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20/06/2007

L'univers du rêve

   Dans les rêves, et surtout dans les séries de rêves, l'inconscient ne se soucie pas de notre perception du temps ou de notre idée de la causalité ; le temps, et l'enchaînement logique des événements dont nous avons l'habitude sont en quelque sorte "disloqués". Dans les séries de rêves, des symboles et des schèmas généraux de construction apparaissent mais ils racontent aussi une "histoire". Parfois, la chronologie est respectée, plus souvent elle se perd ou le niveau de l'histoire apparente masque un niveau plus essentiel. Notre nature nous pousse à voir une suite  dans les temps des rêves  puisqu'ils nous parviennent l'un après l'autre. Or, pour Jung, ce n'est pas une évidence . On trouve (à la p.22, 23) de Sur l'interprétation des rêves la citation suivante :

   "Il n'est pas démontré que la suite réelle d'un premier rêve ne parvienne qu'ultérieurement à la conscience. La série qui nous paraît chronologique n'est pas la véritable série. Un nouveau thème peut très bien apparaître dans un rêve, avant de disparaître pour céder de nouveau la place à un thème antérieur. La véritable configuration du rêve est radiale : les rêves rayonnent à partir d'un centre, et ne viennent qu'ensuite se soumettre à l'influence de notre perception du temps. Les rêves se subordonnent en réalité à un noyau central de signification."

   A la suite de ce texte que je trouve tout à fait " fracassant " et qui demande à être lu et relu, Jung avait mis le simple schéma (que je n'ai pas réussi à reproduire sur le blog) d'un petit cercle entouré de huit fléches allant vers les points cardinaux.

   Cette vision "radiale" de la chronologie onirique s'accompagne aussi chez Jung d'une réflexion sur la causalité liée à la fois aux rêves et aux événements de la vie courante. Il lui apparaît que, dans certains cas, quand l'inconscient est particulièrement activé et le sujet très réceptif, on est conduit à postuler un facteur irréductible "par nature " à la causalité. Il faudrait alors admettre, écrit-il, dans Synchronicité et Paracelsica, (p.29) :

   "Que les événements en général sont associés soit directement en chaînes causales soit, le cas échéant, par une sorte de lien transversal, de l'ordre du sens."

   A cette coïncidence d'événements, reliés par hasard entre eux d'une manière significative, Jung a donné le nom de "synchronicité".
  Je vous en parlerai demain, ce sera une première approche mais vous pouvez trouver des renseignements détaillés sur des sites spécialisés consacrés à Jung (vous en avez dans mes liens).

       Ariaga
 

13/06/2007

Présentation du Soi par C. G. Jung

Suite de la note précédente.
  Qui mieux que C. G. Jung lui même peut donner une présentation de la RE-présentation du Soi. C'est pourquoi,  aujourd'hui, je vais m'effacer devant deux citations. Pour Jung, l'hisoire de l'archétype central est dominant, le Soi, commence avec l'apparition mythologique du motif des dieux, des hommes dieux et des rois. Les humains ont ressenti le besoin de nommer, non l'archétype en soi, ce qui est imposible, mais une re-présentation archétypique. La première citation est extraite du tome IV de la Correspondance (p.79) :
 
     "Pour parler chinois, l'archétype est seulement le nom du Tao et non le Tao lui même. De même que les Jésuites ont traduit Tao par "Dieu", de même on peut définir le " vide " du centre comme " Dieu ". le mot " vide " ne signifie pas qu'il y ait un " manque " ou une " absence " mais renvoie plutôt à un inconnaissable caractérisé par une suprême intensité. Ce qui se passe quand je nomme " Soi "cet inconnaissable, c'est seulement que la somme des effets produits par l'inconnaissable a reçu un nom, ce qui ne préjuge en rien de ce qu'il contient en substance. Une partie de mon propre être, de grandeur inconnue, y est certes incluse, mais je ne peux pas, puisqu'elle est l'inconscient, en préciser les limites et l'extension. C'est pourquoi le Soi est un concept limite ddont les processus psychiques n'épuisent pas le contenu, à beaucoup près."
 
