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04/01/2007

Archétype et RE-présentation archétypique

On ne peut y échapper, je dois vous parler de l'archétype junguien si nous voulons continuer ensemble à cheminer vers le Soi but ultime de mon exploration. Des blogs entiers sont consacrés à ce sujet si vous voulez creuser...De plus la pensée de C. G .Jung lui même à beaucoup évoluée avec le temps. Je me contenterai donc de repères tout à fait solides donnés par Jung à la fin de sa vie. (Ultérieurement, je donnerai des citations pour les "chercheurs"). Pour mieux comprendre ma note il serait utile de relire celle du 29 -9 intitulée : Représentation =RE-présentation.

Les deux pivots de la pensée du "vieux Jung" sur l'archétype sont : l'ancrage biologique et la réflexion sur les possibilités de représentation.

Les archétypes gouvernent le mode de fonctionnement héréditaire de l'être humain et proposent des modèles de réactions à diverses situations. Il ne s'agit en aucun cas d'une "idée". Comme on est incapable de prouver quoi que ce soit sur ce qui déborde le conscient il n'y a aucun espoir, pense t-il, que puissent être prouvées scientifiquement ses affirmations sur les états ou processus inconscients. Ceci est valable pour l'archétype. Ce n'est cependant pas, dit-il, parce que un phénomène repose sur des facteurs invisibles et non représentables que l'on ne peut pas spéculer sur ses effets. Exemple l'atome.C'est pourquoi Jung va, très nettement distinguer, de l'irreprésentable au représentable à la conscience, un archétype en soi et la représentation archétypique. 

Les archétypes se présentent donc comme des formes de comportement typiques qui, devenues conscientes, apparaissent comme des représentations. Ces représentations ne sont effectives que par l'intermédiaire de représentants qui "traduisent" et illustrent la langue d'un inconscient collectif, une langue de la totalité, qui sans cela serait incompréhensible.

Comment Jung, puisque l'archétype en soi est irreprésentable, à t-il trouvé un moyen de déceler la présence de ses manifestations dans la psyché ? Il a observé de nombreuses données individuelles pour essayer d'en tirer des conclusions générales. Il a extrait quantités d'observations du matériel folklorique, mythologique et historique, dont on peut penser qu'il est issu de l'"inconscient historique", pour démontrer l'identité de forme de l'évènement psychique dans l'espace et dans le temps. Il s'appuie surtout sur l'observation des structures et des symboles présents dans les rêves et les phantasmes. Donc, pour lui, ce qui donne un degré de réalité à l'archétype en soi procède d'effets observables. Cette visibilité de l'archétype permettra à l'individu, dans la mesure où il est capable d'introspection, de méditation sur lui même, de percevoir ses structures instinctuelles sous la forme d'images archétypiques, quasiment universelles, qui se RE-présentent à sa psyché. 

Les représentants du monde archétypique sont bien visibles dans les rêves et surtout les séries de rêves. Ils donnent des représentations où ils jouent divers personnages tels que la "Mère Terrible", le "Vieux Sage, le "Dieu, le "Grand Voyage", la "Mission", l'Oeuvre", le "Trésor difficile a atteindre".

Toutes ces manifestations ne sont pas, aux yeux de Jung, dues au hasard et le reflet d'un univers chaotique. Elles sont au contraire parfaitement régulées par un système semblable à celui qui régule nos fonctions corporelles. A ce coordonnateur il a donné le nom de "Soi".

Il resterait beaucoup à dire, par exemple comment l'archétype est-il "activé" ? Mais je crois que cela suffira pour aujourd'hui. Peut-être une petite poésie pour demain si l'inspiration, encore plus mystérieuse que l'archétype, vient dans la nuit.

       Ariaga

 

 

23/12/2006

Psychologie et alchimie

En cette période de fêtes, j'ai l'impression que toute vie, enfin ce que moi j'appelle la vie, s'arrête. Est-ce vraiment pour célébrer la naissance de Jésus ? Je me pose des questions. Célébrer la naissance d'un messie ? On peut le faire dans le recueillement et la méditation. Bien manger et boire en toute bonne conscience ? Peut-être. Faire des cadeaux ? J'adore en faire et en recevoir d'inattendus en toute période de l'année. Je ronchonne mais cela ne m'empêchera pas de vider quelques flutes de champagne. En tout cas j'ai ramassé, pour cette période, ma petite boite à outils junguienne et alchimique et j'en profite pour glisser sur le blog quelques textes pour lesquels les non spécialistes qui me suivent (j'espère qu'ils sont la majorité), avec une constance qui m'étonne, n'ont pas encore toutes les clés. Moi aussi j'ai le droit de me faire plaisir !

Ce texte de C.G. JUNG ("Ma vie, p. 239)décrit les premières conclusions auxquelles Jung est arrivé après ses dix années d'errance dans le monde obscur des textes alchimiques :

