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02/11/2008

Visite des morts chez C.G.Jung

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(Inspiré par le chapitre Confrontation avec l'inconscient de Ma vie de C.G.Jung)

C'était l'époque ou Jung se consacrait à ses imaginations. Ses ennemis disaient et disent encore qu'il était devenu fou. Pourtant c'est consciemment qu'il avait accepté une confrontation avec les abysses d'un Inconscient qui représentait un danger mortel pour son psychisme. Ayant rompu avec Freud depuis quelques années, il était seul, sans aucune protection contre la psychose si ce n'est sa famille et sa vie "réelle" à laquelle il s'accrochait solidement. Et pourtant...

Un jour de 1916, que, pour la beauté du récit, j'imagine être le jour des morts, même si je crois me souvenir qu'il s'agissait de l'été, Jung a ressenti, encore plus que d'habitude,  une pulsion de l'intérieur qui est devenue tellement forte qu'elle a agi sur son entourage extérieur.

Il commence par se sentir fébrile. L'atmosphère devient lourde et comme remplie d'êtres fantomatiques. Des phénomènes curieux se multiplient, en particulier autour des enfants. Formes blanches qui traversent les chambres, couvertures arrachées par des mains invisibles, cauchemars.  Le lendemain, un Samedi, le fils dessine les images d'étranges rêves, par exemple un pêcheur sur la tête duquel il y a une cheminée d'où sortent des flammes. Une nuit passe encore et le Dimanche matin, alors que l'atmosphère est à couper au couteau, la sonnette de la porte d'entrée se met soudain à sonner à toute volée. Tous courent à la porte. Le battant de la cloche remue mais il n'y a personne ! On se croirait dans un conte breton. Jung est tendu à l'extrême, il faut que quelque chose se passe sinon il va craquer. Et puis la maison semble être remplie d'une foule d'esprits. Il y en a partout et Jung s'écrie : "Au nom du ciel qu'est-ce que cela ?".  Alors il y a comme un réponse en choeur : "Nous nous en revenons de Jérusalem, où nous n'avons pas trouvé ce que nous cherchions". Ce seront les premières lignes des Sept Sermons aux Morts.

Jung se met immédiatement à écrire et les mots lui sont comme dictés. Il écrit, en trois soirées, un texte d'une quinzaine de pages poétique, lyrique, métaphysique, visionnaire, d'une grande beauté qui contient en germe tout ce qu'il avait à communiquer au monde sur l'inconscient. Ce texte je l'ai lu des dizaines de fois, c'est celui que j'emporterais sur une île déserte car il peut occuper pendant des années. Je vous parlerais volontiers des Sept Sermons aux Morts mais je crains d'être écrasée par l'ampleur de la tâche. Christine Maillard a suivi cet itinéraire du plérome à l'Etoile  dans un ouvrage qui s'intitule Les Sept Sermons aux Morts de Carl Gustav Jung aux Presses universitaires de Nancy.

Ariaga

 

 

 

Commentaires

Je ne connais pas...
mais ça doit etre bien, car tu en parles si bien...
bonne fin d'après midi Ariaga, amitiés...

Écrit par : le Pierrot | 02/11/2008

De retour, je passe te faire un petit bonjour. Et je vais bien finir par lire ce Jung, à force de te lire.

Écrit par : la Mère Castor | 02/11/2008

J'ai "Ma vie" à portée de la main, et c'est bien une "claire journée d'été", un dimanche, que les forces de l'inconscient viennent sonner à la porte de Carl Gustav...
En anglais, "to ring a bell" : rappeler quelque chose...
Du coup, j'ai relu tout le chapitre, formidable, comme tous les autres.

Écrit par : rémi | 03/11/2008

Cet état de disponibilité qui ouvre aux contacts avec des êtres d' au-delà, c' est vrai qu' il faut être bien ancré en soi pour accepter la rencontre ...
Cet écrit dont tu parles me tente Ariaga, comme une invitation qui tombe à pic ...
Je vais me le procurer ...
Je t' embrasse et me dis que ce n' est pas pour rien que tu parles de ce texte en cet instant de ta biographie ;-))
Avec toi, lui eux ...
Mich

Écrit par : Kaïkan | 03/11/2008

Me voici intrigué, notant à toutes volées, les références annonciatrices d'un désordre, ma curiosité est piquée à vif, mieux vaut être vivant pour lire, nous en serons plus si mon courage ne détalle pas à toutes jambes au fond du jardin, où dorment sous terre je ne sais quel chien, ceux de mes souvenirs d'enfant...
Mais revenons à ce jour où la lumiére se fait belle, l'air y est respirable et léger, alors je vous souhaite de la tendresse, et des sourires...
Amitié chaleureuse.

ps : @ sur le dernier article, un merci très tendre pour votre réponse, qui me fait fondre, c'est bon tout simplement.