   Ce texte, de 1955, demande à être lu et relu et j'en retiens surtout que le Soi est une totalité de l'ensemble conscient-inconscient de la psyché, totalité illimitée, transcendant la conscience  et nos possibilités de cognition et de compréhension.
 Dans les toutes dernières années de sa vie, Jung à écrit un ouvrage passionnant : Un mythe moderne (Idées, Gallimard) qui a pour point de départ les soucoupes volantes. Je vous parlerai de ce livre, un de mes préférés, une autre fois mais j'ai surtout pensé, aujourd'hui à la manière dont "le vieux Jung" se laisse, enfin, aller à son instinct poétique pour nous donner une magnifique description de sa quête du Soi :
 
  "Tous tant que nous sommes, nous épions ce " miroir dépoli "sur lequel défilent les figures d'un mythe obscur, cherchant à en extraire l'invisible vérité.  Tout ce que je puis dire c'est que regardant pour mon compte dans le dit miroir, l'oeil de mon esprit y a discerné une forme ; je l'ai appele Soi, tout en restant parfaitement conscient du fait qu'il s'agit là d'une image anthropomorphe ; nommée par cette expression, cette forme n'est pas pour autant expliquée. Certes, par ce terme de Soi, nous voulons désigner la totalité psychique. Mais nous ne savons, et ne saurions savoir, quelles sont les réalités qui se cimentent dans cette notions."
 
   Vous avez là des sujets de méditation, chers amis connus et inconnus. 
(à suivre)
       Ariaga
 
    
 

21/05/2007

ATHANOR

Athanor! Athanor! ce mot rythme dans mon imaginaire le défilé de la lignée infinie des alchimistes. Je les imagine, jour et nuit, seuls ou avec une compagne, entretenant et régulant le feu sous leurs incessantes décoctions et distillations et priant Dieu pour que l'Oeuvre réussisse. 

Athanor, c'est aussi mon bouillonnement intérieur quand je cherche les mots, la poésie, les images, pour vous dire ...

Ariaga sois sérieuse et donne une définition de cet athanor , parfois aussi appelé "vase" ou "fourneau secret". Il y en a une qui me plait assez dans le glossaire de Philosopher par le Feu de Françoise Bonardel (Le seuil, sagesses, p. 452.) :

Athanor : "Ce mot d'athanor est  tiré de l'arabe, et signifie une tour dans laquelle on met du charbon pour entretenir un feu continuel dans un fourneau qui y est joint ; il vient aussi du mot grec athanatos, immortel (Salmon) En l'athanor sont donc réunies les caractéristiques d'un four capable de réduire sans violence la "matière" déposée dans l'Oeuf Philosophique, reposant sur un lit de sable ; et celle d'une intemporalité favorable à la survie du "corps " ainsi régénéré."

Il s'agit ici de l'athanor "matériau" mais je pense qu'il se manifeste à différents degrés de puissance comme brûle le feu. L'athanor Nature est le plus fort car il contient toutes les force de cette Nature et cela de degrés en degrés jusqu'au ventre féminin qui est lui aussi athanor. 

L'être humain est athanor et E.Perrot le montre dans La Voie de la Transformation quand il écrit :"Notre fournaise transformante c'est la vie toute entière avec ses épreuves" (p. 273) Quand on regarde les illustrations du Mutus liber, Le livre muet, un ouvrage très ancien d'images sans texte qui décrit les différentes étapes de l'Oeuvre alchimique, on voit que lieu de la cuisson est, symboliquement, à la hauteur du coeur de l'homme. Nous sommes tous des athanors, parfois tellement brûlants qu'ils sont prêts à exploser car trop chargés de passions ou d'épreuves. Ce sont ces épreuves, ces grands obstacles qui nous calcinent  mais qui, aussi, nous obligent à changer, à faire autrement que nous le projetions. Le moi se consume mais il ne disparait pas, il se transforme dans l'athanor des souffrances. 

L'athanor, quand son feu est lent et doux est aussi le fourneau sur lequel se mijote le processus d'individuation, le cheminement vers le Soi. Mais cela est une autre histoire, pour bientôt. 

     Ariaga
 

28/01/2007

Michel CAZENAVE : La science et l'âme du monde

Je veux aujourd'hui vous parler d'un ouvrage (pas très récent, mais je me suis expliquée hier à ce sujet) de Michel Cazenave : La science et l'âme du monde, Editions séveyrat, 1990. Lui aussi a eu une influence sur mon cheminement spirituel. La préface, très intéressante, est de Michel Cassé. Le livre, impossible à résumer car la culture encyclopédique de l'auteur nous promène du Védanta à Maître Eckhart en passant chez les néo-platoniciens et, naturellement,  C.G.Jung. Il est aussi question de la recherche scientifique dans ce qu'elle a de plus orignal, de plus "en pointe", le but étant, comme l'écrit Michel Cazenave, de "tenter d'éprouver s'il n'y a pas quelque part une unité du monde et de l'homme, qui réinstaurerait le dialogue de la science et de l'âme, et l'échange millénaire que nous avons rompu de nos jours avec la lumière des étoiles et le murmure des fontaines." (p. 26). On pense ici, bien sur, à la notion d'unus mundus (monde un) chère à Jung.

