« Du vivant de Jung, nous qui vivions dans son entourage immédiat reconnaissions entre nous qu'on ne pouvait jamais prévoir ses réactions : chaque fois qu'il était amené à intervenir dans une situation, il était impossible de deviner à l'avance ce qu'il allait dire ou faire. C'était toujours une surprise complète pour les personnes présentes — ainsi que pour lui-même, disait-il avec un sourire malicieux à ceux qui le lui faisaient remarquer. Il faisait rarement des projets conscients, mais réagissait à la situation et aux questions posées sur le vif du moment : il laissait « le cheval » exprimer sa sagesse. Souvent, j'essayai de m'imaginer ce qu'il allait dire ou faire en telle ou telle circonstance, et je tombais des nues devant sa réaction concrète qui était toujours adaptée à la situation, mais différente de ce que s'étaient figuré ceux-là mêmes qui, comme moi, le connaissaient depuis de nombreuses années.
Cette spontanéité créatrice qui jaillit des profondeurs essentielles et du centre de la personnalité, du Soi, et qui, étant une réaction semi-consciente, est représentée ici par le cheval, est l'unique chose qui puisse surmonter les attaques du mal quand celles-ci ont pris forme en se combinant avec une certaine intelligence et la tradition du passé. Nous sommes actuellement, à mon avis, dans une telle situation. Les pulsions meurtrières de l'humanité n'explosent que sporadiquement au niveau individuel, comme cela a toujours été et existera peut-être toujours, bien que la violence prenne, depuis quelques années, des proportions inquiétantes. Mais là où réside le réel danger, c'est quand ces forces, devenues collectives, se combinent avec la plus haute intelligence scientifique, comme dans la physique atomique. Notre conte suggère qu'une seule chose peut lui être supérieure : le retour à la vérité intérieure des profondeurs de notre propre psyché, à sa clairvoyance invincible et à son savoir naturel. Avec leur aide, nous pourrons peut-être vaincre jusqu'à ces forces diaboliques. » - Marie-louise von Franz, "L’ombre et le mal dans les contes de fées", éditions La Fontaine de Pierre

Écrit par : Amezeg | 10/05/2013

P.S. Ce texte de Marie-Louise von Franz se rapporte à l’étude d’un conte irlandais, "Le fils du roi et l’oiseau au chant mélodieux", dans lequel un petit cheval magique tient une place essentielle.

Écrit par : Amezeg | 10/05/2013

Je me rends compte (une fois de plus) que la lecture de Jung (pour moi en tout cas) demande une attention et un effort de lecture soutenu. C'est pour cela qu'hier soir j'ai "zappé" ton billet et que je reviens ce matin.
Ce qui me paît aussi sur ton blogue est la qualité des commentaires qui illustre parfaitement de mon point de vue la différence entre un site internet et un blogue avec cette richesse du partage.

Écrit par : Louis-Paul | 11/05/2013

@ Bichon39, oui, nous perdons le contact avec nos racines profondes, notre rhizome, comme le dit Jung. Et c'est alors que nous vivons dans le bruit et la rumeur ....

Écrit par : ariaga | 11/05/2013

@ Louis-Paul, en effet, il n'est pas toujours facile de lire Jung. D'abord il avait parfois un style assez labyrinthique qui suivait une pensée foisonnante. Ensuite il y a le problème des traductions. Parfois on passe de l'allemand à l'anglais puis de l'anglais au français.

Écrit par : ariaga | 11/05/2013

@ Patriarch, j'aime que tu nous fasses part de ton expérience de vie car c'est plus important que toutes les théories.

Écrit par : ariaga | 11/05/2013

L’attitude ou la réaction face aux idées nouvelles, face aux "progrés" et aux "évolutions" présente des différences selon que l’on est homme ou femme. Marie-Louise von Franz l’expose ici très clairement et très simplement (1/2 – suite 2/2 dans un prochain commentaire) :

« En raison de sa moins grande rigidité, nourrissant moins de préjugés que ne le fait la conscience masculine, l'anima, en vraie femme, capte ce qui est dans l'air du temps et saisit intuitivement les besoins d'une époque nouvelle ; activée par ces contenus, elle les ramène avec elle au conscient.
Je me souviens d'un enseignant doté d'une Weltanschauung* scientifique rigide. Emprisonné dans l'esprit du temps mécaniste, il s'était permis d'ignorer largement les découvertes de la physique moderne et il continuait consciencieusement à prôner ses idées vieillies. Au cours de nos discussions, je lui fis part des découvertes psychologiques récentes et j'insistai sur celles de la physique qui avaient modifié notre conception de la matière. Il s'en montrait chaque fois fortement affecté et un jour il me dit qu'au cas où ces choses se révéleraient vraies, il ne lui resterait plus qu'à se tirer une balle dans la tête. Cette réaction me parut fort puérile, et je lui demandai pourquoi il ne voulait pas plutôt examiner objectivement ces questions, au lieu de réagir devant elles de façon inadaptée. Pourquoi être ébranlé à ce point, puisque le monde n'est pas changé du fait que les idées se transforment ? Il me rétorqua avec véhémence qu'il considérait de son devoir de s'en tenir à ce qu'il avait enseigné à ses étudiants pendant toute une génération, qu'il en portait la responsabilité et que la preuve de son inadéquation le déshonorerait ; il ne lui resterait plus qu'à se supprimer. » - Marie-louise von Franz, "L’ombre et le mal dans les contes de fées", éditions La Fontaine de Pierre

* Weltanschauung : conception du monde de chacun selon sa sensibilité particulière.

