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07/01/2009

Le vase de l'alchimiste

 

 

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Je vous parle souvent du vase sur l'athanor, surtout quand mon ami intérieur le vieil alchimiste murmure à l'oreille de mon coeur. Aujourd'hui,  je suis allée chercher, dans Psychologie et alchimie de C.G.JUNG ((p.309), un texte qui montre que, pour les pratiquants de la Science Hermétique, ce vase n'est pas un simple instrument de leurs opérations.

"Pour les alchimistes, le vase est quelque chose de véritablement merveilleux : un vas mirabile (vase merveilleux). Marie la Prophétesse dit que tout le secret réside dans la connaissance de ce qui a trait au vase. On souligne sans cesse que : "Unum est vas" (le vase est un). Il doit être coplètement rond en imitation du cosmos sphérique, de façon que l'influence des étoiles puisse contribuer au succès de l'opération. Il est une sorte de matrice ou d'utérus d'où doit naître le filius philosophorum (fils des philosophes). C'est pourquoi il est recommandé que le vase ne soit pas seulement rond, mais qu'il ait la forme de l'oeuf. On est porté tout naturellement à considérer ce vase comme étant une sorte de cornue ou flacon ; mais on se rend bientôt compte que cette explication est insuffisante car le vase représente plus une idée mystique, un véritable symbole, comme toutes les notions importantes en alchimie."

Si quelque puriste s'égarait sur ce blog je signale que les caractères gras ne font pas partie du texte original.

J'aime cette comparaison du vase des alchimistes avec un utérus où mûrit un enfant. Cela me conforte dans l'idée que l'oeuvre que nous tentons de faire de notre vie est comparable à une grossesse, à l'oeuvre de la nature.

Il y aurait deux sortes de vases. Le vase en verre dont l'idée me plaît assez car je pense qu'elle permettait à l'alchimiste de voir, par transparence, des transformations de couleur, des formes étranges qui ne sont pas sans rappeler l'univers des rêves. Ce vase était réservé à l'usage des substances nobles. Un autre vase, fait d'argile, était nommé " le vase de la nature". Cette voie du Grand Oeuvre était accessible à tous et ne demandait que des matériaux peu couteux. Je pense, finalement, que j'aurais choisi celui là...

Ariaga

18/10/2008

Blogs et confession

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Autrefois, quand on pensait avoir commis des erreurs de jugement ou de comportement, des "péchés" on allait voir un prêtre, un pasteur, un rabbin, un imam où on faisait une confession publique. On attendait de cette action un soulagement psychologique et une possibilité d'absolution. Ce processus de la confession était codifié par des dogmes et des rituels.

Si j'en crois l'état des confessionnaux en Bretagne, il semble que, tout au moins pour certains catholiques, la confession n'ait plus beaucoup d'adeptes. Et alors ? Les attentes psychologiques demeurent. Je me suis donc posé des questions, justement au moment où j'avais décidé d'élargir un peu mon horizon, limité le plus souvent à mes liens. J'ai été visiter des blogs de journaux intimes sur lesquels les auteurs s'expriment avec humilité, sans pudeur, avouant à ma grande surprise leurs secrets les plus intimes, "fautes" comprises. Alors, je ne juge pas, je n'affirme rien , mais je me demande si le monde virtuel n'a pas engendré une nouvelle forme de confession publique. La blogosphère serait à la fois le  nouveau dieu et ses représentants, le blog le confessionnal, et les commentaires, souvent indulgents, une nouvelle forme d'absolution. Exercice de l'esprit mon hypothèse ? Pas certain...

Ariaga

22/09/2008

Relation à la nature

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La relation à la nature peut être extérieure ou intérieure, ou les deux.

Je me promène dans les bois ou le long d'une plage, je respire l'odeur de l'humus ou de la mer, je me couche dans l'herbe. Je reçois la nature de l'extérieur.

Je suis dans les pas de C.G. Jung et je tente de lire en moi par l'intermédiaire de l'analyse et de l'interprétation du rêve, j'approche la Nature de l'intérieur car il y a toujours un moment où émergent les re-présentations venues du temps où la nature et l'homme étaient étroitement liés.

Je suis dans la nature et je fais silence, je médite pour laisser advenir ce qui me relie à la Totalité, alors mon contact avec la Nature est à la fois intérieur et extérieur.

Ariaga.

19/09/2008

Le temps du rêve

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L'inconscient qui se manifeste dans les rêves, ne se préoccupe pas, si l'on en croit C.G.Jung et la psychologie des profondeurs, de notre perception habituelle du temps. Ceux qui notent leurs rêves jusqu'à ce qu'ils constituent des séries de rêves peuvent le vérifier. Les événements ne se succèdent pas d'une manière chronologique. Les enchaînements de cause à effet genre A donne B, B donne C, ne fonctionnent pas toujours. Cela explique que le monde onirique nous semble aussi chaotique et absurde. Mais nous nous attachons à notre belle logique et , comme les rêves parviennent à notre conscience l'un après l'autre, nous faisons notre possible pour les classer dans nos catégories usuelles d'espace et de temps.

C.G.Jung fait une proposition originale pour casser nos habitudes de lecture des rêves. Il suggère (in Sur l'interprétation des rêves, A.Michel) que la série de rêves qui parvient à notre conscience au moment du réveil, ne soit pas considérée comme la véritable série. C'est une traduction, une concession à notre idée du temps. Il propose un schéma consistant en un cercle d'où partent des flèches vers l'extérieur et écrit :

"La véritable configuration du rêve est radiale : les rêves rayonnent à partir d'un centre, et ne viennent qu'ensuite se soumettre à l'influence de notre perception du temps. Les rêves se subordonnent en réalité à un noyau central de signification."

Vous me direz, mais qui ou quoi est à l'origine de ce centre ? Pour Jung l'origine est "non identifiable". Et pour moi, je laisse la porte ouverte à vos supputations.

Ariaga.