Voici un extrait qui vous donnera, peut-être,  envie de chercher cet ouvrage si vous ne l'avez jamais lu. M. Cazenave répond à un questionnement de Bernard d'Espagnat au sujet des archétypes de Jung qui seraient "une forme d'appels de l'être", bien que lui même (Jung) ne les ait peut-être pas conçus ainsi.

" Jung à bien conçu dans ce sens sa notion d'archétype, et sa conception générale de l'inconscient collectif. C'est déjà ce qu'il pointe quand il affirme en parlant de "l'image primordiale"qu'elle "doit incontestablement être en rapport avec certains processus perceptibles de la nature qui se reproduisent sans cesse et sont toujours actifs mais (qu'il est )d'autre part également indubitable qu'elle se rapporte aussi à certaines conditions intérieures de la vie de l'esprit et de la vie en général" _ tout en écrivant par ailleurs, en élargissant sa pensée, que "plus les "couches"(de la psyché)sont profondes et obscures plus elles perdent leur originalité individuelle. Plus elles sont profondes, c'est à dire plus elles se rapprochent des systèmes fonctionnels autonomes, plus elles deviennent collectives et finissent par s'universaliser et par s'éteindre dans la matérialité du corps, c'est à dire dans les corps chimiques. Le carbone du corps humain est simplement du carbone ; au plus profond d'elle même, la psyché n'est plus qu'univers". L'inconscient collectif n'est donc pas collectif au sens (ou plutôt, au contresens)social, ethnique ou génétique qu'on veut d'habitude lui donner, mais il représente des structures objectives de la psyché humaine en tant que telle, structures en relation avec les structures d'ensemble de l'univers où nous vivons. Comme l'explique clairement Jung, "cet inconscient est comme de l'air, partout le même, inspiré par tous, n'appartenant à personne. 

 

 

24/01/2007

Méditations sur le Tarot

Il y a quelques années, en furetant chez un bouquiniste, je suis tombée par hasard, je ne crois d'ailleurs pas au hasard pour ce genre de choses, sur un livre qui m'a beaucoup marquée. C'est un gros bouquin de près de 800 pages, que j'ai "explosé", à force de l'explorer. Commencé par tous les bouts, jamais terminé, ses morceaux sont maintenant dans des chemises car il ne veut pas se laisser recoller. Le titre exact est Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot  "par un auteur qui a voulu conserver l'anonymat". Editions Aubier montaigne, 1984. Je ne veux pas savoir si on le trouve toujours, qui est véritablement l'auteur, car ma relation particulière avec cet ouvrage demande le mystère. A vous de chercher si vous êtes tentés et alors vous trouverez...

Ces méditations s'inspirent de l'hermétisme chrétien (mystique, gnose, magie), de la Kabbale juive et des traditions astrologiques de Chaldée et d'Inde. Il fait aussi référence à des anciens comme Jacob Böhme. " Voici deux citations, l'une concerne l'idée de Dieu et l'autre "le Pendu". 

"L'un des sens du premier commandement : "Tu n'auras pas d'autre dieux devant ma face" est qu'il ne faut pas substituer à la réalité spirituelle de Dieu l'abstraction intellectuelle de Dieu. On pèche donc contre le premier commandement lorsqu'on substitue à l''Être igné, lumineux et vibrant de vie, le "principe" ou l'"idée" abstraits soit de "cause première" soit de l'"absolu"qui ne sont, à vrai dire, que des "images taillées" mentalement ou des idoles construites par l'intellect humain."(p. 219)

 

"Le Pendu, qui est-il ? Le Saint, le Juste, l'Initié ?

Tous les trois ont cela en commun que leur volonté est organe du Ciel. Le Pendu peut être regardé comme l'un ou l'autre, mais il représente individuellement quelque chose qui est la synthèse de la sainteté, de la justice et de l'initiation. Le Pendu est le Job éternel, l'Êprouvé de siècle en siècle, celui qui représente l'humanité envers Dieu et Dieu envers l'humanité. Le pendu, c'est l'Homme véritablement humain et son sort est celui de l'homme véritablement humain.

Le Pendu est le représentant de l'humanité qui se trouve entre deux royaumes, celui du monde et celui des cieux. Car ce qu'il y a de véritablement humain dans l'homme et dans l'humanité, c'est le Pendu.