Écrit par : Amezeg | 11/05/2013

Suite 2/2 :

« Cet exemple illustre l'attitude du logos propre aux hommes qui n'ont pas suffisamment développé leur côté spirituel, et explique pourquoi les hommes sont plus conservateurs et n'aiment pas les changements dans le domaine des idées, à la différence des femmes qui penseront : « Pourquoi pas ? », car elles savent intuitivement que changer d'idées dépend uniquement de la façon dont on regarde les choses. Si, par contre, on propose à une femme de soumettre à la discussion un problème de sentiment tel que : « Ne pensez-vous pas que l'idée d'introduire chez nous la polygamie serait bonne ? », c'est là que se déclenchera le tremblement de terre, alors qu'un homme dira : « Essayons, et on verra ! » Si pour l'homme l'ébranlement émotif se situe au niveau des idées, les femmes, pour leur part, réagissent fortement aux changements dans la vie sociale et affective, car c'est là que leur monde s'enracine ; des bouleversements dans ce domaine risquent de leur donner à leur tour des envies de se détruire. Hommes et femmes devraient savoir qu'il en est ainsi, car cette connaissance est indispensable à une compréhension mutuelle et évite de se blesser réciproquement sans le savoir. Les femmes peuvent jouer avec les idées, parce que la pensée, l'idée, n'est pas pour elles une question de vie ou de mort. Il en résulte que la femme a un effet positif et créateur sur l'homme ; elle pourra inspirer et féconder son esprit par la légèreté et la souplesse mêmes avec lesquelles elle accepte les idées nouvelles et les présente à l'homme. La femme ou l'anima sera alors l'inspiratrice, et l'homme aura à fournir le travail qui concrétise et donne forme à l'inspiration. Cette relation est inverse et complémentaire du rapport biologique entre l'homme et la femme, où c'est lui qui féconde, tandis qu'elle forme l'enfant et le met au monde. De même que la femme est souvent l'inspiratrice de l'homme dans la réalité extérieure, l'anima l'est à l'intérieur : elle fait monter en lui les idées en germe, lui fait capter les nouveaux contenus qui flottent dans l'air du temps avant qu'il ne s'en empare pour les élaborer. » - Marie-louise von Franz, "L’ombre et le mal dans les contes de fées", éditions La Fontaine de Pierre

Écrit par : Amezeg | 11/05/2013

« De grandes foules faisaient route avec Jésus. Il se retourna et leur dit :
— Celui qui vient à moi doit me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même à sa propre personne. Sinon il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas ne peut pas être mon disciple. » Luc 14. 25-27

Et l’alchimie déclare « Ars totum requirit hominem : L’art réclame l’homme tout entier »

Les progrès et les évolutions ne doivent pas court-circuiter la confrontation avec l’inconscient et avec la part d’ombre présente à l’arrière-plan chez chacun/e qui est une part de la croix à porter et une part de " l’homme tout entier". La réalisation de Soi (l’accès au "Royaume des cieux") est à ce prix pour chacun/e.

Écrit par : Amezeg | 11/05/2013

@ Amezeg, je te remercie pour tes contributions, tu nous emmènes sur des sentiers où l'on fait de belles rencontres avec les textes. Je trouve très inspirant le dernier paragraphe de ton dernier commentaire.

Écrit par : ariaga | 11/05/2013

Bonjour Ariaga, je nage aussi vers ton rivage pour rattraper mon retard. L'eau est un peu trouble, j'ai hâte d'arriver au beau reflet de la voile jaune de ton image ! J'ajouterai plus sérieusement que pour l'éducation d'un enfant, rien ne vaut l'exemple, les paroles sont vaines. Bises Ariaga et bon week-end.

Écrit par : danae | 11/05/2013

« Les enfants sont éduqués par ce que l'adulte est, et non par ses bavardages »

Ce qu’est l’adulte, voilà donc ce qui compte. Si l’adulte pris en exemple est une personne qui est largement bernée par l’ignorance de « ce qui la fait marcher », par des influences inconscientes assez néfastes dont elle ne soupçonne pas l’existence en elle, par des complexes psychologiques particuliers qu’elle ignore, par des dispositions parfois névrotiques, par des idéologies, par des « ...ismes » de toutes sortes qui la manipulent sans qu’elle s’en rende bien compte, etc. ; l’enseignement par l’exemple donné n’est alors pas non plus ce qu’on peut souhaiter de mieux à un enfant. Donner l’exemple ne suffit donc pas, il faut encore que cet exemple soit "bon"...