Écrit par : patrick | 03/11/2008

Coucou de la fn d'après midi Ariaga...
je te souhaite une bonne soirée, demain il fera beau, tu verras...bises.

Écrit par : le Pierrot | 03/11/2008

...et même pas un petit passage pour nous inciter davantage. Est ce aussi de l'écriture intuitive?

Écrit par : muse | 03/11/2008

Jung en anima animus en inconscient collectif, j'ai tous ses livres en rupture avec Freud sur la notion de libido ...

Une régal de trouver cela ici ! J'aime aussi Bachelard un adepte en poésie .

Bonne journée

Écrit par : Bruno | 04/11/2008

---> Très chère,

Au nom du silence, qu'est-ce que les mots ? Une manière simple de dire en heurtant sa plume qu'il est possible d'écrire sans devoir le penser, il suffit pour cela de se libérer de toute pensée qui viendrait tirer profit de la splendeur de l'éloquence...

Je ne connais pas le texte de Jung...

Bien tendrement, Jack qui t'embrasse.

Écrit par : Jack Maudelaire | 04/11/2008

@ Le Pierrot, si j'en parle bien c'est parce que, par delà la tombe, je suis un peu amoureuse de Carl Gustav...

Écrit par : ariaga | 04/11/2008

@ La Mère Castor, tu ne serais pas la première qui en lisant mes modestes billets se déciderait à lire Ma vie de Jung. Cela justifie mon "travail" sur ce blog.

Écrit par : ariaga | 04/11/2008

@ rémi, Je le savais tu sais que c'était une claire journée d'été, mais je suis joueuse...Ce chapitre est, en effet formidable, la clef de l'oeuvre, je pense, avec les rêves.

Écrit par : ariaga | 04/11/2008

Bise à toi, bonne soirée...

Écrit par : le Pierrot | 04/11/2008

Je suis en train de le relire et j'y puise toujours de nouveaux combustibles pour mon athanor portatif.
Pour inciter les hésitants, c'est un livre qui raconte plaisamment une vraie prise de tête, au sens de la conquête, sans prendre la tête, sauf de ceux qui en ont décidés ainsi.
J'ai adoré le dévoilement progressif de son fantasme initial, celui de la cathédrale trône divin.

Écrit par : jean | 04/11/2008

je pense, avec les rêves... quelle belle phrase ! Merci pour vos mots . A bientôt Bonne soirée

Écrit par : Bruno | 04/11/2008

bonne visite !

Écrit par : Sylvie | 04/11/2008

Nous dansions à peu près à la meme heure, YES !
bonne journée Ariaga...

Écrit par : le Pierrot | 05/11/2008

@ Patrick, les références sont juste là pour quelques alpinistes des très hauts sommets. je crois que le plus simple est de lire les sept sermons tout simplement sans chercher à tout comprendre. Merci pour ta gentillesse.

Écrit par : ariaga | 05/11/2008

@ kaïkan, la guerrière toujours prête à partir en quête sur les chemins les plus périlleux. Je crois que Jung t'aurait aimée...

Écrit par : ariaga | 05/11/2008

@ Bruno, et moi j'aime tes photos avec ta belle manière de sculpter la lumière Et puis Bruxelles, une de mes ville préférée où j'ai habité quatre ans. Et tes mots aussi.

Écrit par : ariaga | 05/11/2008

Si tout se tient dans un livre je comprends que tu ne puisses pas en parler en détail sur ton blog. Vais-je le lire ? Je suis tentée. Bon après midi.

Écrit par : elisabeth | 05/11/2008

@ Elisabeth, les sept sermons ne font qu'une quinzaine de (grandes ) pages. le reste est le commentaire, je pense qu'à l'origine c'est une thèse de philosophie.