17/01/2007

Paroles de la mystique juive

 

"Quand les prophètes ne furent plus, leur place fut prise par les Sages, qui, en un sens, surpassèrent même les prophètes ; et en l'absence des Sages, les choses à venir se sont révélées dans les rêves."

                          le Zohar

 

"Toute science, toute religion, toute philosophie, a sa mélodie particulière. Plus haute est la religion ou la science, plus élevée est sa musique."

 

"Les jours  passent, sont écoulés, et l'on découvre qu'on n'a jamais eu le temps de penser une fois vraiment. ... Celui qui ne médite pas ne peut avoir la sagesse."

 

"En vérité, l'unique chose dont l'homme a peur est en lui, et l'unique chose qu'il désire ardemment est en lui."

                 Rabbi Nachman de Bratislava

15/01/2007

Alchimie : un dictionnaire

Le dictionnaire Mytho-hermétique de Dom Antoine-Joseph Pernety est un outil précieux pour celui (ou celle !) qui cherche à trouver son chemin dans la forêt de la symbolique alchimique. Rédigé en français, publié en 1758, oeuvre d'un religieux bénédictin, il en existe un fac similé aux éditions Arché.

Ce moine, très chrétien, fait preuve d'une largesse d'idées étonnante, en particulier dans sa manière, tout en s'abritant derrière des auteurs, de diviniser la Nature. Il utilise, en effet, pour ses définitions des extraits "choisis" des auteurs les plus réputés et, même s'il ne le cite pas très souvent, on devine l'influence de Paracelse. Il propose ainsi un vaste panorama de la philosophie hermétique à l'époque de son travail. Il justifie ses recherches, sur le plan religieux, en écrivant dans dans sa préface:

"Cette Science est un don de Dieu, et un mystère caché dans les livres des philosophes, sous le voile obscur des énigmes, des métaphores, des paraboles et des discours enveloppés, afin qu'elle ne vienne pas à la connaissance des insensés qui en abuseraient et des ignorants qui ne se donnent pas la peine d'étudier la Nature."

Ces gens qui refusent d'étudier la Nature sont ceux qu'il avait déjà fustigés par ces lignes qui me semblent avoir conservé toute leur actualité :

"Mal à propos traite-t-on de fous les Philosophes Hermétiques : n'est-ce pas se donner un vrai ridicule que de décider hardiment que l'objet de leur Science est une chimère, parce qu'on ne peut pas le pénétrer, ou qu'on l'ignore absolument , C'est en juger comme un aveugle des couleurs. "

Je pense que cette citation de Pernety devrait être méditée de nos jours.

Pernety fait le choix de multiplier les exemples, au risque d'être touffu, pour donner au lecteur la possibilité de se faire une idée au sujet des "obscurités" qui peuvent être à l'origine d'erreurs, mais aussi de découvertes "extraordinaires". C'était un homme qui ne craignait pas de prendre des risques, on le voit dans les dernières lignes de la préface :

"Il me semble que plus un homme a d'étendue de génie et de connaissances moins il doit nier et plus il doit voir de possibilités dans la Nature. A être crédule il y a plus à gagner qu'à perdre. La crédulité engage un homme d'esprit dans des recherches qui le désabusent, s'il était dans l'erreur, et qui toujours l'instruisent de ce qu'il ignorait." 

Et que dire de ce qu'écrit Pernety à l'article Nature :

"L'oeil de Dieu, Dieu lui même toujours attentif à son ouvrage, est proprement la Nature-même, et les lois qu'il a posées pour sa conservation sont les causes de tout ce qui s'opère dans l'univers"

Pour Pernety, comme pour Paracelse, la Nature toute puissante est assimilable à Dieu et en retournant la proposition on peut se demander si ces philosophes, sans en être conscients, n'assimilaient pas Dieu à la Nature.

Pour ceux qui suivent ce blog depuis un moment ils comprendront que cette idée m'interpelle fort.  

11/01/2007

Anima et animus 1/2

Dans ma manière un peu "impressionniste", par nombreuses petites touches, je comptais aborder l'"anima" et l'"animus" junguiens après d'autres thèmes tels que l'"ombre" ou les"fonctions". Cela aurait pu aider à la compréhension d'un sujet d'apparence facile mais en réalité très complexe. Mais, depuis que je me promène sur les blogs, je vois que parler de l'anima et de l'animus pourrait apporter certaines réponses à ceux qui s'interrogent sur leurs motivations et leurs  comportements. 