L’exemple d’un adulte, d’un parent qui, même jeune, cherche réellement à se connaître et à élargir son champ de conscience, qui se relie ainsi autant que possible à la sagesse intérieure plutôt qu’aux idées reçues et aux idéalismes ou idéologies adoptés et ressassés jusqu’à plus soif, qui est souple sans être inconséquent ni versatile, est sans doute un bon exemple pour un enfant.
Ce n’est pas la voie de la facilité, c’est sûr.

Écrit par : Amezeg | 11/05/2013

S'il en est un certain nombre à monter au Calvaire qui est le Golgotha,il en est bien peu en réalité à accepter de se tenir sur la croix........c'est un mystère que seule l'expérience directe et concrète de la vie permet d'approcher,et pour laquelle,les mots sont à vrai dire,inssuffisants.

Combien les alchimistes avaient raison en nous disant"meurs et deviens"! Car telle est la réalité de celui qui s'engage sur le très long et difficile chemin de l'Individuation;ce qui explique d'ailleurs que celui-ci soit si peu fréquenté.

Pour ce qui est "des progrès et des évolutions qui ne doivent pas court-circuiter la confrontation avec l'inconscient et avec la part d'ombre présente en chacun et chacune",il nous "suffit" d'accepter que là où se trouve la lumière se trouve également l'obscurité et vice et versa.La loi de La Nature faisant que l'un n'aille jamais sans l'autre,et le principe d'énantiodromie étant ce qu'il est,sachons nous contenter d'être totalement présents,ouverts et sincères en chaque chose qui nous advienne,et de laisser opérer le Soi en nous,ou La Nature,sans interférer et dans la confiance......ce sera un art déjà suffisamment bien mené,qui saura nous placer dans l'humilité qui est adhésion aux rythmes de la vie.Le moment viendra de lui-même où ce qui est plein sera vidé et où ce qui est vide sera de nouveau rempli,puisque seul le changement est constant.Quant à celui qui crois être "arrivé" en un lieu élevé, dégagé des contraintes liées à l'observation quotidienne de ses propres zones d'ombres, et qui s'arroge le droit de se tenir au dessus de la mélée,nous savons bien qu'il sera tôt ou tard ,abaissé......car tout pouvoir qui n'est pas celui du Soi et de la Transformation en nous,n'est ni plus ni moins qu'une usurpation.

"La voie du progrès et de l'évolution" est d'une largeur infinie dans sa réalisation, et pourtant infiniment étroite de part la difficulté de son approche;si elle nous autorise les détours ,les erreurs et les continuelles rectifications qui en résultent et qui sont le lot de tout chercheur authentique,elle interdit tout retour en arrière....."il faut laisser les morts avec les morts" est-il dit,faute de quoi,effectivement,"la conscience arrachée à ses bases mais incapable de réaliser le sens du nouvel état,n'est alors que trop disposée à retomber dans une situation plus mauvaise que celle dont l'état nouveau voulait la libérer".
C'est vers La Vie qu'il nous faut inlassablement nous diriger et aller de l'avant,dans une dynamique de croissance naturelle,mais vers La Vie Totale,c'est à dire qui porte en elle la mort.Accepter celà et le vivre jour après jour n'est-il pas un chemin de croix en soi tout autant que de libération? N'est-ce pas, en parvenant à supporter la tension entre les opposés tout au fond,faire en sorte que plus rien ne s'exclue mais que tout s'unifie?

Écrit par : aurora | 11/05/2013

« Pour ce qui est "des progrès et des évolutions qui ne doivent pas court-circuiter la confrontation avec l'inconscient et avec la part d'ombre présente en chacun et chacune",il nous "suffit" d'accepter que là où se trouve la lumière se trouve également l'obscurité et vice et versa » — Toutefois, aurora, en s’imposant trop tôt à des populations qui n’étaient encore prêtes à le recevoir le progrès représenté par le christianisme semble bien avoir court-circuité l’évolution naturelle du rapport entre le conscient et l’inconscient en occident et maintenu des parts d’ombre hors de portée d’une prise de conscience souhaitable, ainsi que Jung l’a expliqué ici :

« Notre évolution naturelle en Europe occidentale fut brisée par une psychologie et une spiritualité qui s'étaient développées à_ partir d'une civilisation plus élevée que la nôtre. Nous avons été interrompus au tout début alors que nos croyances traduisaient encore un polythéisme barbare, et ces croyances furent refoulées sous terre et y sont restées depuis deux mille ans. C'est, je crois, ce qui explique la cassure qui se rencontre dans l'esprit occidental. Alors que nous étions encore dans un état primitif, nous avons été contraints d'adopter les doctrines chrétiennes, relativement subtiles, de la grâce et de l'amour. Une dissociation s'est ainsi produite en Occident entre la partie consciente et la partie inconsciente de la mentalité. L'esprit conscient fut indubitablement affranchi de l'ir¬rationalité et des impulsions instinctives, mais l'individualité totale se perdit. L'homme occidental devint quelqu'un de divisé entre sa personnalité consciente et sa personnalité inconsciente. La person¬nalité consciente put toujours être domestiquée puisqu'elle était sépa¬rée du primitif, et, par suite, nous, Occidentaux, sommes devenus hautement disciplinés, organisés et rationnels. Mais, d'un autre côté, pour avoir permis la suppression de la personnalité inconsciente, nous nous sommes interdits de comprendre ou d'apprécier l'édu¬cation et la civilisation de l'homme primitif. Pourtant notre per¬sonnalité inconsciente existe encore et fait irruption à l'occasion, de la façon la plus incontrôlée. Nous sommes ainsi capables de retomber dans la barbarie la plus choquante et, plus nous réussissons dans la science et la technologie, plus l'usage que nous faisons de nos inven¬tions et de nos découvertes est diabolique. » - lu dans : "C.G.Jung parle", Conversations avec Miguel Serrano, pp.309-310, éditions Buchet/Chastel –

