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21/04/2007

Retourner chez soi

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Hors d'un puits couvert de cailloux

laisser sourdre tout doucement

l'âme divine qui dort en nous

et dans le sable bleu des rêves

retourner par la voie humide

vers la source des origines 

       Ariaga
 

20/04/2007

L'axe du monde dans le rêve d'enfant de C.G.JUNG

......Suite de la note précédente, elle même suite de la note précédente, c'est la fin !

   En dehors du thème de la  toute puissante Nature je vois dans ce rêve d'enfant la présence d'éléments structurels et symboliques qui accompagnèrent Jung tout au long de sa vie. Par exemple cette descente vers les profondeurs de la terre anticipant la future descente de Jung, ce moment où, dans un état que certains ont qualifié de névrotique, et après de longues hésitations, il se "laisse tomber"dans la profondeur obscure de l'inconscient. Je vous raconterai un jour ce qu'il y trouve et les rencontres qu'il y fait...On observe semblable hésitation chez l'enfant à entamer l'exploration, la même intense curiosité, et le même désir de savoir qui surmonte toutes les paniques. Le germe de la "psychologie des profondeurs" était enfoui dans le sol de ce rêve d'enfance. 

   Sur le plan de l'édification d'une structure, la quaternité terrestre, représentée par l'espace carré, "maçonné dans la terre", l'organisation autour d'un centre, où trône le royal phallus, sont une préfiguration des manifestations archétypiques que l'on rencontre dans les mandalas. Or, on sait que Jung à longtemps cherché "son" mandala à travers ses recherches sur le passage du ternaire au quaternaire et l'évolution du processus de centrage. Il en a dessiné pendant des années, dont certains fort beaux sur le plan artistique. Plus symboliquement, la forme carrée est aussi significative du fait que les préoccupations de Jung devaient se situer au niveau d'une totalité humaine vue comme une réalisation "ici et maintenant". Ceci se concrétisera après sa maladie de 1944, dont la conséquence sera "un oui inconditionnel à tout ce qui "est".

   Le trône royal en or de ce rêve initial est en relation directe avec celui sur lequel est assis Dieu pendant le second rêve d'enfance (rêve fort choquant pour les gens pieux que je vous raconterai bientôt), ce qui accrédite l'idée que c'est une divinité ichtyphallique qui réside sur ce trône. Il ne faut pas oublier que l'enfant, incapable de déterminer l'objet gigantesque qui atteignait presque le plafond, l'avait tout d'abord pris pour un grand tronc d'arbre. Or, l'arbre phallique est directement relié au symbole immémorial de l'"axis mundi" ou axe du monde. Dans l'antiquité, on trouve des représentations de l'axe de l'univers, comme arbre de vie phallique aux racines plongeant dans le monde souterrain et dont le feuillage montait jusqu'aux cieux. On trouve aussi ces représentations dans l'iconographie alchimique. Comme le montre Mircea Eliade dans son ouvrage, Le chamanisme, on observe, de même, cette notion d'axe du monde au centre de la vie du chamane. L'arbre est une communication entre le ciel et la terre, un lieu entre le monde d'en bas et le monde d'en haut. Le chamane escalade l'arbre en une ascension qui le mène, symboliquement, aussi haut dans les ciels successifs que le lui permet sa puissance. L'universalité avec laquelle on retrouve ce schéma à la fois archétypique et symbolique indique qu'il fait partie d'un patrimoine commun de l'humanité et le fait qu'il soit présent au coeur de ce rêve enfantin, montre bien le côté "fondateur" de ce songe. Jung, par ses écrits de la maturité, tentera, comme le chamane, de réunir le monde de la matière et de la psyché.

   Je pourrais encore relever, parmi les éléments de ce récit onirique, plusieurs symboles en relation avec le contexte des préoccupations futures de Jung. Des Junguiens fréquentent ce laboratoire et il faut bien que je les laisse travailler un peu. Et puis, je me suis surtout attachée à rechercher parmi les deux rêves d'enfance de Jung, les racines de sa pensée paradoxale vis-à-vis de la divinité. Vous verrez qu'elles se situent surtout au sein de la terrible vision de la cathédrale de Bâle telle qu'il la raconte dans Ma vie. Le feuilleton n'est pas terminé. A bientôt.

