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16/04/2008

Le dernier rêve de C.G.JUNG

 

 
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C.G.JUNG, (1875-1961), jusqu'au dernier mois de sa vie, même si son corps était diminué, a "persévéré dans son être" psychique et spirituel avec une grande force. Il a revu les chapitres qu'il avait rédigé pour L'homme et ses symboles et  écrit des lettres. Il semble cependant, si on en croit ceux qui étaient présents, qu'il attendait avec une grande sérénité et une pointe d'impatience les "noces bienheureuses" qu'il avait entrevues pendant la période où il fut entre la vie et la mort en 1944. M.L. von FRANZ  raconte, dans son ouvrage sur Jung, que, dans une sorte de rêve éveillé, il dit à Miguel SERRANO qui lui rendait visite :

"Il y avait une fois une fleur, une pierre, un cristal, une reine, un roi, un château, un amant et sa bien-aimée, quelque part, il y a longtemps, longtemps, dans une île au milieu de la mer, il y a cinq mille ans...Tel est l'amour, la fleur mystique de l'âme. C'est le centre, le Soi. Personne ne comprend ce que je veux dire. Seul un poète pourrait le pressentir..."

Il resta actif dans sa bibliothèque jusqu'au 30 Mai 1961, puis il dut s'aliter mais il resta conscient jusqu'à la fin. Quelques nuits avant sa mort il reçut le dernier songe dont il eut la force de faire part à autrui. Ruth Bailey qui était à ses côtés le rapporta ainsi :

" 1) Il voyait un énorme bloc de pierre rond placé sur un socle élevé et au pied de la pierre étaient gravés ces mots : "Et ceci sera pour toi un signe de totalité et d'unité."

2) Beaucoup de récipients, de vases en terre cuite, sur le côté droit d'une place carrée. 

3) Un carré d'arbres, des racines toutes fibreuses sortant de terre et l'entourant. Il y avait des fils d'or scintillant parmi les racines." 

 Il est difficile de faire des commentaires sur un tel rêve et seul Jung lui-même aurait  pu en donner une interprétation valable. Je donnerai quand même quelques pistes inspirées par Barbara Hannah et Marie-Louise Von Franz, des femmes très proches de Jung (Jung ne travaillait pratiquement qu'avec des femmes).

On peut dire que le cheminement de tout une vie vers l'unité et la totalité reçoivent leur récompense par la vision de la pierre. Les vases évoquent, si on pense à l'Egypte ancienne, le corps démembré d'Osiris dont certaines partie étaient conservées dans des vases en attendant que le corps entier soit reconstitué. Ils rappellent aussi, chez les Grecs, les jarres dans lesquelles ils conservaient les grains de blé en attendant de les mettre en terre là où ils donneraient un nouveau blé. Les racines font penser à la comparaison que faisait Jung entre la vie et le rhizome d'une plante.  Je ne peux m'empêcher de vous donner à nouveau cette citation extraite de Ma Vie :

" La vie m'a toujours semblé être comme une plante qui puise sa vitalité dans son rhizome ; ce qui devient visible au dessus du sol ne se maintient qu'un seul été, puis se fane... Apparition éphémère. Quand on pense au devenir et au disparaître infinis de la vie et des civilisations, on retire une impression de vanité des vanités ; mais personnellement je n'ai jamais perdu le sentiment de la pérennité de la vie sous l'éternel changement. Ce que nous voyons, c'est la floraison  - et elle disparaît - mais le rhizome persiste."

 Jung s'apprêtait à vivre sa vie invisible. Restent les fils d'or scintillant entre les racines. Pour moi c'est une évocation du sentiment ressenti par Jung d'appartenance à la longue chaîne d'or des alchimistes. Ils peuvent aussi faire penser à cette phrase citée par Marie Louise von Franz, citant un ouvrage sur le Tao :

"Par la volonté suprême le Tao est atteint...mais en maintenant en paix l'essence, ta longévité fleurira, avec l'essence de la pierre et l'éclat d'or...

Jung mourut dans l'après midi du mardi 6 Juin. Quand ce sera le moment de transiter vers ailleurs, ce moment où meurt la fleur de la vie, je souhaite à tous ceux qui ont tenté de faire de leur vie une oeuvre d'alchimie spirituelle de recevoir, comme  récompense et viatique, un aussi beau rêve que celui de Jung.

            Ariaga.   

  COUP DE COEUR

Le départ de Jung vers l'ultime monade m'a fait penser à un blog sur les images et le texte duquel je vais souvent rêver. Il s'agit de L'Astroport le chant du pain (lien). Aujourd'hui je suis allée élargir mon univers en écoutant le chant d'Iota Horologii, une étoile jaune orangée, à des années lumière dans la constellation de l'Horloge. Mon coeur a battu, comme en écoutant du J.S.Bach, à l'évocation des variations rythmiques écoutées pendant de longues nuits par les astronomes. Si vous fréquentez l'astroport, vous aurez presque quotidiennement des nouvelles du cosmos.