17/09/2008

Le très vieil homme en nous

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C.G.Jung explique dans L'analyse des rêves (notes du séminaire de 1928-1930, Albin Michel) que, même si nous refusons de voir notre partie obscure, l'ombre, il persiste une réaction de l'esprit qui est celle de l'homme de plusieurs millions d'années qui habite en nous.

Nous ne sommes jamais seuls car il y a dans nos racines profondes un Vieil homme/Ancêtre. On peut le nier mais il est quand même là et provoque des réactions indépendantes de la volonté. C'est cette obscure impression quand certains actes sont accomplis qu'il y a une ligne à ne pas dépasser. Bien sûr, on peut quand même franchir la ligne mais le vieil homme réagira et il y aura des conséquences. Un peu comme quand on mange un aliment auquel on est allergique et qui rend très malade. Nous allons chercher des causes compliquées à nos maux psychiques et même psychologiques, ignorant le plus souvent la présence du très vieil homme qui proteste violemment dans les abysses de notre inconscient.

Ariaga

04/06/2008

Un univers déterminé ?

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   Il y a déjà un moment, poussée par le démon de la philosophie et de la psychologie qui s'agite parfois en moi, malgré tous mes efforts pour le faire taire, j'avais proposé quelques textes sur la décision. L'un d'entre eux se trouve aujourd'hui sur le blog Extraits du Laboratoire. Muse m'avait, à l'époque, interrogée sur le déterminisme et la décision. J'ai du procéder, inconsciemment, à une lente mastication jusqu'à ce jour où la réponse  s'est présentée nue et simple : le mot décision n'a pas de sens dans un univers déterminé.
Il y a différentes façons de considérer l'existence. Une d'entre elle consiste à penser que l'ensemble de nos actions, passées et futures, font partie d'un grand plan établi à l'avance. Cette position me semble enlever tout intérêt à une réflexion sur la décision car, dans un tel univers déterminé, on ne décide pas, on subit, on est décidé. L'intérêt pour une quelconque réflexion sur la prise de décision et les actes qui en découlent disparaît. Je ne vois plus là que le déroulement d'un mécanisme au travail . Il y a une liste type et le but de toute recherche serait alors de trouver des morceaux du grand calcul et ensuite d'énumérer les suites d'un acte de la manière la plus complète possible pour se rapprocher de cette liste type, tout étant écrit d'avance. Je cauchemarde. Le mot décision ne signifie plus rien. 
   Penser à un monde insensé  où je ne suis plus responsable de mes actes, où je peux faire n'importe quoi, puisque tout est déjà écrit, ne plus pouvoir faire de ma vie une oeuvre de construction et de transmutation, je refuse....
                          Ariaga
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COUP DE COEUR
 
Pour le blog de Lilou : Fleurs - de - Vie.  Modestement, poétiquement, elle nous propose de cueillir des fleurs uniques de beauté et de profondeur de la pensée. Tu me fais du bien Lilou.

16/04/2008

Le dernier rêve de C.G.JUNG

 

 
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C.G.JUNG, (1875-1961), jusqu'au dernier mois de sa vie, même si son corps était diminué, a "persévéré dans son être" psychique et spirituel avec une grande force. Il a revu les chapitres qu'il avait rédigé pour L'homme et ses symboles et  écrit des lettres. Il semble cependant, si on en croit ceux qui étaient présents, qu'il attendait avec une grande sérénité et une pointe d'impatience les "noces bienheureuses" qu'il avait entrevues pendant la période où il fut entre la vie et la mort en 1944. M.L. von FRANZ  raconte, dans son ouvrage sur Jung, que, dans une sorte de rêve éveillé, il dit à Miguel SERRANO qui lui rendait visite :

"Il y avait une fois une fleur, une pierre, un cristal, une reine, un roi, un château, un amant et sa bien-aimée, quelque part, il y a longtemps, longtemps, dans une île au milieu de la mer, il y a cinq mille ans...Tel est l'amour, la fleur mystique de l'âme. C'est le centre, le Soi. Personne ne comprend ce que je veux dire. Seul un poète pourrait le pressentir..."

Il resta actif dans sa bibliothèque jusqu'au 30 Mai 1961, puis il dut s'aliter mais il resta conscient jusqu'à la fin. Quelques nuits avant sa mort il reçut le dernier songe dont il eut la force de faire part à autrui. Ruth Bailey qui était à ses côtés le rapporta ainsi :

" 1) Il voyait un énorme bloc de pierre rond placé sur un socle élevé et au pied de la pierre étaient gravés ces mots : "Et ceci sera pour toi un signe de totalité et d'unité."

2) Beaucoup de récipients, de vases en terre cuite, sur le côté droit d'une place carrée. 

3) Un carré d'arbres, des racines toutes fibreuses sortant de terre et l'entourant. Il y avait des fils d'or scintillant parmi les racines." 

 Il est difficile de faire des commentaires sur un tel rêve et seul Jung lui-même aurait  pu en donner une interprétation valable. Je donnerai quand même quelques pistes inspirées par Barbara Hannah et Marie-Louise Von Franz, des femmes très proches de Jung (Jung ne travaillait pratiquement qu'avec des femmes).

On peut dire que le cheminement de tout une vie vers l'unité et la totalité reçoivent leur récompense par la vision de la pierre. Les vases évoquent, si on pense à l'Egypte ancienne, le corps démembré d'Osiris dont certaines partie étaient conservées dans des vases en attendant que le corps entier soit reconstitué. Ils rappellent aussi, chez les Grecs, les jarres dans lesquelles ils conservaient les grains de blé en attendant de les mettre en terre là où ils donneraient un nouveau blé. Les racines font penser à la comparaison que faisait Jung entre la vie et le rhizome d'une plante.  Je ne peux m'empêcher de vous donner à nouveau cette citation extraite de Ma Vie :

" La vie m'a toujours semblé être comme une plante qui puise sa vitalité dans son rhizome ; ce qui devient visible au dessus du sol ne se maintient qu'un seul été, puis se fane... Apparition éphémère. Quand on pense au devenir et au disparaître infinis de la vie et des civilisations, on retire une impression de vanité des vanités ; mais personnellement je n'ai jamais perdu le sentiment de la pérennité de la vie sous l'éternel changement. Ce que nous voyons, c'est la floraison  - et elle disparaît - mais le rhizome persiste."