   Quand on rencontre dans les textes de C.G.Jung, en particulier ses interprétations de rêves, les termes anima et animus, une explication très simple peut leur être donnée : s'il s'agit d'un homme, l'anima est une personnification des tendances féminines de sa psyché ; s'il s'agit d'une femme, l'animus est une personnification de ses tendances masculines. Anima et animus sont des facteurs de relation entre l'inconscient et le Moi et entre le pôles opposés masculin-féminin ce qui, dans le cadre d'une sorte d'"érotique" junguienne, trace une voie allant du biologique le plus élémentaire à la complexité des rapports entre Eros (amour, relation) et Logos (organisation logique de la pensée et du langage).

L'anima (ce que je dis de l'anima est aussi valable pour l'animus) est ainsi nommée par Jung parce qu'elle émane d'une image intérieure, une image dans l'"âme", différente de la persona qui est une image extérieure. Jung, dans Les racines de la conscience, donne une explication biologique au fait qu'il y ait chez l'homme une sorte de résidu de caractères féminins :

"L'image du sexe opposé réside, jusqu'à un certain point, dans chaque sexe, puisque biologiquement c'est seulement le plus grand nombre de gènes mâles qui fait pencher la balance dans le choix du sexe masculin. Le nombre moins grand de gènes féminins parait constituer un caractère féminin qui, cependant, demeure d'ordinaire inconscient par suite de son infériorité quantitative."

C'est sur cette présence des deux éléments masculin et féminin que Jung fonde son idée de l'androgynie de l'être humain, une idée enracinée dans le biologique qu'il prolonge jusqu'au niveau psychique.  

Mais, comment rendre accessible à l'expérience les manifestation de l'archétype du sexe opposé présentes en nous ? C'est très difficile car ces représentations archétypiques émergent d'un niveau profond de la totalité psychique. L'ombre, qui fait partie de l'inconscient personnel est plus visible. Elle est représentée dans les rêves ou phantasmes par des personnages du même sexe que le rêveur. C'est le côté refoulé, parce que peu présentable de la "persona". Les représentations de l'anima et de l'animus sont beaucoup plus difficilement perçues en tant que telles et concernent le sexe opposé.  

Non seulement anima et animus sont  sont très difficiles à discerner mais du fait que ce sont des "personnalités" de l'inconscient , ils se présentent, dans la vie courante, toujours projetés sur l'entourage car "tout ce qui est inconscient est projeté". Le premier réceptacle de l'"image de l'âme" sera la mère pour le fils et le père, ou un substitut, pour la fille. Une véritable infirmité psychique peut se rencontrer quand l'anima est "en jachère" ce qui signifie qu'aucune relation n'a été établie ou que la relation a été complètement rompue ou occultée. 

Jung a longtemps observé les manifestations de l'anima et s'il a décidé d'employer ce terme c'est parce que l'expression "âme" lui semblait trop générale et trop vague pour désigner une"réalité spécifique". Il écrit (Dialectique du moi et de l'inconscient) :

"L'élément empirique compris sous le concept d'anima est un contenu extrêmement dramatique de l'inconscient ; si on peut le décrire en langage rationnel, scientifique, on ne parvient pas, et de loin, a en exprimer la nature vivante."

C'est pour cette raison qu'il a choisi une vision et un mode d'expression mythologique pour parler de l'anima. cela lui semblait plus expressif et plus exact qu'un langage scientifique abstrait.

La notion d'animus est apparue plus tard chez Jung. Il lui a semblé qu'il devait exister chez la femme une équivalent de la représentation archétypique masculine. Il ne s'agit cependant pas d'une déduction abstraite car des expériences "nombreuses et minutieuses" lui ont été nécessaire pour mettre en évidence la nature de cet animus.

Nous verrons demain, si vous avez encore un peu de patience, les formes de manifestation de ces anima et animus qui ont une influence considérable sur notre relation avec nous mêmes et avec autrui et aussi au niveau de la spiritualité.

 

 

03/01/2007

La montée des marches en alchimie

Pour ceux qui seraient tentés par l'aventure poétique, je dirais même surréaliste, que représente la lecture de certains textes alchimiques et aussi pour ceux qui voudraient suivre le cheminement de Jung dans les ouvrages où il traite de la symbolique alchimique (eh oui, il y en a, je l'ai bien fait !), il est nécessaire de connaître les sept phases du Grand Oeuvre.  Ces phases sont décrites en détail dans le "Dictionnaire mytho-hermétique" de Pernéty et très clairement résumées dans "Le symbolisme des nombres" de R. Allendy.