 

 

Commentaires

Troublant.

Écrit par : aliscan | 16/04/2008

Je lis avec le respect qui se doit aux derniers moments importants d'une vie humaine cette note Ariaga. Puisse le chant des étoiles inspirer encore longtemps ton chemin de vie. Je te remercie pour ton coup de cœur :) Bises

Écrit par : lechantdupain | 17/04/2008

J’ai cru mourir l’autre nuit. Une poigne de fer s’est emparée de ma poitrine ; je pouvais difficilement respirer. « Mes dernières pensées mourront avec moi, » songeais-je, mais je m’accrochais pourtant au lit.

On passe sa vie à trouver des réponses personnelles à des questions universelles. Les personnes qui n’ont pas le temps ou celles qui préfèrent les réponses « toutes faites » font elles aussi ce parcours – parfois ça va très vite – et même le moins philosophe des êtres humains a son idée, une raison de vivre.

J’ai cherché, j’ai trouvé une solution au problème de l’existence de l’univers (et puis j’ai découvert que ma réponse ressemblait à celle de plusieurs philosophes qui m’ont précédé). Puis j’ai voulu comprendre la nature du temps, comment il s’étale, comment il diffère fondamentalement de l’éternité... Je suis parti de cette drôle d’idée que l’éternité, c’est le temps qui se poursuit jusqu’à l’infini… Et puis je suis arrivé naturellement à cette constatation que c’est l’instant qui est éternel et indestructible… L’éternité, c’est maintenant – voilà qui m’aide beaucoup à vivre.

Je me suis ensuite tourné vers le problème du Soi. J’en ai fait une jolie fleur… une sorte de vase, rien de plus, rien de moins. Un vase menacé par la « poigne de fer » -- mais si cette main me laisse un peu de tranquillité, je pourrai continuer de fouiller plusieurs petites questions qui me préoccupent.

La photo du rocher pensant est superbe.

Écrit par : r_i_d | 17/04/2008

A ta retraite ( on dira obscurité) , fait suite une grande lumière sous la forme de ce billet que tu nous transmets, que je lis et qui est très puissant.
MERCI

Écrit par : cpatricia | 17/04/2008

Ses fils d'or continuent de nous enchanter, et nous aident à grandir.

Je crois d'ailleurs qu'ils continueront d'enchanter les générations suivantes, si du moins notre jolie société leur laisse une place.

Pour mon viatique je ne me tracasse pas, j'ai déjà reçu tellement de cadeaux. Tout ce que je demande c'est de pouvoir éviter les acharnés de la réanimation.

Elle me touche beaucoup cette expression de "noces bienheureuses" et aussi ta pierre lumineuse qui semble émerger de l'ombre.

Je t'embrasse

Écrit par : L'Arpenteuse | 17/04/2008

bises

Écrit par : djaipi | 17/04/2008

« l’essence de la pierre et l’éclat d’or… »…
sublime image évoquant, pour moi, le « Fiat Lux », le primordial « faire » de la Lumière… sa première manifestation… la Matière…

Et nous partons aisément en voyage sur le navire de « L’Astroport le chant du pain »…
MERCI.

Écrit par : Mutti | 17/04/2008

Eh bien vois tu Méphisto n'a pas apprécié le dernier poème et s'est vengé en me privant d'internet et de m'obliger à formater mon DD; mais il n'a fait que retarder mon passage. Quel rêve ferai-je à la veille du grand départ? et m'en rappelerai-je?

Écrit par : muse | 17/04/2008

@r-i-d, cela fait un moment que je réfléchis à ton commentaire. Je crois que quand tu dis que l'on passe à vie à se poser des questions "universelles" et à leur chercher des réponses, tu es très optimiste en ce qui concerne les humains. J'en connais qui ne se posent jamais d'autres questions que le fric, la bouffe, les vacances et j'en passe...Lâcher la branche et vivre dans l'instant c'est bien mais il y a parfois cette main de fer...Ta jolie fleur du Soi je la cherche....

Écrit par : ariaga | 20/04/2008

@ L'arpenteuse, je pense que tu as déjà fait un bon bout de chemin vers la sagesse. le plus dur dans les voyages c'est de réussir la fin, de ne pas se lasser.

Écrit par : ariaga | 20/04/2008

//J'en connais qui ne se posent jamais d'autres questions que le fric, la bouffe, les vacances et j'en passe...//

Tant mieux pour eux ! C'est le signe qu'ils ont répondu consciemment ou non aux autres questions, les métaphysiques et les autres. Moi aussi, dès que j'aurai réalisé ma quête, je ne penserai plus qu'à l'argent... ah! ah! ah!