"J'ai vu très rapidement que la psychologie analytique se recoupait singulièrement avec l'alchimie. Les expériences des alchimistes étaient mes expériences et leur monde était en quelque sort, mon monde. Pour moi, cela fut naturellement une découverte idéale, puisque  ainsi j'avais trouvé le pendant historique de la psychologie de l'inconscient. Celle-ci reposait dorénavant sur une base historique. La possibilité de comparaison avec l'alchimie, de même que la continuité spirituelle en remontant vers la gnose lui conférait substance. En étudiant les vieux textes je me rendis compte que tout trouvait sa place : le monde des images, de l'imagination, le matériel empirique dont j'avais fait collection dans ma pratique, ainsi que les conclusions que j'en avais tirées. Je commençais alors à discerner ce que signifiaient ces teneurs dans une perspective historique. Ma compréhension pour leur caractère typique, qui s'était déjà esquissée au cours de mes recherches sur les mythes, s'approfondissait. Les images originelles et l'essence des archétypes passèrent au centre de mes recherches et il devint pour moi évident qu'il ne saurait exister de psychologie, et encore bien moins de psychologie de l'inconscient, sans base historique.Certes, une psychologie de la conscience peut se suffire de la connaissance de la vie personnelle, mais démêler une névrose nécessite déjà une anamnèse qui fait appel à un sondage plus profond que celui du seul savoir de la conscience ; et lorsque, au cours du traitement, on en arrive à des moments où des décisions inhabituelles doivent être prises, apparaissent alors les rêves dont l'interprétation exige plus que des réminiscences personnelles. "

 

20/12/2006

Le péché

Selon C. G. JUNG :

  " Toute la signification du péché est que vous le portez. A quoi sert le péché si vous pouvez le jeter au loin ? Si vous-mêmes êtes profondément conscients de votre péché, vous devez le porter, vivre avec, il est vous-mêmes. Faute de quoi, vous niez l'existence de votre frère, votre ombre, l'être imparfait en vous qui vous suit et qui accomplit tous les actes que vous ne voulez pas entreprendre, parce que trop trop lâches ou trop vertueux. Lui commettra le péché et, lorsque vous niez son existence, vous l'expédiez dans l'inconscient collectif où il va provoquer du désordre. Car ce déni est contre nature. Vous avez à rester en contact avec votre ombre, vous avez à dire : "Oui, tu es mon frère, je dois t'accepter." Vous devez être bons envers vous-mêmes et ne pas dire : "Racaille, je n'ai rien à voir avec toi ! " C'est une erreur de nier l'ombre. Si vous le faites, une réaction de l'inconscient collectif surgira du noir, sous la forme d'une personnification. L'homme pieux se dit à lui même : "Non, pas ça ! " et repousse l'ombre et s'en trouve fort satisfait. Alors, tout à coup, des figures étranges apparaissent, des fantasmes sexuels montent des abîmes pour venir envahir son esprit. Et plus il force sur sa piété, plus ce qui lui tombe dessus devient diabolique. Il est une sorte de saint Antoine : cet homme si pieux avait des visions terribles. Il se peut que ce soit une femme qui pénètre son esprit : l'anima qui surgit, habituellement dans sa nudité, terriblement naturelle. Voici donc la nature qui vient détruire un tabou, la vengeance de l'inconscient collectif. L'inconscient collectif est une réalité, aussi, lorsqu'une anima ou un animus surviennent, c'est la réalité. Et n'importe qui peut être l'inconscient collectif de n'importe qui d'autre. Les gens se conduiront comme des démons se conduiraient s'ils pouvaient monter de l'abîme ..."

L'Analyse des rêves, Albin Michel, tome I, p.127-128. 

18/12/2006

Les abysses de l'inconscient

C. G. JUNG a, "artificiellement", déterminé des degrés dans l'hypothèse d'un inconscient collectif :

     L'inconscient "familial" ou "tribal" est à la frange de l'inconscient personnel. Il concerne tout ce qui s'est dit et pensé dans une famille depuis des générations et aussi tout ce qui a été interdit, refoulé, déprécié, en quelque sorte les cadavres dans les placards. Cet inconscient fait souvent fonction de décor pour les véritables représentations théâtrales que sont nos rêves.

     L'inconscient "historique", comme d'ailleurs l'inconscient personnel, reste dans ce que l'on pourrait appeler la partie "haute" dans le domaine des "résidus archaïques" de S. FREUD. Il comprend les stades historiques qui ont précédé la conscience contemporaine, les "vestiges de l'esprit de l'antiquité", la science, les religions, le folklore, la mythologie, la psychologie primitive. Ces connaissances, présentes dans l'inconscient collectif, sont génératrices de symboles qui apparaissent aussi dans les rêves. mais là où Jung va déjà plus loin que Freud c'est qu'il inclut aussi toute l'histoire "naturelle" de l'être humain, c'est à dire  l'histoire évolutive de l'espèce humaine (il dit la "phylogenèse") et de son accession à la conscience.

     Plus on descend ensuite vers les abysses de l'inconscient, plus il devient collectif et indifférencié, quasi psychique, quasi matière. On tombe alors dans le domaine auquel C. G. Jung applique la qualificatif de "psychoïde". Ce terme, qu'il commente dans de nombreuses lettres, constituerait la matière de base se divisant ensuite en une matière et une psyché résultant de ce processus de différenciation. Il me semble qu'il y a ici un pont entre la psychologie et l'alchimie des philosophes de la nature pour peu que l'on "divinise" le terme psyché. 

     Plus Jung a progressé en âge et en réflexion et plus s'est renforcé son hypothèse d'un "unus mundus", d'un "monde un" où disparaîtrait la séparation entre matière et psyché et où rêgnerait un "ordre fondamental". Cette théorie s'apparente à l'hypothèse quantique qu' "en arrière" il y aurait un autre niveau, non matériel de symétrie et d'ordre. (Je vous mettrai, sous peu, un texte du physicien David PEAT très éclairant sur le sujet.) Dans une lettre de Jung de 1957, quatre ans avant sa mort, on voit que, pour lui, cette hypothèse avait pris les apparences d'une certitude. Il écrit :

"Nous avons plutôt toutes les raisons de supposer qu'il doit n'y avoir qu'un seul univers, dans lequel psyché et matière sont une seule et même chose dans lequel nous pratiquons une discrimination aux fins de connaissance".