Cet escamotage d’une part de l’évolution psychique naturelle provoquée par l’arrivée prématurée du christianisme en Occident ne représente-t-elle pas, à vrai dire, une mutilation de la "Vie Totale" pour les populations concernées ?

Écrit par : Amezeg | 12/05/2013

« Quant à celui qui crois être "arrivé" en un lieu élevé, dégagé des contraintes liées à l'observation quotidienne de ses propres zones d'ombres, et qui s'arroge le droit de se tenir au dessus de la mélée,nous savons bien qu'il sera tôt ou tard ,abaissé......car tout pouvoir qui n'est pas celui du Soi et de la Transformation en nous,n'est ni plus ni moins qu'une usurpation. » (aurora)
En effet, et l’hexagramme 51 du Yi King, l’Ébranlement, nous le rappelle également très clairement. Chacun peut en prendre de la (bonne) graine mais le chemin est assurément étroit comme le fil du rasoir... :
« Tonnerre continu :
Image de L'ÉBRANLEMENT.
Ainsi l'homme noble, dans la crainte et le tremblement, rectifie sa vie et s'examine lui-même.
Le tonnerre continu, par la commotion qu'il cause, amène avec lui la crainte et le tremblement. Ainsi l'homme noble observe toujours une attitude de révérence devant la manifestation de Dieu; il met de l'ordre dans sa vie et examine on cœur pour voir si rien ne s'y oppose secrètement à la volonté divine. Ainsi la crainte est le fondement du véritable art de vivre. »

Le "pécheur" peut espérer qu’un rêve "charitable" vienne l’éclairer à propos de son égarement ou peut même solliciter cette grâce... sans certitude qu’elle lui soit accordée.

Écrit par : Amezeg | 12/05/2013

Je découvre, ce matin ce dernier billet de toi. o)))

Oui, au-delà des mots, des concepts, les corps se parlent. Le corps a sa propre intelligence que la raison ignore, ou cherche à maîtriser.
Dommage, parce que quand rien ne se sépare en nous, nous comprenons des choses qui dépassent notre petite personne, sans d’ailleurs que cela la fasse grandir, juste qu’elle n’est plus un empêchement.

Beau dimanche à toi, à toutes et tous.

Écrit par : Miche | 12/05/2013

Erratum – Escamotage est du genre masculin et j’aurais dû écrire, :
" Cet escamotage d’une part de l’évolution psychique naturelle provoqué par l’arrivée prématurée du christianisme en Occident ne représente-t-il pas, à vrai dire, une mutilation de la "Vie Totale" pour les populations concernées ? "
P.S. Il est vrai que les contributions subjectives qui font suite à ce billet d’Ariaga sont assez étendues...voire envahissantes... :-)

Écrit par : Amezeg | 12/05/2013

A l'âge tendre et malléable de la prime jeunesse...
Selon la conception qu'il a de l'image de lui-même...l'adulte façonne, pétrit, influence, impose...
Survient la crise de l'adolescence avec l'immanquable prise de conscience...
Arrive le temps de la révolte...ou de la soumission...
Tout cela est une nécessité pour que l'individu puisse se découvrir, expérimenter sur le chemin de sa légende personnelle...

Amicales pensées,
Michèle

Écrit par : michele | 12/05/2013

Bavardages ! commentaires, digressions, enjolivages, habillages mais qu'est ce qui est essentiel en terme de transmission et de leçon à retenir ou à s'approprier ?
Le moi jacasseur, le je des egos et qui prétend au légo mais disperse au lieu de concentrer, de focaliser l'esprit sur le sens primordial.
Souvent on se rend compte du côté vain et de la belle inanité quand presque à l'unanimité on nous fait comprendre qu'il faut user de peu de mots mais de bons mots, pas forcément dans l'humour mais dans l'humeur pour être en veine de se bien faire comprendre.
Un exemple bien choisi est suffisant, un geste, une action réfléchis et signifiants peuvent coïncider avec un apprentissage efficace.
"Ne vous payez pas de mots" on peut être crédule et tout gober mais le recul aidant on ne laisse pas la fécule donner dans la mousseline !
Inciter et faire réfléchir à la portée de certains devoirs supra pour faire société jusqu'à satiété, sans manger les mots ni en régurgiter plus qu'il n'en faut.
Ne pas noyer le poisson à trop vouloir choyer le garçon!
Ne pas enfermer dans une logique étroite et laisser le nomadisme révéler les potentiels, ne pas faire le sermon avant d'être allé sur la montagne.