Écrit par : r_i_d | 20/04/2008

Je lisais récemment que de plus en plus de gens mettaient fin à leurs jours avant de devenir dépendants et avant que les toubibs ne pensent à s'acharner sur leur pauvre et vieille carcasse.

Je crois que notre société génère des comportements fous parce qu'elle est elle-même folle, ce qui est un paradoxe. Elle devient une étrangeté pour elle-même et cherche désespérément à se protéger de ses propres et sinistres excentricités.

Partir en paix devient un luxe et ceux qui passent à l'acte souscrivent une sorte d'assurance. Mourir en bonne santé, ne pas devenir un boulet ou encore pire un exutoire vient à l'esprit de beaucoup de ceux qui passent sur le versant automnal de l'existence et réfléchissent au comment faire avec cet inévitable.

L'homme seul se prépare à mourir et doit choisir entre mourir "prématurément", avoir d'avoir atteint le terme, si possible et tant qu'il est possible, ou attendre la fin en prenant le risque que tout lui échappe à lui mais encore à ses proches, "débarrassés" du palliatif par des services dits de soins palliatifs (et c'est encore le moins pire) ou par des maisons de retraites médicalisées (EPADH) ou encore, l'horreur, dans un service médical dans lequel des acharnés tentent de guérir l'homme de la mort.

S'il est un argument qui justifierait la religion, la foi en un après la vie, ce serait que la foi permet de quitter la vie terrestre avec sérénité si l'on y croit mais surtout que l'attitude religieuse permet de se préparer à une issue qui n'est pas la "fin". Il y aurait beaucoup à écrire encore là dessus, sur cette fin que serait la mort de l'être et là dessus Jung a beaucoup écrit me semble-t-il.

Écrit par : jean | 20/04/2008

@ Lechantdupain J'aime ce mot respect, un peu démodé, dans ton commentaire. J'ai tendance à penser que la seconde partie de notre vie doit être une préparation, qui peut se faire dans la joie, à notre mort. On célèbre bien la naissance comme un évènement heureux et pourtant le nouveau né est aussi fragile et désemparé que le mourant.

Écrit par : ariaga | 20/04/2008

@ r-i-d, ton commentaire, malgré l'humeur maussade que me donne le mauvais temps persistant a réussi à me faire sourire. Tu as bien raison mais réussiras tu ?

Écrit par : ariaga | 21/04/2008

@ cpatricia, je souhaiterais que cette grande lumière m'inonde et fasse chaud à mon esprit mais pour l'instant c'est l"ombre qui domine. j'y suis habituée et ton commentaire me réchauffe.

Écrit par : ariaga | 21/04/2008

@ Jean, que l'on soit d'accord ou pas, comme toujours tes commentaires sont très intéressants. Tu as parfaitement énoncé les différentes possibilités d'approche matérielle de la mort. Je ne dirai pas "choix" car pour beaucoup, hélas, il n'y a pas de choix et c'est un scandale, un manque de respect envers la Vie sous tous ses aspects, dont la mort fait partie. Merci Jean.

Écrit par : ariaga | 21/04/2008

c'est la pierre d'excalibur ?

Écrit par : lam | 23/04/2008

@ Aliscan, "troublant", c'est un peu court jeune homme !

@ Lam, c'est LA pierre, je te fais confiance grâce à ta vaste imagination pour en faire celle dont tu rêves.

Écrit par : ariaga | 23/04/2008

@ Djaipi, merci de la visite.

@ Mutti, que la lumière soit aussi pour toi pour accompagner ton voyage dans les étoiles.

Écrit par : ariaga | 23/04/2008

@ Muse, Méphisto a eu tort (je croise les doigts derrière mon dos comme le faisaient les vieilles bretonnes pour conjurer le mauvais sort) car j'ai particulièrement apprécié le fond et la forme de ton dernier poème. Tu n'es pas la seule à laquelle il arrive des blagues. J'ai été privée de mail pendant deux jours. A force de faire des danses devant mon ordi il est revenu...

Écrit par : ariaga | 23/04/2008

bonjour,
Je me sens un peu béte, je ne saurai dire pourquoi je suis touché par cette lecture et remarques du dernier rêve, rêve ultime, achevé, passage et partage, je ne sais pas, mais je reparts rassuré, égaré, plein de cet inconnu croisé, sans doute est-ce le ton bienveillant qui demeure ...

Merci, Ariaga, pour ce que vous aimez partager ...

Écrit par : patrick | 24/04/2008

Superbe récit.
J'aime Jung et cela m'émeut tout en me remplissant de joie.

Merci encore

Écrit par : Christophe | 14/05/2008

c'est courant de pensé à son future lieu de sépulture.

Écrit par : consultation psychologue en ligne | 21/06/2009