     Ce monde des profondeurs ultimes de l'inconscient collectif appartient au domaine hypothétique de "l'absolument autre, inconnaissable et irreprésentable mais, quand on remonte vers la surface, juste sous la mince pellicule de la conscience, on se trouve dans un lieu où ne règnent ni nos lois, ni nos codes et où certains émissaires des profondeurs peuvent venir en ambassade. Les habitants de ce lieu sont les archétypes. Un réseau de relations, se développant à partir de ces archétypes, va permettre à l'irreprésentable de se présenter au moi conscient. Que sont exactement les archétypes me demanderez vous ? Vaste sujet...

 

16/12/2006

L'inconscient collectif selon C. G. JUNG

La possibilité d'un inconscient collectif était une hypothèse tout à fait révolutionnaire , pas du tout dans l'"esprit du temps" au moment où C. G. JUNG l'a émise en s'appuyant sur de longues années d'observation des fantasmes et des rêves soumis à son analyse. En effet, à l'époque du behaviorisme   (étude limitée à l'aspect scientifique et expérimentale du comportement) triomphant qui considérait que l'individu n'est, à l'origine, qu'une cire vierge que seul l'apprentissage peut imprimer, il arriva à la conclusion que ces rêves et fantasmes renfermaient des matériaux n'appartenant pas à la mémoire personnelle des sujets. Il découvrit qu'une "expérience archaïque, phylogénétique", "correspondant à peu près à ce qu'il devait appeler inconscient collectif", affleurait à la conscience à travers des images telles que celles des opposés, de l'éternel féminin, des mandalas de la totalité ou de la divinité. C.G. Jung raconte cela dans une lettre du 12 Juillet 1958, trois ans avant sa mort, ce qui montre qu'il avait pris le recul nécessaire. Il dit aussi que ces images se manifestaient dans le contexte social, culturel et personnel propre à chaque individu, mais en reproduisant toujours le même schéma. Ces contenus de la psyché n'étaient donc pas des résidus refoulés de l'expérience personnelle mais des matériaux collectifs appartenant à l'humanité toute entière, d'où la dénomination "inconscient collectif" ou, parfois, "psyché objective". 

S. FREUD avait, lui aussi, observé la présence d'images mythiques, restes du passé qu'il nommait "résidus archaïques". Je pense, par exemple, aux racines "archéologiques" du complexe d'Oedipe dans Totem et  Tabou et à sa notion de fantasme originaire. Mais la conception de C. G. Jung est très différente. Il voit dans ces "résidus", non pas des objets périmés mais des racines vivantes de la psyché humaine. Cette partie de la psyché est au delà de la conscience, elle a des contenus impersonnels  et constitue un soubassement de la psyché, partout présent  et identique.

C'est par commodité, et pour avoir des repères, que Jung a déterminé des degrés dans l'inconscient collectif qui n'en possède aucun, si ce n'est ceux de la possibilité de représentation. La prochaine fois que je continuerai le  voyage que nous avions commencé à la surface de la psyché junguienne nous allons descendre très profond, jusqu'aux abysses...

14/12/2006

Les complexes

Pour C. G. JUNG, que je considère comme un Philosophe de la Nature " nouvelle vague, l'"inconscient" est un terme qui recouvre une expérience très ancienne de l'humanité. L'homme se trouve devant des forces inconnues, se manifestant sous la forme de représentations étranges. Il a l'impression que ce n'est pas lui qui en est l'auteur et la puissance avec laquelle elles peuvent le diriger lui fait peur. Autrefois ces forces se nommaient divinités, démons ou "esprits". C. G. Jung, par l'intermédiaire de rêves et de visions, a fait très jeune l'expérience de ces créations échappant, à des degrés différents d'altérité, au Moi. Le premier degré étant l'inconscient personnel. 

L'inconscient personnel Junguien n'est pas très éloigné de l'inconscient freudien qui lui a été transmis comme un "héritage déjà vénérable" mais dont il allait faire un usage quelque peu iconoclaste. Il est cependant beaucoup plus "flou" parce qu'il est contaminé par des contenus d'un inconscient très éloigné des possibilités de représentation à la conscience. Cet inconscient personnel, dont il faut bien comprendre l'absence de frontières étanches, est l'habitat des "complexes". 

Jung n'aime pas beaucoup imposer à sa pensée les limites des définitions et dans "l'homme à la découverte de son âme" il prétend supposer tacitement que tout le monde connait le sens de ce terme passé dans la langue courante et que tout le monde sait que l'on "a" des  complexes, mais il insiste sur le fait que l'on sait moins que des complexes peuvent "nous avoir". Pour lui, le complexe possède une force, une autonomie et un potentiel énergétique capables de produire une "modification momentanée et inconsciente de la personnalité appelée identification au complexe". 

Entre le simple lapsus et la "possession" il n'y a qu'une différence de degré. La force des complexes s'enracine dans des couches profondes, quasi biologiques. Autonomes par rapport à la conscience ils empruntent un réseau de voies de réactions où ils se chargent d'une énergie qui, arrivée au niveau de la conscience, se traduit en émotions et affects.  De vraies petites bombes qui aboutissent au Moi. Un moi qui est, lui aussi, un complexe, surtout quand il cherche à occuper toute la conscience et s'épuise à épaissir la couche de sa persona .