Les illustrations des ouvrages alchimiques représentent souvent les phases de l'Oeuvre comme une montée de marches aboutissant au couple illustrant la conjonction des éléments masculin et féminin. Voici une explication très succincte de ces mots clés :

        En premier lieu il y a la calcination , c'est à dire, au moyen du Mercure des sages chauffé "au feu philosophal", la purification des corps et leur séparation de l'Humide qui les liait.

       Suit la putréfaction, opération qui détruit la nature et la forme du corps putréfié, pour le transmuer et lui permettre de produire un corps nouveau.  

      Vient ensuite la solution, c'est à dire, selon Pernéty "la conversion de l'Humide Radical fixe en un corps aqueux par l'action de l'esprit volatil caché dans la première eau."

      La quatrième marche est celle de la distillation, opération qui "subtilise toutes les eaux et les huiles".

      Ensuite, la conjonction pendant laquelle il y a réunion des natures contraires et des qualités séparées. Il doit alors se faire un "mariage indissoluble même à la plus grande violence du feu."

Cette phase marquait la fin du premier degré du Grand Oeuvre.  La suite nous est très bien décrite par Allendy :

      "On obtenait alors le rebis androgyne,"(le rebis est un être double) "c'est à dire un produit évolué mais instable. Il fallait dans un second degré de l'Oeuvre, par la sixième phase appelée sublimation, pousser plus loin l'évolution du rebis au moyen de l'Elexir ; la septième phase, la coagulation, arrêtait cette évolution et la fixait en un stade définitif au moyen de la Teinture."

On était alors censé être en possession de la Pierre philosophale... Les phases quatre, cinq et six peuvent être mélangées, la coagulation se nommer fixation, mais, pour une fois, les alchimistes sont à peu près d'accord sur le sens des mots employés. Evidemment, toutes ces phases ont des correspondances symboliques au niveau psychique et spirituel. Par exemple, la Putréfaction correspondrait aux débuts de l'initiation, au moment où l'on se sent perdu dans les ténèbres. La conjonction représenterait l'union mystique etc. etc. Mais nous n'en sommes pas encore là et la montée des marches sera lente. A vos athanors.

 

 

27/12/2006

Sexualité et spiritualité

Il est écrit dans le Zohar (volumes 1 et 5)

"Le désir de la femme produit une exaltation vitale et est embrassé dans la véhémence de l'homme, de sorte que l'âme est unie à l'âme, et elles deviennent une, embrassée chacune en l'autre."

 

"Et quand un homme est-il dit "un" ? Quand il est mâle avec femelle, sanctifié d'une haute sainteté et enclin à la sanctification ; alors seulement est-il dit un sans souillure. Un homme devrait donc se réjouir avec sa femme à l'heure de la lier avec lui dans l'affection et tous deux devraient avoir le même but. Lorsqu'ils sont ainsi unis, ils forment une seule âme et un seul corps. "

 

 

24/12/2006

Dieu est ce qu'il veut

"Dieu est prodigieux : Il est ce qu' Il veut.

Et il veut ce qu' Il est, sans mesure et sans but".

............

Quel miracle ! Le Christ est autant agneau que berger

Quand en mon âme, Dieu se fait homme.

          Angelus Silesius

 

BON NOËL A TOUS, CHERS AMIS INCONNUS. 

23/12/2006

Psychologie et alchimie

En cette période de fêtes, j'ai l'impression que toute vie, enfin ce que moi j'appelle la vie, s'arrête. Est-ce vraiment pour célébrer la naissance de Jésus ? Je me pose des questions. Célébrer la naissance d'un messie ? On peut le faire dans le recueillement et la méditation. Bien manger et boire en toute bonne conscience ? Peut-être. Faire des cadeaux ? J'adore en faire et en recevoir d'inattendus en toute période de l'année. Je ronchonne mais cela ne m'empêchera pas de vider quelques flutes de champagne. En tout cas j'ai ramassé, pour cette période, ma petite boite à outils junguienne et alchimique et j'en profite pour glisser sur le blog quelques textes pour lesquels les non spécialistes qui me suivent (j'espère qu'ils sont la majorité), avec une constance qui m'étonne, n'ont pas encore toutes les clés. Moi aussi j'ai le droit de me faire plaisir !