Écrit par : ariaga | 05/11/2008

@ Jack Maudelaire, le texte de Jung est peu connu et comme il s'est laissé aller a la poésie, un peu dans le style de Zarathoustra de Nietzsche il l'a gardé un peu secret de peur de ne plus être pris au sérieux. C'est pourtant un texte remarquable.

Écrit par : ariaga | 05/11/2008

@ Jean, Je ne compte plus les fois où j'ai lu Ma vie. Et chaque fois j'y découvre du nouveau. Le texte reste le même, c'est moi qui évolue. C'est bien d'avoir un athanor portatif, le mien a tendance parfois a être pesant...

Écrit par : ariaga | 05/11/2008

Bonsoir Ariaga, j'aime les cimetières et j'aime les hommages aux morts où que l'on se trouve dans le monde. Le pire, c'est ce que l'on appelle en Asie les âmes sans domicile. En lisant ton article, je me pose la question suivante : est-ce que l'inconscient chez Freud est synomyme de mort ou plutôt dans l'inconscient, il y a l'énigme de la mort? Les morts sont dans notre inconscient ? Remarque si l'on lit les Atrides et l'interprétation qu'en a fait Freud, c'est un peu ça, non N Merci de ton article. Je t'embrasse. Chris-Tian.

Écrit par : Chris-Tian Vidal | 05/11/2008

Coucou,belle Ariaga... me voici de retour et salue ton idée de transférer ce sujet en date de la Fête des Morts que je viens de vivre, merveilleusement éblouie en Guadeloupe...là où des milliers de bougies animent comme autant de lucioles vibrantes la mémoire des vivants pour les disparus, que l'on accompagnent en les fleurissant abondamment, que l'on fête joyeusement en partageant repas, rhum... et souvenirs ... sans avoir oublier au long des jours précédents de soigneusement nettoyer les petites maisons qui abritent l'esprit des disparus... Ce jour là, la Lumière illumine les Ténèbres de l'Inconscient, individuel et collectif... et dans l'esprit, des soi-disant "morts" comme des vivants, règnent la Joie et l'Unité... Sublissime instant...

Je t'embrasse

Écrit par : Mutti | 06/11/2008

@Chris Tian, je ne crois pas que chez Jung l'inconscient soit synonyme de mort. Je crois plutôt qu'il contient une infinité de possible qui, pour lui, avec le conscient, représentent la Totalité.

Écrit par : ariaga | 07/11/2008

@ Mutti, je suis bien contente que tu aies pu passer les fêtes des morts dans un endroit où la mort n'est pas synonyme de tristesse, de peur de punition et j'en passe. Et aussi très heureuse de ton retour, tu me manquais.

Écrit par : ariaga | 07/11/2008

Devant un pinceau, une plume, une ligne, un éclair à noter, cela arrive. le pire est si l'on est si épuisé que le courage manque pour noter...demain..demain est trop tard, tout c'est envolé, et il ne reste qu'une immense caverne de désespoir.

èphême

Écrit par : èphême | 07/11/2008

@ Tu m'as l'air d'avoir le blues, gentil èphême. Moi aussi cela m'arrrive, cette impression que tout s'enfuit. Je t'embrasse.

Écrit par : ariaga | 08/11/2008

J'ai travaillé à mes "débuts" avec une "Junguienne" ce fut riche pour moi...
Maintenant je reste fidèle au père de la psychanalyse
Biz

Écrit par : Lmvie | 10/11/2008

Un des textes les plus forts de Jung.
L'experience de la rédaction du texte en fait quelque chose qui se rapproche d'une parole d'oracle. µUne incantation gnostique
Quant aux sens, ils sont multiples et tous ont une "voix" particulière.
C'est un texte dont on ne ressort pas indemne, il est alchimique.

Écrit par : hermeline | 11/11/2008

@ Hermeline, en effet les sens sont multiples et se dévoilent à chaque nouvelle lecture. Le côté gnostique est le plus évident mais les significations qui sont "données" par l'inconscient quand on se laisse aller à une lecture où n'intervient pas la culture sont ceux dont, comme tu le dis, on ne sort pas indemne. Merci pour ce commentaire qui me parle beaucoup.

Écrit par : ariaga | 11/11/2008