L e texte de C. G. Jung le plus éclairant sur les complexes, se trouve, à mon avis, dans "Un mythe moderne (p. 220), une oeuvre tardive.  Il y est question des complexes qui :

"dépouillés de leur diaprure personnelle et habituelle, apparaissant par conséquent comme ce qu'ils sont à l'origine, à savoir des formes originales des instincts. Supra personnel, ils sont d'une nature inconsciente, et les mêmes chez tous. Les complexes personnels prennent naissance aux points où se produisent des collisions avec la disposition instinctive générale. Ce sont des points de moindre adaptabilité qui restent particulièrement sensibles et dont la susceptibilité déterminera des affects qui arracheront du visage de l'homme civilisé le masque de l'adaptation."

Ce texte montre de quelles profondeurs peuvent remonter des ensemble de représentations obsédantes qui sont des messages entre les divers niveaux de l'inconscient et le Moi. Ce sont ces niveaux profonds que Jung  dénomme "inconscient collectif'. 

     Ariaga
 

 

08/12/2006

Les séries de rêves

Toute interprétation de rêve n'étant qu'une supposition, on se trouve, devant une abondante production onirique, dans le cas du chercheur qui s'attacherait à l'étude d'évènements dont il lui serait impossible de démontrer le sens et la régularité. C'est dans ce but que C. G.  Jung a privilégié les séries de rêves, espérant ainsi diminuer l'incertitude. Il en donne les raisons dans "Psychologie et Religion"(p. 58) :

"Si faire se peut, je n'interprète jamais un rêve isolément. En règle générale, un rêve appartient à une série de rêves. De même que dans le conscient, il existe une continuité, abstraction faite qu'elle est régulièrement interrompue par le sommeil, de même il existe apparemment une continuité dans la suite des processus inconscients. Cette continuité dont font preuve les déroulements inconscients est peut-être encore plus marquée que dans les phénomènes conscients. En tous cas, mon expérience se prononce en faveur de la probabilité que les rêves sont les maillons visibles d'une "chaîne" d'évènements inconscients."

Dans son ouvrage "Psychologie et Alchimie" C G. Jung, à la recherche d'un fil conducteur, examine une série de centaines de rêves. A l'époque ils étaient anonymes, mais on a su ultérieurement qu'il s'agissait de ceux du célèbre  physicien W. Pauli.

Quand on a la chance de pouvoir "contempler" une série de rêve il est possible de mieux suivre le "discours" (j'endosse la responsabilité de ce terme) du rêve et de contrôler les interprétations, les rêves eux mêmes s'en chargeant par des corrections et des réajustements. Mais, pour comprendre l'intérêt des séries il est utile de connaître l'hypothèse de C. G .Jung sur le "noyau central de signification", hypothèse hardie car elle remet en cause des concepts qui sont les repères de notre vie quotidienne. 

L'inconscient ne se soucie pas de notre perception du temps ou de notre idée de la causalité. Temps et causalité sont, en quelque sorte, "disloqués".  Les séries de rêves racontent une histoire dont la chronologie est parfois respectée mais , souvent, elle se perd. Ou bien le niveau de l'histoire apparente masque un autre niveau plus essentiel. Nous sommes incités à établir une chronologie des rêves et à les relier entre eux en se basant sur le fait qu'ils nous parviennent l'un après l'autre. Or, pour C. G. Jung ("Sur l'interprétation des rêves" p. 22, 23)

"Il n'est pas démontré que la suite réelle d'un premier rêve ne parvienne qu'ultérieurement à la conscience. La série qui nous paraît chronologique n'est pas la véritable série. Un nouveau thème peut très bien apparaître dans un rêve, avant de disparaître pour céder de nouveau la la place à un thème antérieur. La véritable configuration du rêve est radiale : les rêves rayonnent à partir d'un centre, et ne viennent qu'ensuite se soumettre à l'influence de notre perception du temps. Les rêves se subordonnent en réalité à un noyau central de signification."

Pour C. G. Jung, les rêves naissent dans un esprit qui n'est pas tout à fait humain et ressemblent plutôt à un "murmure de la nature" qu'à nos belles constructions logiques. Cette vision "radiale" de la chronologie onirique s'accompagne chez Jung d'une réflexion sur la causalité liée à la fois aux rêves et aux évènements de la vie courante. Il lui apparait que, dans certains cas, quand l'inconscient est particulièrement activé et le sujet très réceptif , on est conduit à postuler un facteur irréductible "par nature"à la causalité. Il faudrait alors admettre, écrit-il dans "Synchronicité et Paracelse"(p. 29)

"Que les évènements en général sont associés soit, directement en chaines causales soit, le cas échéant, par une sorte de lien transversal, de l'ordre du sens. "

A cette coïncidence d'évènements, reliés par hasard entre eux d'une manière significative, JC. G. Jung à donné le nom de "synchronicité". Mais, comme le disait Schéhérazade pour ne pas se faire étrangler ce sera une autre histoire que je vous raconterai un jour.

 

 

05/12/2006

L'ombre, éclairée par C.G. Jung

Celui qui parvient à revêtir son Moi d'une persona bien épaisse possède un bon système d'adaptation et de communication avec le monde extérieur. Il y a un prix à payer. 

Tout ce qui a été refusé, parce que non conforme avec l'image de soi que l'on s'efforçait, parfois douloureusement, de construire ; tout ce que certain appellent péché, d'autres partie inférieure de la personnalité ; tout ce que l'on refuse d'admettre en soi, tout cela "tombe", en quelque sorte, dans la partie non visible du Moi. Non visible, mais cependant très proche car il s'agit d'acquisitions de la vie individuelle.