Ouvrir le regard, les bras et les mains vers l'autre et l'ailleurs, être un bailleur de fond pour être aussi involutif qu'évolutif.

Écrit par : Thierry | 12/05/2013

Quand on me parle de pécheur je pense au prêcheur et je vais à la ligne !

Écrit par : Thierry | 12/05/2013

« Ne pas noyer le poisson à trop vouloir choyer le garçon! »
Il en est aussi, Thierry, qui tentent de noyer le POISON en mettant beaucoup d’eau mais ingurgitent cependant le même poids d’alcool psychotrope et s’en vont dans le mur sans avoir mûri le problème de la bonne conduite envers soi-même... Lorsqu’il m’arrive de les rencontrer aux prises avec leur problème de dilution et avec celui de leurs déclamations de comptoir, je me dis parfois que l’on pourrait inscrire au fond des verres : De profundis ad Te clamavi, Domine, du fond de l’âbime je t’ai appelé, Seigneur ; tant il me semble, hélas !, que leur quête est vaine s’ils ne peuvent reconnaître ce qu’ils cherchent vraiment au-delà de l’apaisement provisoire (si c’en est un... ?) que leur procure cette noyade particulière. Je leur souhaite très sincèrement de trouver la bonne solution plutôt que la bonne dissolution, et je nous le souhaite à tous, de tout cœur.

Écrit par : Amezeg | 12/05/2013

C'est vrai que parfois il ne suffit pas de mettre un peu d'eau dans son vin pour faire le devin et que l'homéopathie a bon dos !

Écrit par : Thierry | 12/05/2013

ARIAGA À TOUS, si je ne réponds pas plus aux commentaires c'est que, pour moi, Aezeg, Thierry, Aurora etc, ajoutent à ma note, non pas des commentaires mais des contributions et des dialogues. Ils disent ce qu'ils pensent et ressentent et je ne peux rien ajouter sans intervenir dans leur travail "alchimique" qui est une partie importante des travaux du Laboratoire. Amitié fraternelle à tous.

Écrit par : ariaga | 12/05/2013

Fort juste éclairage sur l'évolution psychique occidentale à travers ce passage de CG Jung, et si vaste sujet......

N'avons-nous pas constamment à actualiser les choses au fond de nous,à regarder et considérer l'histoire comme reflet de se qui se passe en chacun et chacune,et sentir au delà de notre échelle du temps ordinaire,que ce qui se "joue" à travers les siècles n'est pas différent de ce qui ce "joue" en nous à tout instant,et que tout est finalement relié?
Aussi,"la mutilation de la Vie totale" très justement évoquée,n'est-elle pas quelque part l'héritage laissé à nos consciences,et n'est-ce pas de sa restauration et de sa libération,avant tout en nous-même,dont il est question?
Le reste suivra ou non,car œuvrer pour soi,c'est à dire pour Le Soi en nous,être à son service,c'est aussi œuvrer indirectement "pour le monde",tout en sachant pourtant que cela ne nous regarde pas et que c'est notre champ et notre jardin qu'il nous est demandé de cultiver et rien d'autre.....le reste ne nous appartient donc pas.....c'est "d'action non agissante" dont il est ici sans doute question;peut-être le mieux que nous puissions espérer,c'est qu'un jour,en un siècle à venir,la chaîne des êtres appelés à la réalisation de la Vie en eux,et dont chaque maillons aura progressivement travaillé à sa propre transformation,entraîne également un changement de l'environnement et contribue à un progrès et une évolution de la conscience.....Mais ce n'est là qu'une possibilité, et puis tout cela se passe bien sûr à une échelle qui dépasse largement nos "pauvres" individualités.Et la seule chose qui compte finalement,ce sont les simples pas que chacun d'entre nous pose sur son propre chemin,l'un après l'autre, ici et maintenant.C'est là que tout commence à chaque instant.

Écrit par : aurora | 12/05/2013

Tout à fait d’accord avec tout cela, aurora. Jung l’a bien souvent rappelé, tout commence par l’individu et les collectivités sont faites d’une certaine somme d’individus. L’intérêt de rappeler un point de vue comme celui de Jung sur l’évolution collective est, à mon sens, de permettre à chacun de comprendre le fonctionnement du rapport conscient/inconscient en le voyant en quelque sorte « grossi », en particulier dans ses effets néfastes ou destructeurs qui frappent les consciences, et, - s’il m’est permis de me de me citer moi- même... - de comprendre que : « C’est "une leçon" que l’on peut transposer et appliquer au niveau individuel. Ce qui, en chacun, n’est pas assez consciemment reconnu, se présentera tôt ou tard, au cours de la vie, sous forme de destin et d’épreuve. »
Chacun doit avant toute autre chose cultiver son petit champ ou jardin et chacun doit répondre à l’appel de son destin individuel. Que ce destin l’invite à évoquer les aspects collectifs de la réalité psychique, comme l’a fait Jung, ou qu’il ne l’y invite pas, est une question difficile à trancher a priori. Il est bien difficile de savoir, comme le soulignait Marie-Louise von Franz dans la longue vidéo intitulée The way of the dream , ce que CELA veut et attend de tel ou tel individu.

