(suite et fin)
Aujourd'hui dernière note de cette petite "suite" pour terminer une première approche du Soi inspirée et "méditée" à partir de la pensée de C. G. Jung. Le Soi sera, bien sur, contemplé à la lumière d'autres éclairages, en particulier alchimiques et iconographiques mais un peu de repos et de réflexion seront nécessaires aux différentes étapes du voyage.
Le Soi junguien n'est pas seulement générateur de représentations de la totalité, comme on a pu le voir à la lecture des deux citations de Jung, il est aussi, peut-être même surtout, une " forme surordonnée qui incarne la totalité humaine ", une unicité qui unit en elle tous les contraires. Cette totalité surordonnée est un ordre au dessus de l'ordre conscient. Un ordre naturel, différent de l'ordre du Moi, caractérisé par une unilatéralité qui est une tendance de l'individu à voir les choses sous un seul angle et à les ramener, chaque fois qu'il le peut, à un seul principe qu'il prend pour l'ordre universel.
La totalité surordonnée, comme l'appelle Jung, est nécessaire à l'intégration harmonieuse de ce qui apparait absurde au Moi. Cette intégration harmonieuse s'effectue grâce au Soi organisateur qui dirige un processus d'incessante transformation et adaptation. Cette importante fonction du Soi comme lieu d'interaction et d'organisation, est clairement montrée par Jung qui parle de "l' énorme signification du Soi comme ordonnateur et organisateur de la personnalité " C'est aussi le Soi qui, en tant que principale dominante de l'inconscient collectif, oriente l'aspiration du conscient vers la totalité. Jung écrit (p. 53 du T.IV de la Correspondance) :
" Je dirai ici que la résistance de l'âme cesse lorsque nous pouvons renoncer à être centrés sur le Moi, et que le Soi (conscience + inconscient) nous recueille dans sa plus vaste amplitude, où nous sommes alors " entiers " et du fait de notre relative totalité, proches de la Totalité véritable, c'est à dire de la divinité."
La nature du Soi est d'être un lieu où l'opposition des contraires est suspendue et son but de proposer un programme permettant à chaque individu de s'adapter, dans la mesure du possible, aux circonstances. La visée du Soi est la Totalité et le processus qu'il va proposer, en particulier par l'intermédiaire des rêves sera l'individuation.
Il est tout à fait essentiel que la relation entre le Soi et le moi reste harmonieuse. En effet, l'assimilation du Moi par le Soi, ou le fait que le Soi soit assimilé au Moi, conduisent tous deux à un état de déséquilibre et d'inflation. Quand le moi tend à se dissoudre dans l'océan de la totalité où réside le Soi, il perd tous ses repères dans l'espace et le temps, ce qui entraîne une " véritable catastrophe psychique ", aux dires de Jung. Le problème inverse survient quand l'importance accordée à la personnalité individuelle et au monde conscient prend de telles proportions que l'inflation du Moi ne peut être réduite que par une dose raisonnable d'ajouts de rêves, d'imaginations , bref, de contenus de l'inconscient. Dans tous le cas le remède que Jung préconise pour éviter les nombreux dangers d'assimilation (je dirais même de dévoration) est la modestie...
L'expression symbolique du Soi est illimitée, mais on observe certaines fréquences. Il est souvent projeté sur des personnages qui ont de l'autorité et du prestige, ou sur des entités supra individuelles. Dans de nombreuses cultures et mythes, le représentant du Soi revêt l'aspect d'une divinité. Ce fait procure une explication plus valable que l'accusation faite à Jung de " mysticisme " (personnellement ce terme ne me dérange pas, mais cela déplaisait à Jung) au sujet de l'utilisation dans ses écrits de la même symbolique, qu'il fasse allusion au Soi ou à l'image de Dieu. Mais je pense que la relation entre le Soi, l'image de Dieu et la relation " personnelle " de Jung à la divinité restent à clarifier.
Ariaga