Le premier travail de celui qui veut tenter une transformation par l'alchimie spirituelle (C.G.Jung dirait le début de l'analyse), est donc de rendre l'ombre consciente et, même si elle semble repoussante, de la regarder bien en face, puis d'accepter. Ceci est possible avec du courage et de la bonne volonté. Le problème est que nous avons tous tendance à faire des projections de notre ombre sur les Autres. Je vais donner un exemple : Une femme a plusieurs jeunes nièces. L'une d'elle, qu'elle aime beaucoup, a le don de l'exaspérer et elle la houspille sans cesse. C'est plus fort qu'elle, elle la voudrait parfaite. Un jour, le frère de cette femme lui dit : Je ne comprends pas pourquoi tu as ce comportement avec elle, tu devrais la préférer, elle te ressemble beaucoup." Cette femme a soudain compris : sa nièce avait des traits de caractère qui avaient été les siens autrefois et qui, pour plaire à son entourage, avaient été "mis à l'ombre". C'est le genre de prise de conscience qui fait progresser dans la connaissance de soi, prise de conscience que beaucoup refusent.

Il ne faut pas croire que l'ombre cache uniquement des choses négatives. Si l'on en croit C.G. Jung dans Aîon:

  " ...Si l'on admettait précédemment  que l'ombre humain était  la source de tout mal, on peut maintenant, si l'on y regarde de plus près, découvrir que l'homme inconscient, précisément l'ombre, n'est pas uniquement composé de tendances moralement répréhensibles, mais qu'il comporte aussi un certain nombre de bonnes qualités, des instincts normaux, des réactions appropriées, des perceptions réalistes, des impulsions créatrices, etc."

Il existe une zone encore plus éloignée de la conscience, celle où résident l'anima et l'animus . Mais de cela on ne peut parler qu'après avoir fait monter sur scène l'archétype. C'est encore une autre histoire...

  
 

04/12/2006

Etienne Perrot et la voie alchimique de nature

Extrait de "La voie de la transformation". Editeur : La Fontaine de Pierre.

"Nous sommes ici au coeur du problème, de notre problème : la voie alchimique est la voie de nature (via naturae), comme l'est aussi la voie junguienne qui en est le nouveau nom. Celui qui l'emprunte accepte de soumettre la nature qui est au fond de lui, son essence intime, pure et immortelle, à l'influence de la nature universelle, ressentie soit sous une forme invisible, soit à travers une pierre philosophale déjà achevée, à travers un homme ayant fait le chemin, afin de réaliser en lui la nature au sens de Grégoire de Nysse, c'est à dire l'éclosion et l'accomplissement de l'être échappant au temps, de la fleur d'or. C'est le sens de la maxime célèbre de Démocrite, ou, pour parler comme les érudits, du pseudo-Démocrite, l'un des principaux alchimistes grecs : "la nature réjouit la nature, la nature vainc la nature, la nature maîtrise la nature. " Jung, moderne alchimiste, fait écho à ce vieil auteur lorsqu'il dit : "Ce n'est pas moi qui me crée, j'adviens bien plutôt à moi même."...

...Cette voie est donc d'une divine simplicité. Mais Platon disait qu'on ne doit pas vouloir parvenir trop tôt à l'Un. C'est le sommet de la montagne dont la vue stimule les énergies et qui paraît tout proche alors que des heures, et peut-être des nuits de marche en séparent encore. La pierre est "chose simple", mais elle résume en elle la complexité de l'univers, elle est un monde en petit, un microcosme. Le chemin qui y mène est, à son image, simple dans son dessin général et complexe dans son déroulement, puisqu'il serpente constamment d'un opposé à l'autre. Il faut viser l'unité, mais sans rien sacrifier des contraires qui doivent être réintégrés en elle. L'esprit ne doit pas s'évader du corps, l'ascension au septième ciel n'est pas la réalisation de l'homme... (p. 184, 185)

 

29/11/2006

Le Moi, selon C.G. JUNG

Le Moi, revêtu des habits de la persona, est le centre de la conscience et le sujet de tous les actes conscients. C'est à partir d'un ensemble d'éléments de représentation possédant un haut degré de continuité que se forme le sentiment d'identité. Je sais que je suis moi et pas un autre. Le moi est donc, comme le dit C.G. Jung, : "autant qu'on puisse en juger, une unicité individuelle qui demeure identique à elle même dans une mesure déterminée."( Aïon) C'est aussi un centre d'organisation et un lieu d'échanges, à la jonction entre l'univers intérieur et le monde extérieur. Il reçoit sans cesse des informations, subit des agressions déclenchant un flot ininterrompu de réflexions et de modifications.

C'est à partir de la relation entre le Moi et les domaines de notre expérience, entre les mondes du dedans et du dehors, l'objectif et le subjectif, que Jung a établi ses types psychologiques, introverti et extraverti, et déterminé les quatre fonctions conscientes dont dispose le Moi pour s'orienter et s'adapter "dans le chaos des phénomènes", tout en conservant son intégrité contre l'apport des éléments nouveaux : les faits extérieurs susceptibles d'expérience sensible et les objets d'expérience immédiate qui, eux,  sont intérieurs. (Je vous raconterai cette histoire des fonctions un jour où je me sentirai "inspirée".)

Dans cette espèce de géographie de la psyché que j'avais commencée avec "la peau de l'être psychique" on voit donc que le Moi se situe au centre de la conscience, comme une sorte de général en chef. Cependant, il n'est pas toujours le maître chez lui, car il doit supporter le poids de la conscience collective, mais il dispose d'un pouvoir, d'une énergie créatrice : la volonté. Grâce à cette énergie, l'homme peut influencer le cours des événements et éprouver un sentiment de liberté. Tout au moins si cette énergie est suffisante.