 Jung s'apprêtait à vivre sa vie invisible. Restent les fils d'or scintillant entre les racines. Pour moi c'est une évocation du sentiment ressenti par Jung d'appartenance à la longue chaîne d'or des alchimistes. Ils peuvent aussi faire penser à cette phrase citée par Marie Louise von Franz, citant un ouvrage sur le Tao :

"Par la volonté suprême le Tao est atteint...mais en maintenant en paix l'essence, ta longévité fleurira, avec l'essence de la pierre et l'éclat d'or...

Jung mourut dans l'après midi du mardi 6 Juin. Quand ce sera le moment de transiter vers ailleurs, ce moment où meurt la fleur de la vie, je souhaite à tous ceux qui ont tenté de faire de leur vie une oeuvre d'alchimie spirituelle de recevoir, comme  récompense et viatique, un aussi beau rêve que celui de Jung.

            Ariaga.   

  COUP DE COEUR

Le départ de Jung vers l'ultime monade m'a fait penser à un blog sur les images et le texte duquel je vais souvent rêver. Il s'agit de L'Astroport le chant du pain (lien). Aujourd'hui je suis allée élargir mon univers en écoutant le chant d'Iota Horologii, une étoile jaune orangée, à des années lumière dans la constellation de l'Horloge. Mon coeur a battu, comme en écoutant du J.S.Bach, à l'évocation des variations rythmiques écoutées pendant de longues nuits par les astronomes. Si vous fréquentez l'astroport, vous aurez presque quotidiennement des nouvelles du cosmos.

 

 

19/03/2008

Les voix du rêve et l'Ami intérieur

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     Le rêve est un pont entre l'inconscient et le conscient et sur ce pont des messages circulent. Ils se manifestent parfois par des voix. Il arrive que certains lecteurs de ce blog se disent intrigués ou impressionnés par ce qui parle dans leurs songes. J'ai leur ai répondu  ici où là mais je vais, aujourd'hui, tenter de traiter le sujet de manière un peu plus complète. Je m'adresse ici à ceux qui rêvent beaucoup et cherchent un sens à ces nombreux rêve. 

   Les voix qui parlent dans les rêves peuvent manifester l'opinion d'inconnus ou de personnages bien identifiés, ou bien il s'agit d'une réflexion que le rêveur se fait à lui même. Parfois c'est plus vague : "on dit que, il est dit que". Une autre voix est parfois entendue, impérative, numineuse, exprimée avec force par un personnage plein d'autorité, ou même par un être invisible dont la voix résonne d'une manière biblique. Je pense, mais ceci n'engage que Jung et moi qui le suit tout à fait dans cette idée, qu'il s'agit de la Grande Voix du Soi.

   Les voix appartenant à des personnages identifiés sont ce que l'on pourrait appeler des voix " douteuses ". Voix de l'ombre, voix d'une anima ou d'un animus négatif ou positif, ayant emprunté une forme symbolique. Il est difficile de s'y retrouver car on a tendance à leur donner, dans l'interprétation du rêve, la même place que si on les rencontrait dans la vie quotidienne avec toutes les arière pensées que cela implique. 

  D'autre fois, le rêve propose des " on dit que " ou  " une voix dit ". C'est le début des efforts du Soi pour se faire entendre. Et puis, quand les rêves sont fréquents et deviennent une série de rêves, arrive la Voix qui est une espèce de fil conducteur. Elle émane de personnages inconnus, variés, sous les déguisements desquels il est difficile de reconnaître des représentants du Soi. il arrive que survienne une situation onirique au cours de laquelle se produit ce que j'appelle le phénomène de la Grande Voix et alors le doute n'est plus permis. Elle s'exprime d'une manière autoritaire, claire et convaincante et, comme l'écrit Jung (psychologie et religion, p.79) :

"parait souvent être le résultat final et pertinent d'une longue délibération inconsciente au cours de laquelle tous les arguments auraient été soigneusement pesés. Fréquemment, la voix provient d'un personnage plein d'autorité : tel un chef militaire, le commandant d'un navire ou un vieux médecin. Quelquefois il n'y a qu'une voix, venue, semble-t-il, de nulle part."

   Quand la voix n'émane pas d'une personnalité supérieure ou idéale, ce peut être aussi celle de l'" Ami intérieur "avec lequel on rentre dans une sorte de  conversation avec soi même , de méditation, au sens des anciens alchimistes qui définissaient cet autre comme "aliquem alium internum", quelqu'un d'autre à l'intérieur. Jung répond à ceux qui objectent que ce qu'exprime la voix n'est rien d'autre que les pensées du rêveur (l'âme et le Soi, p.38) :

" Souvent on m'a objecté que les pensées exprimées par la voix ne sont autre chose que les pensées de l'individu lui-même. C'est possible mais je n'appellerai mienne une idée que si c'est moi qui l'ai pensée, comme je ne dirai d'une somme d'argent qu'elle m'appartient, que si je l'ai gagnée ou encore acquise d'une manière consciente et légitime. Si quelqu'un me donne de l'argent en cadeau je n'en remercierai certes pas le donateur en disant : "Merci pour mon argent", bien que, parlant plus tard à un tiers, je puisse affirmer "c'est mon argent".

   Le phénomène de la Voix est identique. Elle offre des contenus mentaux comme un ami donne des idées ou des conseils. Cependant, il est impossible de produire la voix à la demande, ou de deviner à l'avance le contenu d'un message, et la voix du rêve n'appartient pas plus au rêveur que le bruit de la rue ou d'une musique lointaine. Pour dire que la voix est un élément de la personnalité consciente il faudrait admettre que cette personnalité fait partie d'un tout ; qu' elle est un petit cercle contenu dans un cercle plus grand, là où se joue la musique.