Écrit par : Amezeg | 12/05/2013

La vie ne devrait être qu'évolution. C'est son véritable sens. Une belle évolution est une évolution où l'innocence et toujours présente . C'est l'innocence qui nous permet de rester ouvert et de découvrir, sans à priori, sans idées toutes faites. L'innocence c'est notre originalité, notre émanation profonde.

Écrit par : daniel | 13/05/2013

"Les enfants sont éduqués par ce que l'adulte est, et non par ses bavardages. "

Tout est dit...si seulement cette phrase était vraiment entendue.

Merci Ariaga,
Amitiés,
Jean

Écrit par : Jean | 13/05/2013

@ Jean, oui, tu as raison si cela pouvait être ...

Écrit par : ariaga | 13/05/2013

@ Daniel, justement, l'innocence ne juge pas et elle accepte ce qui se présente sans refuser ce qui pour d'autres passe pour des vieilleries qu'il faut balayer.

Écrit par : ariaga | 13/05/2013

Entre poison et thériaque le saut carpé de l’innocence , sans analyse et sans jugement peut on progressé et avec quelle règle souple enrubanne t on le temps et approfondit on l'avancée , c'est en marchant que le chemin se fait, il nous transforme assurément.

Écrit par : Thierry | 13/05/2013

@ Arorora, en te lisant (ton dernier commentaire) j'ai pensé à la chaîne d'or des alchimistes évoquée par Jung. Je crois que j'ai écrit un texte sur le sujet mais je ne sais plus où ...

Écrit par : ariaga | 13/05/2013

Bien que le destin global du monde ne soit pas entre les mains ou au pouvoir d’un seul individu, bien qu’il s’agisse d’abord pour chacun de cultiver la vie dans son petit champ ou petit jardin, chacun est partie prenante, à sa petite échelle, du devenir du monde. J’aime beaucoup la façon dont Francine Saint René Taillandier en parle ici (extrait d’un texte plus long) :

«....... L'individuation n'est pas un luxe réservé à de « belles âmes » ou à des gens particulièrement doués, et, encore moins, instruits. Elle est une nécessité vitale pour l'équilibre de l'individu et son épanouissement et lui permet de conserver son intégrité face au collectif. C'est aussi à travers les êtres individués que se fait l'évolution humaine, car l'être individué est conscient et ferme en lui-même. Nous irons plus loin en affirmant que l'individuation est, actuellement, la condition sine qua non de la survie de l'espèce. Des domaines qui, jusqu'à présent, pouvaient être laissés plus ou moins à la conduite de l'instinct ne peuvent plus être vécus de façon inconsciente, irresponsable. Nous n'en prendrons pour exemple que la surpopulation et le fait que les deux tiers de l'humanité sont gravement sous-alimentés.
Enfin, encore plus grave, s'il est possible, est la destruction massive et irréversible de notre milieu de vie. Le rythme de cette destruction s'accélère, on le sait, de façon continue et dramatique, au fur et à mesure du développement de notre efficacité
technique. Il n'est pas nécessaire d'insister sur les faits et chiffres que nous rapporte la grande presse, non plus que sur les destructions dont nous pouvons nous rendre compte par nous-mêmes à condition d'ouvrir les yeux. Nous noterons seulement le fait révélateur que cette même presse relate l'alternance de sécheresses et d'inondations sans établir le rapport entre l'une et l'autre calamités et le déséquilibre qui est induit en grande partie par l'homme. (Les conséquences catastrophiques reconnues du « remembrement » des terres n'empêchent pas qu'on continue d'appliquer ces «mesures».)
A l'heure où l'homme a pu observer le désert cosmique et constater combien précieuse et unique était notre planète par rapport à ses voisines, il serait grand temps de prendre conscience de l'aspect privilégié de jardin que présente notre terre si limitée, notre seul vrai bien. S'il veut survivre, pas plus qu'il ne doit procréer de façon irresponsable, l'homme ne peut plus traiter la terre avec cette inconscience totale. Il est acculé à faire un pas de plus dans l'évolution vers la conscience.
Du point de vue psychologique, que se passe-t-il ? L'être humain se trouve être ici la victime d'un archétype non intégré : celui de la Nature, de la Grande Mère, Déesse des forêts et des bêtes sauvages, de la fécondité des troupeaux et de celle des femmes, des fruits et des moissons, dont les dons sont inépuisables. Possédé par cet archétype, il ne peut croire, même devant les faits et les chiffres qui lui apportent la preuve du contraire, que la Terre-Mère ne puisse pas, miraculeusement, magiquement, se renouveler et qu'il soit possible de l'épuiser ; aussi en dilapide-t-il les richesses comme un enfant totalement inconscient des conséquences de ses actes. S'il répugne à ce point à devenir conscient du problème, c'est que cela exigerait de mettre en cause cette image de la Terre inépuisable et de « s'expliquer » avec un des archétypes les plus puissants qui soient, celui de la Mère. Car si la Mère-Nature peut s'épuiser, s'il faut la ménager, alors on perd la mère toute-puissante, tout-aimante, tout-indulgente ; alors, nous devons nous assumer, seuls, être réellement conscients, adultes...... »
Francine Saint René Taillandier - L’individuation, condition de survie -, dans « Carl Gustav Jung et la voie des profondeurs », Éditions La Fontaine de Pierre