Ce texte de C.G. JUNG ("Ma vie, p. 239)décrit les premières conclusions auxquelles Jung est arrivé après ses dix années d'errance dans le monde obscur des textes alchimiques :

"J'ai vu très rapidement que la psychologie analytique se recoupait singulièrement avec l'alchimie. Les expériences des alchimistes étaient mes expériences et leur monde était en quelque sort, mon monde. Pour moi, cela fut naturellement une découverte idéale, puisque  ainsi j'avais trouvé le pendant historique de la psychologie de l'inconscient. Celle-ci reposait dorénavant sur une base historique. La possibilité de comparaison avec l'alchimie, de même que la continuité spirituelle en remontant vers la gnose lui conférait substance. En étudiant les vieux textes je me rendis compte que tout trouvait sa place : le monde des images, de l'imagination, le matériel empirique dont j'avais fait collection dans ma pratique, ainsi que les conclusions que j'en avais tirées. Je commençais alors à discerner ce que signifiaient ces teneurs dans une perspective historique. Ma compréhension pour leur caractère typique, qui s'était déjà esquissée au cours de mes recherches sur les mythes, s'approfondissait. Les images originelles et l'essence des archétypes passèrent au centre de mes recherches et il devint pour moi évident qu'il ne saurait exister de psychologie, et encore bien moins de psychologie de l'inconscient, sans base historique.Certes, une psychologie de la conscience peut se suffire de la connaissance de la vie personnelle, mais démêler une névrose nécessite déjà une anamnèse qui fait appel à un sondage plus profond que celui du seul savoir de la conscience ; et lorsque, au cours du traitement, on en arrive à des moments où des décisions inhabituelles doivent être prises, apparaissent alors les rêves dont l'interprétation exige plus que des réminiscences personnelles. "

 

20/12/2006

Le péché

Selon C. G. JUNG :

  " Toute la signification du péché est que vous le portez. A quoi sert le péché si vous pouvez le jeter au loin ? Si vous-mêmes êtes profondément conscients de votre péché, vous devez le porter, vivre avec, il est vous-mêmes. Faute de quoi, vous niez l'existence de votre frère, votre ombre, l'être imparfait en vous qui vous suit et qui accomplit tous les actes que vous ne voulez pas entreprendre, parce que trop trop lâches ou trop vertueux. Lui commettra le péché et, lorsque vous niez son existence, vous l'expédiez dans l'inconscient collectif où il va provoquer du désordre. Car ce déni est contre nature. Vous avez à rester en contact avec votre ombre, vous avez à dire : "Oui, tu es mon frère, je dois t'accepter." Vous devez être bons envers vous-mêmes et ne pas dire : "Racaille, je n'ai rien à voir avec toi ! " C'est une erreur de nier l'ombre. Si vous le faites, une réaction de l'inconscient collectif surgira du noir, sous la forme d'une personnification. L'homme pieux se dit à lui même : "Non, pas ça ! " et repousse l'ombre et s'en trouve fort satisfait. Alors, tout à coup, des figures étranges apparaissent, des fantasmes sexuels montent des abîmes pour venir envahir son esprit. Et plus il force sur sa piété, plus ce qui lui tombe dessus devient diabolique. Il est une sorte de saint Antoine : cet homme si pieux avait des visions terribles. Il se peut que ce soit une femme qui pénètre son esprit : l'anima qui surgit, habituellement dans sa nudité, terriblement naturelle. Voici donc la nature qui vient détruire un tabou, la vengeance de l'inconscient collectif. L'inconscient collectif est une réalité, aussi, lorsqu'une anima ou un animus surviennent, c'est la réalité. Et n'importe qui peut être l'inconscient collectif de n'importe qui d'autre. Les gens se conduiront comme des démons se conduiraient s'ils pouvaient monter de l'abîme ..."

L'Analyse des rêves, Albin Michel, tome I, p.127-128. 

19/12/2006

La chimie mentale

Citations :

" L'atelier de l'alchimiste, avec son étrange appareillage et ses opérations de transformation chimique a du lui aussi lui servir de stimulant pour l'association libre par élimination partielle du contrôle conscient. ..."

 "Le caractère psychologique de l'alchimie apparait à l'évidence dans la manière dont les traités parlent de chimie. Les éléments y sont tous caractérisés de manière "spirituelle" ou imaginaire, tels le fils des philosphes, l'arbre philosophal, le mercure philosophal, l'oeuf philosophal, la pierre philosophale etc. On insiste aussi à plusieurs reprises sur le fait que l'oeuvre alchimique doit avoir une dimension philosophique qui éclaire sa dimension matérielle si on veut en saisir la véritable signification. L'esprit divin est à l'oeuvre dans la nature, d'où la correspondance entre les connaissances physiques et métaphysiques.

La grande quantité, dans la science hermétique, d'hallucinations, de visions et de rêves explique en partie l'importance majeure assignée par les alchimistes à l'imagination. Celle-ci semble, en dernière analyse, être l'"instrument" premier des fabricants d'or dont les opérations chimiques paraissent avoir servi de prétextes destinés à favoriser des projections d'origine inconsciente. ..."