Bonne nuit et beaux rêve. En espérant  que vous entendrez la grande musique du Soi. 

          Ariaga.

COUP DE COEUR

   Aujourd'hui, c'est pour moi, pour MON plaisir, que je vais choisir un blog qui, depuis les débuts du Laboratoire est une source d'inspiration, une nourriture. On ne peut pas décrire La Quête de  Kaïkan.(lien) C'est un univers, c'est la poésie, l'art, la musique, la beauté. Je n'ai pas de mots, il faudrait que je lui emprunte les siens...

 

08/03/2008

Alchimie de la maladie

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   Comme j'émerge de la grippe, il m'a semblé intéressant, en prenant comme exemple F.Nietzsche et C.G.Jung, de parler d'un sujet que j'ai probablement déjà abordé (il m'arrive de me perdre dans les méandres de mon blog) la maladie en tant que facteur d'évolution.

   Il existe, chez Nietzsche et chez Jung, une attitude à la fois semblable et différente vis-à vis de ce qu'ils appellent les "états valétudinaires ", pour faire simple la maladie. Nietzsche a principalement développé le sujet dans Ecce homo et dans sa correspondance et Jung dans Ma vie et aussi dans sa correspondance.

   Pour Nietzsche, le corps constitue un lieu d'élaboration où l'excès de santé, mais aussi la maladie, sont des stimulants de la création. La maladie lui était , en quelque sorte, indispensable et ses lettres recèlent un impressionnant catalogue de ses maux. Michel Onfray écrit à ce sujet dans L'art de jouir p.68 :

" Qu'en est-il de ce corps porteur de Zarathoustra qui enfantera les perspectives du Surhomme ? La lecture de la correspondance complète du philosophe donne tous les détails. Nietzsche interpose son oeuvre entre sa chair qui se dérobe et ne parle qu'en termes de malaises et sa volonté de santé, éternel voeux pieux. il avait coutume de dire que ce qui ne le tuait pas le fortifiait : son oeuvre complète est placée sous ce signe ". 

   La maladie était un refuge qui permettait à Nietzsche d'échapper au quotidien, d'excuser certains comportements. Mais elle était aussi un moyen de ralentir l'excès de feu sous l'athanor, les dépenses d'énergie excessives qui empêchent l'évolution des forces créatrices.On se retrouve ici dans les perspectives alchimiques de la voie sèche et de la voie humide. Il me semble que ce passage de Ecce homo (p.56) le montre bien :

"La clarté et la belle humeur parfaite, voire l'exubérance de l'esprit que reflète l'oeuvre susmentionnée (il s'agissait du Voyageur et son ombre) se concilient chez moi, non seulement avec le plus profond affaiblissement physiologique, mais même avec un excès de souffrances. Au milieu même des tortures qu'inflige un mal de tête ininterrompu de trois jours, accompagné de pénibles vomissements de pituite, je bénéficiais d'une clarté de dialecticien par excellence et je méditais à fond de sang froid des questions pour lesquelles, dans des circonstances meilleures, je ne suis pas assez escaladeur, pas assez raffiné, pas assez froid.

   Il semblerait que chez des êtres comme Nietzsche, la recherche du sens et du dire de ce sens, mette la chair à l'épreuve comme si c'était au sein de cette "passion" que, comme dans le creuset des alchimistes, se produisait la "cuisson lente". 

  Jung est un peu de la même famille. Son enfance à été vécue sous le signe d'une relation très ambiguë avec des maladies réelles ou psychosomatiques.  Ce comportement de fuite devant la vie ordinaire, cette manière de chercher refuge dans la maladie se retrouva alors qu'il avait près de soixante dix ans quand, à la suite d'une grave maladie qui l'avait plongé dans une espèce de coma rempli de visions il mit trois semaines avant de se décider à retourner vers la vie telle qu'elle est. De ces moments d'enseignements puisés dans un état proche de la mort il revint avec de nouvelles forces et c'est après cette maladie que son travail et la puissance de sa pensée se révélèrent les plus fertiles. Il écrit dans une lettre de 1944 :

"En fin de compte, cette  maladie a été pour moi une expérience extrêmement précieuse, elle m'a donné l'occasion extrêmement rare de jeter un oeil derrière le voile. ".

   La maladie, probablement parce que elle diminue les défenses du conscient et relativise l'importance de problèmes souvent liés à l'image que l'on souhaite présenter à la société, peut donc, ainsi que l'ont ressenti et pensé Nietzsche et Jung, être un facteur de progression. Je nuance cette pensée, car il est des êtres qui souffrent tellement que je ne vois pas comment leurs souffrances seraient  positives. La maladie peut aussi, comme le montre le destin final de Nietzsche, être destructrice. Jung s'est penché, car cela le touchait personnellement sur cette destruction dont il a tenté l'analyse. Mais cela est une autre histoire...

       Ariaga

COUP DE COEUR

Pour récompenser ceux qui auront lu jusqu'au bout mon texte un peu " lourd " je vous propose aujourd'hui d'aller faire un tour sur un de mes blogs favoris. Il s'agit d'un photographe : Jean-Louis BEC dont le blog s'intitule Image-Mots, Mots-Image (lien). Il nous offre un dialogue entre de très belles photos et des textes symboliques et poétiques dont les mots creusent un chemin vers les profondeurs de l'être. Si je devais choisir une photo ce serait celle intitulée Léviathan car le groin de la bête me hante. Mais elles sont toutes belles et pleines de sens. Bon regard et bonne lecture. 

 

     

 

  

17/02/2008

Le rêve du yogi

   Je fais des sauts dans le temps au sujet de la double personnalité de C.G.JUNG, déjà évoquée (voir lien) et de sa relation à la philosophie, la psychologie, le rêve et la spiritualité.