J'ai, à un certain moment de mon évolution, pensé que le Moi devait être le plus possible mis en veilleuse, mais C. G. Jung, et avant lui S. Freud m'ont confortée dans l'idée que le Moi doit être fort. Il est indispensable à l'équilibre de la psyché qu'il soit ferme et rassuré car la frontière avec le domaine de l'inconnu n'est pas étanche. Il est entouré par l'ensemble du champ de la conscience mais aussi par les  inconscients. Il se trouve dans la position d'un sous-marin immergé dans l'océan, avec ce que cela implique d'interactions la plus immédiate étant celle de l'OMBRE. Celui qui veut tenter le périlleux voyage dans les profondeurs de l'inconscient doit donc avoir un Moi particulièrement solide.  

20/11/2006

La conscience selon C.G. Jung

Je disais hier que j'avais omis, dans mes petits textes d'exploration de la psyché de parler, avant tout, de la conscience. Curieuse  erreur, serais-je inconsciente ?

Il ne s'agit pas ici de la conscience au sens religieux ou éthique. Simplement j'essaie de dire ce qu'elle représentait pour C.G. Jung. D'abord, le fait que la conscience humaine ait émergé d'un état originel d'inconscience est pour lui un sujet d'émerveillement. Il écrit dans "Les racines de la conscience :

"Tous les efforts  de l'humanité tendent à la consolidation de la conscience. Cest à cela que servent les rites, les "représentations collectives", les dogmes ; c'étaient des digues et des murailles élevées contre les dangers de l'inconscient. "

L'homme n'est devenu conscient que graduellement, l'émergence hors de l'indifférencié est récente et l'évolution est loin d'être achevée. Pour moi l'alchimie spirituelle est un des moyens de progresser. 

La fonction de la conscience est d'être le lieu où s'établissent les relations entre le Moi et les contenus psychiques. Si le Moi perçoit les rapports entre ces contenus, il y a conscience.

Pratiquement, C.G. Jung délimite la conscience par la frontière de l'"inconnu", domaine du non senti, non re-présenté, non pensé, bref, tout ce que l'on ne sait pas. Il distingue aussi toute une gamme d'intensités de la conscience qui fait qu'il n'y a pas de conscience pure et simple. Entre ce que l'on fait et le fait d'en être conscient il y a parfois une immense différence et même une véritable contradiction.

Le champ de la conscience est théoriquement sans limites car il peut sans cesse s'élargir par l'acquisition de nouveaux éléments, issus de l'inépuisable réservoir que représente l'inconscient. On se trouve dans une curieuse situation : un vrai conscient et un conscient dominé par l'inconscience cohabitent. Pour C.G. Jung, par de problème car il pense qu'il n'y a pas de contenu conscient dont on puisse dire avec certitude qu'on en a une conscience totale. En effet, cela supposerait une impensable totalité de conscience qui, elle même nécessiterait une perfection de l'esprit humain qu'on ne peut se représenter davantage. C'est un rêve et un but.  

Je livre à vos méditations du soir ces deux belles citation de C.G.Jung, la première extraite de "l'Homme à la découverte de son âme" et la seconde de "Symbolique de l'esprit":

"Quand nous nous demandons ce que peut bien être la nature de la conscience, le fait, merveille d'entre les merveilles, qui nous impressionne le plus profondément, c'est que, un événement venant à se produire dans le cosmos, il s'en crée simultanément une image en nous où, en quelque sorte, il se déroule parallèlement, devenant ainsi conscient."

"En effet, notre conscience ne se crée pas d'elle même, elle émane de profondeurs inconnues. Dans l'enfance, elle s'éveille graduellement et, tout au long de la vie, elle s'éveille le matin, sort des profondeurs du sommeil, d'un état d'inconscience. Elle est comme un enfant qui naît quotidiennement du sein maternel de l'inconscient. " 

 

15/11/2006

La peau de l'être psychique

Je vais essayer par "petites touches" de décrire sur ce blog ce que C.G. JUNG appelle la totalité de la psyché. De faire une sorte de carte de géographie de ce qui, pour la plupart d'entre nous, est un pays étranger. Mais, pour commencer, qu'est-ce-que la "psyché"? Dans l'optique jungienne, il s'agit de l'ensemble de la vie mentale consciente ou inconsciente d'un individu. En plus simple, de ce qui concerne l'esprit, avec un grand ou un petit e selon la manière dont on envisage le mot esprit. Pour aller, comme s'il s'agissait d'un corps humain, de l'extérieur vers l'intérieur de cercles concentriques, je vais commencer par la peau, c'est à dire la "persona".

La peau de l'être psychique, la persona, est ainsi dénommée par C.G. Jung parce que, dans l'antiquité, le terme persona désignait le masque que portait le comédien, indiquant ainsi quel personnage il incarnait. Elle se présente comme le costume du Moi, une sorte d'enveloppe extérieure chargée de faciliter l'adaptation à la société. Grâce à elle, l'individu va pouvoir jouer son rôle et rentrer en relation avec autrui. Il construit cette "apparence" dès l'enfance en privilégiant les aspects de son caractère qui lui semblent nécessaires à son intégration dans l'organisation sociale. Bien sûr, l'enfant peut résister à ce processus. Cela donnera des "inadaptés" et aussi des génies. Les aspects rejetés vont glisser dans l'inconscient personnel où on les retrouvera comme éléments formateurs de l'ombre du Moi. Cette personnalité refoulée aura naturellement des tendances opposées à celles du conscient et sera à l'origine de coexistence "intérieures" de personnalités absolument opposées. Vous imaginez les dégâts possibles...