"Dans le Rosarium il est conseillé à l'alchimiste d'accomplir son oeuvre de la manière suivante : "Et veille à ce que la porte soit bien fermée afin que ce qui est à l'intérieur ne puisse s'échapper et - si Dieu le veut - que tu puisses atteindre le but poursuivi. De même que la Nature accomplit ses opérations petit à petit, de même je voudrais que tu fasses : laisse la nature guider complètement ton imagination. Dans tes observations, tiens compte de la Nature grâce à laquelle les corps se régénèrent dans les entrailles de la Terre. Cela imagine-le de manière véridique et non fantastique"

Dans l'alchimie, l'initié se met au diapason de l'imagination "réaliste", ou vraie, par un acte de méditation. Ruland en dit ce qui suit : "Méditation : nom donné à la conversation intérieure avec un interlocuteur absent, comme dans l'invocation d'une divinité, dans la communion avec soi-même ou avec son ange gardien."

Le caractère méditatif du Grand Oeuvre montre que les alchimistes comprenaient leur "travail" comme un processus de transformation psychique, lui-même envers du processus de transformation chimique. C'est ainsi que les laboratoires alchimiques firent aussi office de laboratoires psychologiques. Il en résulta cette chimie symbolisée de l'alchimie, qui n'est rien d'autre, en fin de compte, que l'alchimie de l'esprit."

         Johanes Fabricius

L'alchimie, ed Sand, p. 10 et 11, 1976, trad. de l'anglais 1996. 

 

 

 

 

15/12/2006

L'alchimie des cellules

La chaîne d'or n'est pas rompue. De modernes alchimistes, respectant le principe : tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et réciproquement, ont pensé que le mental, je préfèrerais l'Esprit, habite la matière première de l'homme, la cellule, et "vibre", chante sa note, en harmonie ou non avec la Symphonie Cosmique. 

Tel le poisson qui a, un jour, compris que ses branchies ne lui servaient à rien pour respirer dans l'air, l'homme devrait, lui aussi, considérer la matière de son corps d'une autre manière, et faire de ce corps le matériau de son évolution.  

Arrêter de subir pour FAIRE. Nos cellules sont animées par l'esprit, à nous d'utiliser le véhicule et l'énergie. Je l'avais un peu, beaucoup, oublié, et c'est grâce à un texte trouvé sur le blog d'Arianil, (il n'y a pas de hasard, seulement des coïncidences significatives), que je me suis souvenue de l'ouvrage de Satprem qui traite de ce sujet et de sa rencontre avec Mère, l'alchimiste des cellules qui avait fait de son corps un vase de transmutation. Je vous livre un extrait du texte d'introduction de Satprem, datant de 1980,  à son ouvrage "Le mental des cellules" ed.  Robert Laffont.

 

          " Mon passeport dit que je ne peux pas voler, sauf en Boeing 747. Mais mon coeur dit autrement.  

Un jour de mes trente ans, j'ai rencontré Celle qui disait autrement. Elle avait 80 ans, elle était jeune et riante comme une petite fille. On l'appelait "Mère". C'était à Pondichéry, au bord du golfe du Bengale.

Mère, c'est la plus merveilleuse aventure que j'ai connue. C'est la dernière porte qui s'ouvre quand toutes les autres se sont fermées sur rien. Pendant quinze ans, elle m'a emmené sur des chemins inconnus qui s'en allaient dans le lendemain de l'Homme , ou peut-être dans son commencement vrai. Mon coeur a battu comme pour la première fois au monde. Mère c'est le secret de la terre. Non, elle n'est pas une sainte, pas une mystique, pas un yogi ; elle n'est pas de l'Est ni de l'Ouest ; ce n'est pas une thaumaturge non plus, ni un gourou ni une fondatrice de religion. Mère, c'est la découverte du secret de l'Homme quand il a perdu sa mécanique et ses religions, ses spiritualismes et ses matérialismes, ses idéologies de l'Est ou de l'Ouest. Quand il est lui-même, simplement : un coeur qui bat et qui appelle la Terre-de-Vérité, un corps tout simplement qui appelle la Vérité du corps, comme un cri de la mouette appelle l'espace et le grand vent.

C'est son son secret, sa découverte que je vais essayer de vous dire.

Car Mère, c'est un conte de fées dans les cellules du corps.

Une cellule d'homme, qu'est-ce que c'est ?

Un autre camp de concentration ... biologique .

Ou un passeport pour...pour ou ? "

 

  Méditez, méditez, mes frères et soeurs en blog...