Écrit par : Amezeg | 13/05/2013

je ne sais plus qui a écrit un jour qu'il n'y avait pas d'exercice plus zen que celui d'éduquer un enfant......sans doute parcequ'il nous est impossible de nous abriter derrière la volonté et le mental tous puissants, et qu'il nous faut remettre à chaque instant nos certitudes,nos attentes et nos "bonnes intentions", en question......exercice on ne peut plus décapant pour l'égo au cours duquel nous sommes sans cesse ramené à l'essentiel ,et où s'envolent bon nombre d'illusions et de projections,exigeante voie d'éveil au quotidien où en tentant d'éduquer "le fruit de nos entrailles",nous nous appercevons que celui-ci nous fait croître aussi intérieurement......en l'éduquant,ne nous fait-il pas également grandir en nous confrontant à ce qu'il y a de meilleur et de pire en nous,en nous renvoyant à nos forces autant qu'à nos faiblesses et nos propres blessures d'enfant?.......L'enfant, en nous plaçant en toute innocence dans le pur instant présent est comme un miroir de notre intériorité nous montrant ce qui en nous ,demande constamment à être augmenté ou au contraire,diminué.Il nécessite en nous un tel travail d'assouplissement intérieur et de lâcher-prise,de fermeté et de rigueur,d'ajustement permanent,et finalement,d'amour né de la confrontation et de l'acceptation de toutes nos oppositions intérieures,donc un tel travail de prise de conscience,que c'est réellement une éducation de La Vie par La Vie à travers les deux "protagonistes" de la relation.
"l'enfant est éduqué par ce que l'adulte est",c'est à dire,un être adulte en cours de réalisation intérieure éduquant un être différent ,l'enfant,également en devenir.
On comprend alors pourquoi et comment,l'enfant en tant que symbole,peut dans les rêves,être une des images représentant le Soi.

Écrit par : aurora | 13/05/2013

Coucou chère Ariaga,

Quelques problèmes de santé m'ont amené à m'éloigner du blog,cependant, je le consultais régulièrement .
Je reviens un peu aujourd'hui, je ne vais prendre qu'une petite place et et je pense que je vais continuer de faire silence pour le moment !!!!

Je t'embrasse Amie Ariaga

Écrit par : mariedumonde | 14/05/2013

Puisque que nous n’en sommes juqu’ici qu’à 42 commentaires, il doit rester un peu de place pour ajout un peu long... :-)
L’intérêt et "l’utilité" de se mettre à l’écoute de l’inconscient, à l’écoute du monde intérieur, ont été largement évoqués ci-dessus. On peut aussi s’intéresser au progrès et à l’évolution de la relation avec l’inconscient au cours d’une existence. Marie-Louise von Franz nous donne ici son point de vue à ce sujet et cela confirme bien que ce travail de connaissance de soi , poursuivi avec persévérance, conduit à s’ouvrir plus largement et plus librement à la Vie :