La façade sociale représentée par la persona  donne une illusion d'individualité et de liberté mais, comme le dit C.G.Jung, elle est seulement une "apparence". Elle n'a rien de réel. Cependant, la persona est aussi une nécessité. C'est l'adaptation, par un difficile apprentissage, à la manière d'exister dans un environnement fait de parents, amis, institutions ; un compromis entre l'individu et la société où l'opinion des autres a souvent plus d'importance que celle de l'individu lui-même.

Le danger vient du fait que, en perpétuelle représentation sous le masque de la persona, l'individu risque d'étouffer complètement sa vraie nature et de devenir, de n'être plus que le paraître du rôle qu'il incarne. Heureusement, la persona représente seulement l'extérieur d'un Moi qui est lui même le centre d'une conscience non imperméable aux influences et échanges avec les re-présentants de la totalité de l'être psychique. 

 

 

10/11/2006

Les Rêves selon C.G. JUNG

En ce moment les rêves sont très présents durant mes nuits ( le jour aussi d'ailleurs ! ) et la journée touchant à sa fin je m'en vais vous raconter ce que C.G. JUNG pensait des différentes sortes de rêves. 

Il commence par déterminer la nature du rêve. C'est un "phénomène naturel" ne procédant pas de la volonté. En tant qu'évènement naturel il ne s'accompagne pas d'une justification alors que notre raison, elle, exige de savoir le pourquoi, le sens, etc., ce qui explique l'intérêt pour les ouvrages de clef des rêves. C.G.JUNG est tout à fait opposé à ce genre de classification univoque mais il est arrivé, à partir de sa pratique, à privilégier quatre significations :

La première, et la plus simple, est qu'il s'agit d'une "réaction consciente à une situation inconsciente". Ce genre de rêves a pour origine les évènements quotidiens.

Le deuxième cas concerne une "production plus ou moins spontanée de l'inconscient". Il y a alors conflit entre la conscience et l'inconscient provoqué par le fait que l'inconscient ajoute des fioritures à une situation donnée ce qui rend l'histoire incompréhensible au premier abord.

La troisième possibilité est celle où le rêve représente une tendance de l'inconscient à vouloir transformer l'attitude consciente du rêveur.  Il s'agirait d'une sorte de "projet " de l'inconscient. Ceci est évidemment difficile à comprendre mais C.G. JUNG en fait une des bases de l'évolution, certains diraient de la "réalisation" d'un individu.

Dernière et très angoissante possibilité pour les esprits rationnels, le rêve fait émerger des processus inconscients ne paraissant avoir aucun rapport avec la situation consciente du rêveur. Ces rêves sont souvent impressionnants. Dans l'antiquité on les considérait comme des oracles, pour certains "primitifs" c'étaient des "grands rêves". L'Eglise les dénommaient somnio a deo missa (rêves envoyés par les dieux). L'inconscient apparait dans ce dernier cas comme une puissance créatrice.

C'est en s'appuyant sur les deux dernières catégories de rêves que C.G.JUNG s'élève contre l'idée généralement admise que le contenu du rêve est en rapport avec l'état conscient ce qui a engendré la théorie que l'explication du rêve se trouverait uniquement dans la conscience. L'inconscient ne serait alors qu'un épiphénomène. Or,  écrit C.G.JUNG dans son livre "Sur l'interprétation des rêves"qui a inspiré cette note : "cette théorie est fausse, la réalité est même exactement l'inverse : l'inconscient est antérieur à la conscience... l'inconscient constitue une donnée originelle où la conscience va toujours puiser et se renouveler."

Je ne vous dit pas les controverses qu'il y a eu à ce sujet et c'est une autre fois que je vous raconterai ce que C.G. Jung pense de l'origine, des sources du rêve. La nuit est tombée et c'est l'heure où les lions vont boire...

 

07/11/2006

C.G. JUNG et la chaîne d'or

Tout d'abord, je viens de m'apercevoir que je parle de C.G.JUNG, comme si tout le monde savait qui il était. C'est souvent ainsi quand on est "amoureuse" de quelqu'un. Pour aujourd'hui je vais le situer dans le temps  : 1875-1961.

En alchimie, l'aurea catena ou chaîne d'or est la lignée des grands sages commençant par Hermès Trismegiste qui relie le ciel à la terre. C'est aussi l'enchaînement des états de la matière au cours du processus alchimique. Je pense que C.G. JUNG est un maillon de cette chaîne qui symbolise ceux qui n'ont pas eu peur d'entreprendre un dangereux voyage de découverte entre les deux pôles reliant la matière à la psyché. Il a toujours "ressenti " que l'homme n'est pas seulement fait de ses aspirations les plus élevées mais que, même s'il a perdu le vieil apendice caudal des sauriens, il conserve une solide chaîne accrochée à son esprit et le liant à la terre. De plus, son incessant questionnement, ses décénnies de patientes recherches, la mise en jeu de son "âme" au moment de son affrontement avec l'inconscient, tout ceci contribue à l'intégrer en tant que maillon de cette chaîne.

La terrible confrontation de C.G. JUNG avec l'Inconscient, vers la quarentaine, confrontation qui faillit lui faire perdre la raison, provoqua de longues et profondes répercussions. A partir de cette époque, pendant une vingtaine d'années, nombre de questions se posèrent à lui d'une manière obsédante. Une des plus obsédante était : "Où se trouvent mes prémisses, mes racines dans l'histoire ?" Il pensait que, sans antécédents historiques, ce qu'il avait retenu de ses expériences sur lui-même et de sa pratique avec ses patients resterait une série de cas isolés, sans aucune continuité permettant de fonder une théorie. 