   Une étape importante du cheminement de Jung, la plus importante depuis sa confrontation avec l'inconscient entre 1913 et 1916, quand beaucoup d'amis et surtout d'ennemis l'avaient soupçonné de folie, se situe durant sa grave maladie de 1944. Il avait alors soixante huit ans.  Pendant trois semaines il resta entre la vie et la mort dans une espèce de semi coma. Alors que ses journées étaient remplies de souffrances morales et physiques, les nuits lui donnaient accès à un monde de "la délivrance du fardeau du corps et de la perception du Sens". 

   Il eut de nombreuses visions de symboles alchimiques, en particuliers ceux qui représentaient le thème archétypique de la conjonction des opposés ; le mariage mystique, par exemple. Il raconte ces scènes et le plaisir qu'il avait à les "vivre', de manière détaillée dans le chapitre de Ma vie intitulé " Visions ". Quand je lis ces récits hors du contexte de l'oeuvre complète de Jung  je ne suis pas étonnée qu'il ait passé aux yeux de certains comme un visionnaire mystique hurluberlu. Il décrit aussi ses difficultés et son peu d'enthousiasme envers un retour à la vie réelle, tout en ajoutant cependant que, même au sein de cette béatitude provoquée par les visions, régnait un "manque singulier de chaleur humaine".

   Jung choisit la Vie. Son sentiment de parenté avec la Nature, une acceptation du destin, la curiosité au sujet de l'avenir furent, je crois, ce qui le retint de céder à la tentation de s'"échapper par le haut", tentation qui fut très forte pendant cette maladie. A cela s'ajoutait une exigence morale l'incitant à transmettre les expériences accumulées pendant une existence déjà bien remplie par la pratique de l'analyse, l'accumulation d'un grand savoir livresque, et surtout le travail d'expérimentation sur lui-même.

   C'est après cette période, pendant laquelle il évolua à la frontière entre la vie et la mort, que furent écrites ses oeuvres essentielles. Cependant, de profondes transformations se produisirent dans son attitude, en particulier au sujet de sa double personnalité. Sa maladie et le fait que son conscient avait laissé s'installer une domination de forces inconscientes, avaient redonné la prédominance à la personnalité numéro 2.

   Jung chercha de nouvelles formes d'expressions et ne tenta plus d'imposer son point de vue personnel. Il se laissait plutôt "guider par le cours de ses pensées" ; elles se formaient d'elles mêmes et il les acceptait, sans se préoccuper d'un quelconque jugement d'autrui à leur sujet et, surtout, il fit de nombreux rêves dont l'un, celui du  "Yogi", éclaircit pour lui les relations entre le Soi et le Moi. Les commentaire qu'il donne de ce rêve montrent que les visions "initiatiques" qu'il eut pendant sa maladie avaient conforté en lui le sentiment de devoir revenir à sa à sa personnalité numéro 2. Il lui fallait se désintéresser de son image sociale et privilégier la relation avec l'inconscient. Voici ce rêve  (Ma vie, p.367) qui commence par une excursion et l'arrivée à une petite chapelle :

" La porte était entrebâillée et j'entrai. A mon grand étonnement, il n'y avait ni statue de la vierge, ni crucifix sur l'autel, mais simplement un arrangement floral magnifique. Devant l'autel, sur le sol, je vis, tourné vers moi, un Yogi dans la position du lotus, profondément recueilli. En le regardant de plus près, je vis qu'il  avait mon visage ; j'en fus stupéfait et effrayé et je me réveillai en pensant : " Ah ! par exemple ! Voilà celui qui me médite. il a un rêve et ce rêve c'est moi " Je savais que quand il se réveillerait je n'existerais plus. "

  Jung a longuement commenté ce rêve dans Ma vie et d'autre oeuvres mais je pense qu'il est mieux que chacun cherche à interpréter ce rêve comme s'il était lui même le rêveur car il me semble que, à travers le rêve de Jung, c'est nous tous qui rêvons. 

          Ariaga.
 

 

 

09/02/2008

C.G.Jung, F.Nietzsche : attraction, répulsion

   Cette note sur la formation et l'évolution de la pensée de Jung est en relation avec une autre note assez récente sur la double personnalité de Jung sur laquelle je vous propose un lien.

   La curiosité  de Jung au sujet de la philosophe et des philosophes s'était éveillée dès son adolescence mais s'il appréciait chez Schopenhauer le thème de la souffrance du monde et la manière de présenter les problèmes il n'aimait pas sa façon de les résoudre. Il trouva chez Kant une théorie de la connaissance mais détesta Hégel et son langage "pénible et prétentieux". Sa curiosité s'éveilla envers d'autre philosophes, en particulier les présocratiques, mais c'est seulement avec Nietzsche que se construisit une forme de relation passionnelle, parfois inconsciente, une sorte d'attraction-répulsion qui exerça une grande influence sur l'édification de sa pensée. Son intérêt pour Nietzsche ne se démentit jamais, et il consacra un séminaire au Zarathoustra entre 1934 et 1938.

   Que ce soit pour l'édification de son oeuvre, de son outillage conceptuel, dans son attitude vis-à-vis de l'existence, l'imprégnation nietzscheenne me semble évidente chez Jung. Une des manifestation la plus visible de cette filiation est leur goût commun pour le paradoxe. Cette manière de penser, pour laquelle j'ai beaucoup de sympathie, les conduit parfois à énoncer une idée ou à défendre, en apparence, une thèse pour en montrer, en même temps ou ultérieurement, la fausseté. Pour l'un comme pour l'autre, il n'y a pas de vérité absolue, de lumière sans ombre, et toute chose contient son contraire. C'est cet esprit paradoxal qui incite leurs détracteurs à leur faire le commun reproche d'obscurité et de confusion.  

    La relation Jung-Nietzsche commence d'une manière assez négative. Le premier contact se situe au début de ses années universitaires. On le voit alors bien installé dans sa personnalité numéro 1, celle qui privilégie la vie conscient et sociale. Il est peu disposé à recevoir des stimulations intellectuelles propres à réveiller l' "Autre ", ce numéro 2 qui le suivait autrefois comme une ombre et maintenant relégué à l'arrière plan.