       Ariaga
 

18/04/2007

Rêve d'enfance de C. G. JUNG : la terreur devant l'énorme

.....suite de la note précédente.

Comme je l'ai dit, Jung lui même a interprété son rêve d'une manière détaillée dans Ma vie. Ce que j'ai envie de partager avec vous est l'observation de l'émergence, dès ce rêve, des symboles qui eurent une influence sur sa vie et sa pensée. Si, comme il l'écrivit, la vie est une "plante qui puise sa vitalité dans son rhizome", les racines sont profondes et les jeunes pousses vigoureuses. Les rêves précoces étant issus des "profondeurs de la personnalité", proposent, toujours selon Jung, une sorte de schéma du destin "psychique" de l'enfant.

    Les premières impressions que Jung a gardé de ce rêve ne sont pas restées au niveau des émotions enfantines. Ce niveau mériterait, d'ailleurs, une étude freudienne qui enrichirait certainement l'interprétation mais la réflexion de Jung se situe sur un autre plan et je laisse à des freudiens compétents la liberté de commentaires sur un rêve qui doit être pour eux un "rêve d'école". Les pensées sur ce rêve qui l'obsédait ont été, pense t-il , à l'origine d'une focalisation sur des thèmes essentiels à ses yeux. Les années suivantes, jusqu'à son entrée au collège, furent pour lui une sorte de "mise en terre" initiatique aux mystères de la terre. Dans cette obscurité, la lumière mit longtemps à percer mais des archétypes tels que l'étranger, le sexe, la mère terrible, furent activés.

Tout commence avec la rencontre de ce que Rudolf OTTO appelle le "le mystère qui fait frissonner la créature", le "numineux" ou encore l'"effroi mystique"ou enfin  l'"énorme ", ce dernier terme me semblant le mieux s'appliquer à ce que ressentit l'enfant Jung. Avec cette représentation phallique (dont il ignore consciemment qu'elle est phallique) l'enfant vient de rencontrer un dieu chtonien, souterrain, ancien, un dieu de la Nature, très éloigné des préoccupations métaphysiques affichées par son père et ses oncles pasteurs. Je crois que l'on peut trouver dans ce rêve une première explication, inconsciente, de l'ambigüité future de son attitude envers Dieu.

Dans le contexte culturel de l'enfant, sur le trône d'or du rêve, il y aurait du y avoir le "bon Dieu, ou le Seigneur Jésus Christ, sans cesse loué comme un Dieu d'amour et de bonté. A la suite de ce songe, chaque fois qu'il entendait ces laudatives paroles prononcées avec emphase il avait des doutes. D'abord, il avait déjà une tendance à associer le Seigneur Jésus à ceux que son père enterrait dans un trou noir et dont on disait que "le Seigneur les avait rappelé à eux". Et puis lui revenait à la mémoire l'Autre de son rêve, celui que sa mère avait appelé l'ogre, prêt à descendre  de son trône pour le dévorer. Ce dieu souterrain lui semblait être la contrepartie, l'opposé nécessaire, du Bon Seigneur Jésus. Le problème des multiples visages de Dieu, problème rattaché à la question de la totalité divine, ne sera abordée par Jung, après bien des réticences, que dans Réponse à Job, soixante dix ans plus tard. 

L'idée d'une présence étrangère au conscient, issue des mystérieuses profondeurs  de l'inconscient est, elle aussi, latente dans la question "Qui donc parlait en moi ? qui s'insinue très tôt dans les pensées de l'enfant. Qui pendant le rêve, empruntait la voix de sa mère absente ? D'où venait cette impression de dédoublement, de dialogue intérieur avec une autre personne ? 

Avec les éléments que donne Jung dans ses écrits sur sa relation privilégiée avec la Nature, je crois pouvoir dire sans hésitation qu'il avait, tout enfant, entendu la Grande voix de la Mère de la Nature, celle là même que suivaient et respectaient les alchimistes. La voix lui parle de la terrible lutte entre les pôles opposés masculin et féminin, lutte dont le formidable déploiement énergétique est à la racine de la vie au moment ou se produit la "coopération amoureuse". (à suivre). 