De 1918 à 1926, il avait très sérieusement étudié les gnostiques qui lui semblaient avoir, à leur manière, rencontré l'inconscient profond. Ils avaient été confrontés, comme lui- même, à des re-présentations  exprimant le monde des instincts. Cependant il n'était pas satisfait car il pensait que ce qui nous est parvenu des gnostiques avait été transmis et souvent falsifié par les Pères de l'Eglise. De plus ces écrits étaient trop éloignés dans le temps et il avait l'impression que la chaîne était rompue. C'est pourquoi il lui fut, pendant longtemps,  impossible de trouver le lien entre la gnose et le présent. De plus, l'interprétation de ses propres rêves et de ceux de ses patients, surtout quand il s'agissait de séries de rêves, lui avait donné à penser que le symbolisme qu'ils véhiculaient etait trop fort, et aussi trop obscur, pour ne pas plonger ses racines très loin dans le temps. 

L'obstacle qui empéchait C.G.JUNG d'aller plus loin dans ses recherches était l'impossibilité de généraliser. Il avait besoin d'un outil d'interprétation fiable quand il interprétait des rêves. Il devait dépasser le stade des explications à partir de la vie courante ou refoulée du patient. La mythologie, l'histoire des religions, celle des sociétés, lui avaient fourni des éclaircissements. Pourtant, une difficulté surgissait au moment où il devait expliquer la présence dans ces rêves de symboles, à la fois "vivants" et très archaïques, se manifestant régulièrement, sous des déguisements divers, au cours de séries de rêves. 

La découverte des textes alchimiques, surtout quand leur sens apparut enfin à C.G.JUNG, (ceci est toute une histoire, pour une autre fois), fut une révélation : celle de la continuité d'une chaîne, passant par une gnose combattue et refoulée par l'Eglise, qui avait dans les rêves contemporains une présence très forte mais aussi très difficile à expliquer. Ce n'est qu'après un long décryptage des traités alchimiques que lui vint l'intuition d'avoir retrouvé le maillon perdu de la chaîne : L'alchimie du moyen âge, en tant que PHILOSOPHIE DE LA NATURE, était peut-être ce pont, qu'il recherchait tant, entre la gnose et la psychologie de l'inconscient. 

 

 

 

24/10/2006

Pourquoi C.G. JUNG plutôt que S. FREUD ?

J'ai la plus grande admiration pour les travaux et l'oeuvre de S.FREUD car il est le premier a avoir donné à l'analyse des rêves l'importance qu'elle méritait. Mais je suis en quête de réponses au problème de l'être humain malheureux parce  qu'il se sent profondément insatisfait, seul devant une sorte de mur. Ce mur le prive d'une partie de sa totalité psychique. Il a aussi le pressentiment qu'il existe une autre totalité, plus vaste que la sienne, et cela l'angoisse et le fascine à la fois. J'ai trouvé chez C.G. JUNG de meilleures pistes de réponses que chez Freud. 

Autre raison de mon choix, les résultats très différents, quand il s'agit d'opposer le conscient et l'inconscient. Dans le cas de S.FREUD on observe des rapports de force conflictuels alors que dans le cas de C.G.JUNG il y a des rapports de dialogue et de coopération. En effet, le souci essentiel de S. FREUD était d'apporter des preuves, contre tous ses opposants, à sa théorie de la sexualité. Pour lui, ce qui est essentiel c'est le désir au sein du triangle parental. Ce désir provoque une lutte incessante entre l'envie et la peur d'une sanction. S'il y a faute, imaginaire ou réelle, il y a aussi punition et renonciation ce qui est à l'origine de refoulements. Or, le refoulement est une autre forme de violence puisqu'il provoque un rejet de soi même ou des autres. Cette théorie de la sexualité comme fondement de l'inconscient montre que le besoin sexuel n'unit pas les hommes mais les sépare.

 Autre  source de conflit, la lutte entre les forces de vie et les forces de mort, ceci est tout à fait passionnant et mérite d'être longuement médité. Ce sera pour un autre jour. 

Si S.FREUD envisage presque le rapport avec l'inconscient comme une guerre pour défendre le Moi, C.G.JUNG à une autre vision : il tente d'êtablir une relation constructive entre le Moi et l'Inconscient. Il veut faire émerger, autant que faire se peut, par une sorte de coopération entre ces ennemis, coopération excluant la domination de l'un ou de l'autre, une forme de totalité psychique. Le Rêve, et surtout les séries de rêves, sont à la base de ce travail qui fait partie de l'alchimie spirituelle.

C.G. JUNG a aussi une conception "alchimique" de l'inconscient qui est, pour lui, un matériau brut destiné à  être transformé par le contact avec le conscient. Même le aspects les plus noirs font partie de ce matériau qui, lorsqu'il est bien identifié , commence à être transmuté et redevient une énergie positive.

Un dernier point, et pas le moindre, expliquant mon amour pour C.G.JUNG est le caractère de ses écrits. Il pensait que les théories ne sont que des propositions. Souvent, et ses détracteurs le lui ont reproché, il a changé d'avis. Il plaisantait avec ses amis sur le sort réservé à une oeuvre qui serait certainement malmenée par ses successeurs. Je pense que certains d'entre eux, ceux que l'on surnomme "les jungiens purs et durs" trouveront mon texte bien "léger" mais, encouragée par mon rêve du 21,  je le vois me sourire avec l'ironie qui le caractérisait. Je pense aussi, lui qui aimait tant le genre épistolaire, que, s'il était encore vivant, il aurait un énorme blog.