    Nietzsche avait terminé le Zarathoustra en 1885, alors que Jung était âgé d'une dizaine d'années. La rumeur, dans le milieu universitaire, en faisait un personnage peu sympathique sur lequel on colportait des anecdotes concernant plus la personne que les idées. Il était violemment contesté par les étudiants "compétents" en philosophie, et très mal vu par des professeurs qui, le plus souvent ne l'avaient même pas lu, ou très partiellement. Il me semble, à la lecture de certaines réactions sur les blogs., que cela n'a pas beaucoup changé de nos jours.  Le fait d'entendre parler d'un philosophe aussi rejeté par ses semblables aurait du attirer le jeune Jung mais, dit-il, "j'hésitais à le lire, m'y sentant insuffisamment préparé". 

   L'explication la plus vraisemblable de la méfiance de Jung envers Nietzsche doit avoir son origine dans le regard lucide qu'il posait déjà sur sa propre fragilité psychique. Il devait être conscient que la présence en lui de deux personnalités représentait une menace de dissociation et de schizophrénie. L'impression d'angoisse concernant le sentiment de secrète parenté qu'il ressentait avec Nietzsche est ainsi exprimée dans Ma vie (p; 136):

J'avais  comme une angoisse secrète de lui ressembler au moins quant au "secret" qui l'isolait dans son milieu. Peut-être  -qui sait ? -avait-il eu des aventures intérieures, des visions dont par malheur il aurait voulu parler, mais qui n'avaient malheureusement été comprises de personne. Évidemment c'était un être hors série ou du moins qui passait pour tel, pour un lusus naturae, un jeu de la nature, ce que je ne voulais être à aucun prix. J'avais peur de découvrir que moi aussi j'étais comme Nietzsche, "un être à part". 

   Il ne faut surtout pas croire, à cette lecture, que le jeune Jung avait la vanité de se comparer au philosophe Nietzsche. Il avait, au contraire, un sentiment de petitesse envers quelqu'un d'aussi cultivé, et qui avait atteint de "vertigineuses hauteurs". Cela ne faisait que conforter son idée que les "excentricités" permises à ce personnage extraordinaire lui étaient interdites. 

   Après un temps de résistance, un phénomène moteur de de vie de Jung, " l'intense curiosité " à laquelle il ne sut jamais résister (comme je le comprends) balaya ses craintes et il se "décida à lire".

   Mais cela sera pour une autre fois.

          Ariaga
 

  
 

01/02/2008

la caverne de l'illusion

   Imaginez une caverne servant de demeure souterraine à des hommes prisonniers retenus là par je ne sais quelle puissance. Toute la largeur de la caverne est une entrée ouverte à la lumière. Depuis leur enfance, des hommes vivent enchaînés à la paroi par des liens leur immobilisant les jambes et le cou. La seule chose qu'ils peuvent voir est cette paroi et leur seule lumière vient d'un feu allumé sur une hauteur, au loin, derrière eux. Entre eux et le feu, une route élevée avec un petit mur semblable à celui derrière lequel se cachent les montreurs de marionnettes. De ce petit mur dépassent, manipulées par des hommes libres, diverses représentations, faites de matériaux variés d'objets de la vie, comme des animaux ou des plantes ou des êtres humains. Parmi ces manipulateurs, il y en a qui parlent, d'autres qui sont silencieux. Les hommes prisonniers ne voient que les ombres sur la paroi, n'entendent que des bribes de paroles qu'ils rattachent arbitrairement à ces ombres. Pour eux, les objets réels sont les ombres, c'est la seule idée qu'ils peuvent se faire du monde extérieur. 
   Imaginez maintenant que l'on délivre un de ces prisonniers de ses chaînes. Il va se débattre, il faudra le contraindre car il n'a jamais connu d'autre vie. C'est de force qu'on l'arrache à sa caverne, qu'on l'oblige à lever les yeux vers la lumière, qu'on lui fait gravir la pente vers l'extérieur. Ébloui, il ne distingue rien et une douloureuse rééducation l'attend. Il distinguera d'abord les ombres, les reflets sur l'eau, après une longue accoutumance les hommes et les objets ; plus tard, les corps célestes pendant la nuit, et enfin le soleil dans toute sa splendeur. Il évoluera lentement jusqu'au moment où il aura une vision claire du fait que l'idée qu'il se faisait du monde, quand il vivait dans la caverne, était fausse. 
   Certains auront reconnu une partie de l'allégorie de la caverne de Platon, livre VII de La République, revu à la sauce Ariaga. Je ne vous ai pas raconté le moment où l'on oblige ce malheureux à faire douloureusement le chemin en sens inverse pour aller raconter son histoire à ses anciens compagnons d'infortune. Je trouve cela assez sadique. Je préfère vous proposer ce récit comme un symbole de l'illusion dont chacun, sans avoir recours à une difficile argumentation philosophique, pourra tirer ses propres conclusions.
        Ariaga

