( suite de la note précédente)
Je vous ai parlé hier du succès de L'Atalante fugitive de Michel Maïer mais c'est précisément ce succès qui lui valut des critiques de ce que nous appelons aujourd'hui les " puristes ", le véritable adepte étant censé garder le silence sur le fruit de ses travaux. Or, même si l'auteur procède par allégories et allusions, s'il utilise parfois la "
langue des oiseaux" , il fait un véritable effort de clarté et emploie tous les moyens à sa portée pour transmettre ce qu'il voulait bien dire de sa connaissance et de sa pratique de l' " art royal ". C'est pourquoi il ne s'est pas contenté de s'adresser à l'esprit du lecteur, mais aussi à sa vue et à son ouïe. C'est ainsi qu'il écrit au centre du frontispice de l'ouvrage :
"Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la Nature, adaptés en partie aux yeux et à l'intelligence par des figures gravées dans le cuivre et des légendes qui leur sont adjointes, par des épigrammes et des notes, et en partie aux oreilles et à la récréation de l'esprit par plus ou moins 50 fugues musicales à trois voix dont deux correspondent à une seule mélodie simple, très adaptées au chant des distiques, destinées à être vues, lues, méditées, jugées, chantées et écoutées non sans un agrément particulier."
Il pense que Dieu a caché dans la Nature des quantités de secrets (Arcana) et qu'un des moyens, pour l'homme, de développer son intelligence, est de tenter de les extraire les secrets "chymiques " étant " les plus précieux de tous après la recherche des choses divines ". Ces secrets ne sont pas à l'usage des charlatans, seulement des esprits élevés, et Michel Maïer s'adresse à eux avec un enthousiasme et une sorte de prosélytisme dont il se rend compte au moment où il écrit les dernières lignes de l'Atalante fugitive :
"Donc, une fois qu'on a saisi cela, on comprend l'aigle et la femme, comme aussi les secrets de l'art presque entier, secret que nous avons en ouvrant peut-être trop largement le sein de la Nature, exposé et manifesté dans ces pages au fil de l'enseignement, afin qu'ainsi GLOIRE SOIT RENDUE A DIEU. "
Michel Maïer se demandait s'il n'avait pas été trop bavard et il avait raison car les critiques furent vives, mais pour nous qui le lisons aujourd'hui, c'est certainement un des livres qui apporte le plus d'éclaircissements sur la philosophie de l'alchimie.
Ajoutons que les illustrations (vous en trouverez chez mon lien Djaipi, catégorie géométrie spirituelle) sont très révélatrices de la perduration de symboles vivants très puissants. Les rêveurs, en utilisant des matériaux plus contemporains, reproduisent souvent des scènes très proches des emblèmes de l'Atalante. Il m'est arrivé de montrer à des amis ne connaissant rien à la symbolique alchimique des images de l'Atalante et elles provoquent de vives réactions d'attraction ou de répulsion. Certains disent : " je ne veux pas voir ça ! " alors que d'autres regardent la gravure avec une sorte de fascination. Cela tend à prouver que les illustrations de l'Atalante sont les activateurs d'un contact avec le monde archétypique. Tentez l'expérience, vous verrez ! Une autre expérience a été tentée, jouer les musiques de l'Atalante, il paraît que c'est vraiment très mauvais...
Ariaga