17/04/2007

Le premier rêve d'enfant de C. G. JUNG

Je vais pendant quelques jours vous proposer un "feuilleton" sur les deux "grand rêves" d'enfant de C. G. JUNG. Les junguiens "cultivés qui, naturellement, ont lu Ma vie le trouveront un peu simpliste et penseront que Jung lui même a déjà donné des interprétations mais je cours le risque...de vous intéresser. Et puis, chers amis inconnus, ou un peu connus à travers leurs blogs, vous pensez bien que j'ai quelques idées sur l'interprétation de ces rêves.

 

           Le premier rêve marquant de Jung est survenu alors qu'il avait environ quatre ans. Ce rêve, selon lui, devait le préoccuper "toute sa vie durant". Il est difficile de dissocier ce que ressentit, à l'époque, l'enfant Jung et la symbolique associée pendant des années d'introspection jusqu'aux commentaires de Ma vie. Ce qui compte c'est l'expérience fondatrice véhiculée par ce rêve qui, comme le dit MARIE-LOUISE von FRANZ, "laisse apparaître en son centre un élément mystérieux qui était destiné à devenir l'arrière plan, lourd du destin de sa vie et de son oeuvre." Au cours du séminaire sur les rêves d'enfants que Jung donna entre 1936 et 1940, il fait d'ailleurs remarquer que le premier rêve dont on se souvient contient, souvent, d'une manière symbolique, l'essence d'une vie. Ce rêve, qui fascinait encore Jung à plus de quatre-vingt ans, et que je reproduis dans son intégralité, était le suivant :

"Le presbytère est situé isolé près du château de Laufen et derrière la ferme du sacristain s'étend une grande prairie. Dans mon rêve, j'étais dans cette prairie. J'y découvris tout à coup un trou sombre, carré, maçonné dans la terre. Je ne l'avais jamais vu auparavant. Curieux, je m'en approchai et regardai au fond. Je vis un escalier de pierre qui s'enfonçait ; hésitant et craintif, je descendis. En bas, une porte en plein cintre était fermée d'un rideau vert. Le rideau était grand et lourd, fait d'un tissu ouvragé ou de brocard ; je remarquai qu'il avait une très riche apparence. Curieux de savoir ce qui pouvait être caché derrière, je l'écartai et vis un espace carré d'environ dix mètres de longueur que baignait une lumière crépusculaire. le plafond voûté était en pierre et le sol recouvert de dalles. Au milieu, de l'entrée jusqu'à une estrade basse, s'étendait un tapis rouge. Le siège, véritable trône royal était splendide, comme dans les contes ! Dessus, un objet se dressait, forme gigantesque qui atteignait presque le plafond. D'abord, je pensai à un grand tronc d'arbre. Haut de quatre à cinq mètres, son diamètre était de cinquante à soixante centimètres. Cet objet était étrangement constitué : fait de peau et de chair vivante, il portait à sa partie supérieure une sorte de tête de forme conique, sans visage, sans chevelure. Sur le sommet, un oeil unique, immobile, regardait vers le haut.

La pièce était relativement claire, bien qu'il n'y eût ni fenêtre, ni lumière. L'objet ne remuait pas, et pourtant j'avais l'impression qu'à chaque instant il pouvait, tel un ver, descendre de son trône et ramper vers moi. J'étais comme paralysé par l'angoisse. A cet instant insupportable, j'entendis soudain la voix de ma mère venant de l'extérieur et d'en haut qui criait : "Oui, regarde le bien, c'est l'ogre, le mangeur d'hommes !"J 'en ressentis une peur infernale et m'éveillai suant d'angoisse. A partir de ce moment j'eus, durant plusieurs soirs, peur de m'endormir : je redoutais d'avoir encore un rêve semblable."

Vous pouvez trouver ce rêve dans Ma vie, p. 30 de l'édition de poche. Pour vous donner des pistes je précise que Jung était fils de pasteur.

Dormez bien là dessus, et demain la suite...