15/01/2008

Les rêves de Nietzsche-Zarathoustra

   Avant de vous donner les résultats, sur le plan de la psychologie des profondeurs et de la philosophie de la nature, des longues recherches de Jung dans les ouvrages alchimiques, j'ai envie de vous parler des rêves du Zarathoustra de Nietzsche. En effet, quand Zarathoustra rêve il est certain qu'il s'agissait pour Jung d'une projection des songes de Nietzsche lui-même. Et quand on sait l'influence que Nietzsche a eu sur Jung, influence dont je vous parlerai dans quelque temps, évoquer ces rêves est aussi montrer une des racines de  la fascination de Jung pour le rêve.
   Les rêves de Zarathoustra sont racontés dans trois textes d'une grande beauté : "Le prophète" (p. 275sq), "l'heure du suprême silence" (p; 295sq), "des trois maux" (p. 369sq).  J'utilise toujours la traduction de G. Bianquis mais j'ai oui dire qu'il en existait une plus récente que j'espère bien recevoir un jour en cadeau. (discrète incitation à mes proches...). 
   L'importance que Nietzche-Zarathoustra accordait aux rêves et à leur interprétation se manifeste au moment où Zarathoustra, se réveillant d'un sommeil profond, est navré de voir son rêve "retenir en lui son sens caché" au lieu de le laisser librement prendre son essor. Il demande alors à ses amis de l'aider à en deviner le sens et c'est, très symboliquement, le "disciple qu'il aimait entre tous" qui interprète son rêve. 
   Les rêves de Zarathoustra font entendre une grande voix que j'imagine comme étant celle du Soi et cette voix énonce des phrases essentielles et prophétiques :
   "Qu'importe ta personne Zarathoustra, dis -la parole que tu portes en toi puis brise-toi"...
    "Et pour la dernière fois la voix me dit " O Zarathoustra, tes fruits sont mûrs, mais toi tu n'es pas mûr pour tes fruits."
On peut interpréter le "tu n'es pas mûr"comme une constatation du Soi . Même si tous les éléments fournis par l'inconscient sont présents et pourraient conduire le Zarathoustra Nietzsche vers un accomplissement de sa totalité conscient- inconscient, il n'est pas suffisamment "conscient" pour mener ce travail à son terme. Ceci semble assez prophétique de la folie où il devait sombrer. .  
  Dans le dernier songe, au moment de  "l'ultime rêve de l'aube", Zarathoustra sur un promontoire au delà du monde tient un balance et pèse le monde :
   Mesurable pour quiconque a le temps, pensable pour un bon penseur, accessible aux ailes vigoureuses, déchiffrable aux divins déchiffreurs d'énigmes : tel m'apparut le monde en rêve." 
Et il interprète lui même son rêve comme une acceptation du monde tel qu'il est :
   Ni assez énigmatique pour effaroucher la tendresse humaine, ni assez catégorique pour endormir la sagesse humaine - une bonne chose, une chose humaine : tel me semblait le monde ce matin, ce monde dont on dit tant de mal.
Que de Grâces j'ai rendu à mon rêve d'avant l'aurore, qui, dès l'aube ce matin, m'a permis de peser le monde ! il est venu à moi comme une bonne chose, une chose humaine, ce rêve consolateur. "
  Ce ne sont pas seulement les songes, c'est tout le Zarathoustra qui ressemble à un grand rêve éveillé ; une sorte de récit inconscient mettant en scène des archétypes universels tels ceux du Vieux Sage, du briseur d'idoles ou de l'enfant créateur.  Le Zarathoustra fut une sorte de boîte de Pandore contenant tous les éléments propres à susciter l'enthousiasme ou la défiance d'un Jung dont je vous raconterai la fascination répulsion envers une oeuvre et un auteur qui l'accompagnèrent pendant tout son cheminement.
   Pour finir, je vais vous proposer un rêve de Nietzsche lui même, cité par Jung dans Métamorphoses de l'âme et ses symboles.
Nietzsche, au cours d'un dîner de la société Bâloise était assis à côté d'une jolie dame. Il lui raconta le rêve suivant :
   "J'ai récemment rêvé que ma main qui était posée devant moi sur la table acquit soudain la transparence du verre ; je voyais nettement en elle le squelette, le tissu,le jeu des muscles. Tout à coup, j'aperçus sur elle un gros crapaud, en même temps que quelque chose d'irrésistible me poussait à avaler l'animal. Je surmontais mon atroce répulsion et je l'avalais ".
   Il paraît que la jeune femme se mit à rire et que Nietzsche en fut très attristé. Elle n'avait peut-être pas compris que son voisin de table, toujours habillé avec une parfaite correction, venait de lui ouvrir une porte sur les profondeurs de son inconscient, et l'intimité d'un secret dégoût.
  Ce songe revint souvent hanter Nietzsche et, selon Jung , le crapaud dont il avait souvent rêvé avec l'angoisse d'être forcé de l'avaler, ne put jamais, psychologiquement parlant, être dégluti par le philosophe.
  Faites de beaux rêves...
       Ariaga
 