« De quelle façon l'inutilité de l'inconscient peut-elle donc être précieuse ?
Dans un premier temps, l'inconscient est difficile à pénétrer; il est difficile de parvenir à son cœur. Plus tard, vous êtes nourri par lui, puis vous profitez des illuminations spirituelles que l'inconscient offre, ce qui produit en vous une certaine résurrection spirituelle. Plus tard, vous parvenez au stade suivant qui est l'expérience de l'inutilité de l'inconscient. Cela signifie que vous devez maintenant renoncer à l'idée de vous servir de lui dans des buts égotiques. C'est le sacrifice qui consiste à ne plus chercher à tirer profit de la relation avec l'inconscient. Cela vient assez tard dans une analyse, parce que, naturellement, chaque analysé apprend d'abord à compter sur l'inconscient pour en retirer un bénéfice, comme de guérir de sa névrose, recevoir un avis sur un problème non résolu, et ainsi de suite. Mais, après un dialogue de longue durée avec l'inconscient, un jour vient où vous devez laisser tomber tout cela et arrêter de traiter l'inconscient comme une mère qui vous conseille ce que vous avez à faire. Si vous continuez à penser : « Je n'arrive pas à me décider, je vais demander à l'inconscient de le faire à ma place », celui-ci vous donne des conseils ambigus, et vous pensez : « L'inconscient m'a trahi, il m'a déçu. »
Jung disait toujours que plus longtemps quelqu'un avait été en analyse, pendant de nombreuses années, plus, s'il persévérait, les rêves devenaient difficiles et compliqués. Ainsi, beaucoup de collègues de longue date viennent chez moi de temps en temps et je suis ravie de les voir, mais je le redoute aussi parce qu'ils amènent des rêves terriblement compliqués (ils interprêtent évidemment les autres eux-mêmes). Ils se doutent de ce que ces rêves pourraient vouloir dire, mais ils sont si délicats à interpréter que, si je n'avais pas à ma disposition cette expression réconfortante : « Vous savez, quand vous avez été en analyse aussi longtemps, les rêves deviennent si complexes qu'on ne peut pas vraiment les analyser », cela deviendrait embarrassant. Je crois qu'une partie de la difficulté vient de ce que l'inconscient désire sevrer l'analysé de l'attitude dépendante qu'il a envers ses rêves quand il recherche leur avis comme l'enfant s'en remet aux décisions de sa mère ou de ses parents. Le rêve peut prendre alors un caractère d'énigme cryptique. Mais si vous parvenez à pénétrer le sens de ces rêves apparemment inutiles, vous découvrez qu'ils ne sont pas en relation avec un éclairage intérieur, mais avec le simple fait d'être; ils n'enseignent ni une connaissance intérieure ni à réaliser quelque chose, mais à exister : ils se contentent d'enseigner à vivre.
Le meilleur parallèle ou la meilleure illustration que j'en connaisse se trouve dans le bouddhisme zen, dans la série bien connue des dix illustrations de L'apprivoisement de la vache50. Après la grande illumination, la dernière image est celle du satori ; on y voit un vieil homme avec sa sébile qui parcourt le marché en mendiant et la légende dit : « II a oublié les dieux, il a oublié l'illumination, il a tout oublié, mais, où qu'il aille, les cerisiers fleurissent. » Cela signifie que, d'une certaine manière, il est redevenu complètement inconscient. Un maître zen dit un jour : « Après l'illumination, vous pouvez aussi bien entrer dans une auberge et vous enivrer, vagabonder et vivre une vie ordinaire, oublier tout de nouveau. » Mais, évidemment, cet oubli n'est pas une régression. Ce n'est pas simplement un retour à l'inconscience précédente. C'est un degré de plus. C'est un progrès dans l'inutilité taoïste, le « simplement exister ». Tout l'aspect intellectuel de l'analyse, le fait de rechercher sans cesse les lumières et les instructions de l'inconscient, disparaissent dans une grande mesure. Ce serait la cible la plus haute, si bien que je pense qu'il est juste qu'elle soit inutile, et, en même temps, d'une inutilité qui est un accomplissement supérieur à celui des stades précédents. »
Marie-Louise von Franz : « La princesse chatte », chapitre VII - Le retour — Éditions La Fontaine de Pierre

Écrit par : Amezeg | 14/05/2013

P.S. « .......la série bien connue des dix illustrations de L'apprivoisement de la vache50. »
Il ne s’agit pas d’une vache de type Holstein, écornée, bourrée d’antibiotiques comme une pharmacie de campagne, nourrie de poudre de viande douteuse et de maïs ou de soja "OGM" produits sur des sols morts transfusés aux engrais chimiques, hyper sélectionnée pour être une fontaine à lait répondant aux normes des besoins industriels, dont la boucle d’oreille en plastique porte le N° 50, et qui, guidée par un radio-récepteur miniaturisé, vient se placer seule dans la salle de traite où un robot sans état d’âme se saisit de son pis afin d’en extraire en un temps record tout le "bon lait" disponible... Ce 50 est un renvoi à une note en bas de page que je n’ai pas reproduite ici à la suite du texte...

Écrit par : Amezeg | 15/05/2013

@ ARIAGA À TOUS, merci pour les commentaires et pour votre fidélité. Je cogite ... et je médite sur les bienfaits de la paresse.

Écrit par : ariaga | 15/05/2013

"Les enfants sont éduqués par ce que l'adulte est, et non par ses bavardages."

Une histoire de buvard mais pas hors d'âge où l’expérience n'est pas comme l'encre qui sèche et trace des figures indélébiles, il y a du labile et de l'inconstant.

Qu'est ce qui se joue dans la transmission, la mission sacrée de transcender des différences d'époques et de mœurs pour marquer du sceau de l'intemporalité des valeurs et des principes ?

Educare pas comme ducere ; et pourtant conduire mais pas seulement en troupeau et en gardien des pâtures, où met on les pattes en dehors des chardons et va t on attraper le charbon ? pourtant il faut bien y aller pour transgresser quelque limite plus ou moins marquer dans son chemin d'exploration personnelle et recueillir non seulement sa ration de peur et de gloire, mais de vécu.
Instruire, former , élever et avec institution celui qui fonde des savoirs et des pratiques.

Les enfants ne sont pas que ça, les conseils et les démonstrations jouent un grand rôle mais ça ne dure pas, le clanisme adolescent n'est pas obsolescent, il imprime et exprime aussi, de la volonté, de l'intérêt, de la convivialité et de la reconnaissance. De la fusion dans le collectif dans l'approbation, l'assentiment.

Ca fait longtemps que je ne me leurre plus sur la portée immédiate de certains enseignements, leçons ou gimmick même si je continue de penser qu'une bonne éducation est la base de tout et un langage châtié.
Je préfère éduquons à eh du con !

Écrit par : Thierry | 15/05/2013

Bonjour chère Ariaga,
Tout juste de retour, je constate que le laboratoire est en pleine fusion spirituelle, ainsi : l'Enfant est initié par ce que l'Ancien Est (Parole vivante) et non par les mots... ^^ Bises, douce âmie

Écrit par : Phène | 16/05/2013