09/01/2008

C. G. Jung reçoit l'enseignement des rêves

( Suite de la note précédente )
   Comme pour tous les choix essentiels de son existence, Jung reçut des rêves un enseignement l'incitant à s'intéresser à l'alchimie. Il ne les comprit pas plus, à l'époque où ils survinrent, qu'il ne comprit la connotation alchimique du Faust de Goethe.
   Rappelons, dans son enfance, la vision de la cathédrale de Bâle, à partir de laquelle se posera pour lui le problème de l'homme chrétien et de l'ambiguïté divine, problèmes latents dans les écrits alchimiques. D'autres rêves survinrent à l'âge adulte. Il en fait le récit, ainsi que leurs conséquences dans Ma vie. Il s'agit de rêves montrant, de manière récurrente, une aile de sa maison ou une construction ajoutée, n'existant pas dans la vie réelle. Il finit, à un moment de cette suite de rêves, par pénétrer dans l'aile inconnue. Il y découvre une merveilleuse bibliothèque dont les ouvrages proviennent du XVI° et du XVII° siècle. Ils contiennent des "symboles singuliers", qu'il n'identifiera que tardivement comme des symboles alchimiques. 
   Le rêve décisif se situe en 1926 (il avait 51 ans). Il est long et j'en ai seulement retenu qu'il se situe dans une vaste demeure seigneuriale aux nombreuses dépendances. Alors qu'il se trouve dans la cour les portails se ferment. Le paysan qui l'accompagne et lui sert de cocher s'écrie  (ma vie p. 237):
" Nous voila maintenant prisonniers du XVII° siècle ! -Résigné je pense : Oui, c'est bien ça ! mais que faire ? Nous voilà prisonniers pour des années ! " Puis il me vient à l'esprit la pensée consolante : un jour, dans des années, je pourrai ressortir."
   Son désir d'interpréter ce rêve l'incite à effectuer des recherches. Il explore de nombreux domaines de la tradition symbolique mais le véritable déclic n'a lieu qu'en 1928 au moment où Richard Wilhelm lui envoie un texte de l'alchimie chinoise : Le secret de la fleur d'or. C'est alors que naît en lui le désir de connaître les alchimistes.  
   Jung commande et reçoit une volumineuse collection de traités en latin. Il se contente, pendant un certain temps, de les garder dans un placard d'où il les sort périodiquement pour les feuilleter, tout en s'exclamant sur leur obscurité et leur stupidité. Mais Jung est un acharné et, petit à petit, des lambeaux de sens émergent de cette "éclatante absurdité". Lentement des connexions se mettent en place, et il découvre qu'il s'agit de symboles. 
   Il se retrouve maintenant en pays de connaissance, lit avec acharnement, jusqu'au moment où lui revient en mémoire le rêve de son emprisonnement au XVII° siècle. Une fois de plus le discours onirique lui a indiqué le chemin à suivre . Il comprend, à ce moment là, que sa voie, pour les années à venir, est d'étudier l'alchimie depuis ses débuts et d'y chercher un fil conducteur en utilisant les mêmes méthodes que celles d'un philologue étudiant une langue inconnue. Il étudie alors la relation entre les symboles et la syntaxe , fait des dictionnaires de mots et de citations. Avec le temps il réunit des milliers de références et de comparaisons. Des volumes et des volumes, représentant un véritable travail de bénédictin.
   Il faudra à Jung plus de dix ans pour que les résultats de ses études sur la symbolique alchimique, et ses possibilités d'utilisation pour l'interprétation des manifestations de l'inconscient, prennent une forme théorique satisfaisante à ses yeux. C'est alors qu'il écrira ses ouvres les plus remarquables. Ceci exprime ma pensée car une grande partie de jungiens purs et durs préfère ignorer la partie alchimique de l'oeuvre de Jung, comme s'il s'agissait d'une aventure poético-mystique un peu fumeuse.
Une fois de plus, après sa dangereuse plongée dans l'inconscient, Jung était sorti d'un labyrinthe : celui bien tortueux et obscur de l'expression symbolique de la pensée alchimique.
(à suivre)
       Ariaga.
 
  
 

07/01/2008

C. G. Jung et le Faust de Goethe

   En ce début d'année je vais commencer un "feuilleton" alchimico-philosophique traitant de la relation de Jung avec la symbolique alchimique. J'aimerais que ceux qui ont un peu de courage aillent lire une introduction à ce sujet que j'avais écrite en Novembre 2006 : C.G.Jung et la chaîne d'or.(Cliquer sur le lien).

   La relation, consciente, de Jung à l'alchimie s'est faite d'une manière tardive. C'est , une fois de plus dans Ma vie, qu'il a décrit son cheminement vers ce qu'il considère comme le "pendant historique" de la psychologie des profondeurs. Je pense cependant que, comme pour sa relation avec Nietzche (un autre feuilleton prévu pour cette année 2008), ce lien avec l'univers des alchimistes existait d'une manière latente, bien avant les années trente, années où il commença un long travail de déchiffrage du sens des textes alchimiques qui le "tint en haleine plus de dix ans".

   La relation, indirecte, de Jung à l'alchimie, commence dès l'âge de seize ans à un moment de crise existentielle et spirituelle, quand sa mère, une personne très particulière, un peu effrayante, lui dit subitement cette simple phrase : "il faut que tu lises le Faust de Goethe". Cette lecture fut pour lui un moment miraculeux, un baume sur ses blessures d'adolescent tourmenté. Il trouvait là un homme qui prenait le diable au sérieux et qui voyait la puissance du mal qui enserrait le monde. Cela le changeait de son milieu de pasteurs où l'on ne parlait que du "bon "dieu. Le Faust faisait aussi allusion au grand mystère des Mères qui tourmentait beaucoup le jeune garçon. Le récit de la grande initiation finale demeura pour lui, à la limite de sa conscience, un événement merveilleux et mystérieux. Cette porte ouverte par Goethe le resta définitivement, contrairement à celle que Jung crut avoir claquée, vigoureusement et pour longtemps, sur l'angoissant Zarathoustra de Nierzsche. 

   Il ne se rendit pas compte, à cette époque, du côté alchimique d'une oeuvre au sujet de laquelle il écit dans une lettre de 1955, vers la fin de sa vie (Correspondance, T.IV, p. 65) :

    " La seconde partie du Faust m'a accompagné tout au long de mon existence, mais il y a seulement vingt ans que j'ai commencé à y voir un peu plus clair, surtout par la lecture des Noces Chymiques, livre que Goethe avait certes lu mais qu'il n'a pas mentionné - détail intéressant - parmi les ouvrages d'alchimie qu'il avait découvert pendant son séjour à Leipzig.  ...  il est vrai que goethe n'a à notre connaissance, utilisé qu'une littérature alchimique relativement tardive, et il m'a fallu étudier les ouvrages de l'Antiquité et du haut Moyen Âge pour me convaincre que le Faust dans ses deux partie, représentait un opus alchymicum dans le meilleur des termes.  "

   Il pense que le Faust est entièrement imprégné du mystère de la conjunctio, c'est à dire de la noce chymique. Ce ne sont d'ailleurs pas, à son avis, les ouvrages lus, oubliés ou non par goethe, qui ont fourni au Faust cet  arrière plan alchimique, mais des émergences du courant souterrain perdurant depuis Hermes Trismegiste, sous la forme de la chaîne d'or. Ces racines profondes lui semblent expliquer l'" effet de numinosité " produit par le Faust.  Le jeune Jung fut certainement sensible à cet effet de numinosité ; un lien intérieur fort, longtemps invisible, s'établit ainsi entre Jung et l'alchimie par l'intermédiaire d'un Goethe sont le Faust a été l'opus magnum, le grand oeuvre. 

(à suivre)

       Ariaga.