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30/06/2008

Rêves de vacances au Laboratoire

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   Prisonniers et autres enfermés, parfois par eux mêmes et leur peur de l'extérieur, hospitalisés, personnes physiquement incapables de se déplacer et ceux qui restent à leurs côté, et ceux, nombreux, qui sont sans argent, je pense à vous car, moi non plus je ne pars pas en vacances. Ils rêvent à ce mot magique, vacances, car ils se sentent privés de liberté dans un monde où tout est tourné vers l'extérieur, vers un ailleurs où les problèmes disparaîtrons et où la vie sera plus belle.
   Ne soyez pas tristes, amis lecteurs, il nous reste , comme je vous l'avais dit l'été dernier, la plus grande liberté, celle que personne ne peut nous ôter : voyager dans notre tête. Nous pouvons pouvons réfléchir, contempler une photo et y pénétrer en imagination, explorer l'intérieur de nous mêmes, rêver sur quelques lignes de prose ou de poésie. Nos possibilités de projection sont illimitées. Si nous le voulons vraiment, nous possédons le moyen de transport existant le plus rapide pour visiter jusqu'aux galaxies. Alors, vous comprenez, ceux qui s'entassent sur les autoroutes pour aller vers le "soleil" ou qui s'envolent à destination de lointains pays, ne serons jamais aussi rapides que nous. Et puis, il y a souvent des merveilles à quelques mètres ou à quelques kilomètres et aussi des ravins, des sommets, des aventures, de l'amour, en nos territoires intérieurs tellement inexplorés. 
  Le voyage durera tout l'été et, comme l'année précédente, se passera sur un banc. C'est économique, non polluant, convivial. Tout le monde peut y participer. Vos blogs, commentaires, mails, seront une source commune de départs en vacances dans la tête. Et ne croyez pas que le Laboratoire du Rêve et de l'Alchimie Spirituelle abandonne sa recherche de transmutations . Ce qui se passera cet été permettra d'accumuler un précieux combustible pour alimenter l'Athanor à la rentrée.
  Le banc fait face à une mer vide que l'on peut remplir de tous les possibles : navires, baleines, sirènes, hautes vagues appelant le surf, couchers de soleils sublimes. Derrière le banc des terres inconnues car nous pourrons agrandir l'espace suivant nos rêves et nos fantasmes.
   Je serai assise sur ce banc avec mes amis intérieurs imaginaires. Je ne vous les cite pas tous car je craindrais d'être taxée de multiples dédoublements schizophréniques mais les habitués du blog connaissent déjà le Vieil Alchimiste murmureur à l'oreille de mon coeur qui me chuchote parfois des choses insensées, Carl Gustav J. qui a été très jaloux d'être un peu délaissé l'été dernier alors que de belles dames, aux charmes desquelles il était si sensible de son vivant, fréquentaient le banc. Il y aura aussi cette figure masquée exigeante et fugace qui se cache sous le nom d'Inspiration Poétique. Et des images échappées de mon appareil photo. 
   Ne croyez pas que nous allons rester là occupés seulement à dialoguer, philosopher, psychanalyser, bref à faire surchauffer nos neurones. Le banc n'est pas immobile, il voyage tel un tapis volant. Ce sont les vacances non ?  et j'espère, avec tous ceux qui viendront s'asseoir près de moi, tenir un journal, le plus quotidien possible même si ce n'est qu'une simple phrase, de nos explorations intérieures et extérieures.
   Je vous embrasse tous amis connus et inconnus et bonnes vacances imaginaires.  
                  Ariaga   

29/04/2008

Rêve d'arbre mort

 

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L'arbre mort que l'on coupe exhale ses senteurs

et la sève du rêve monte au coeur de ses fleurs.

 

L'arbre mort que l'on coupe est tout chargé d'oiseaux

et de rires d'enfant, grimpeurs aux mains sucrées.

 

L'arbre mort que l'on coupe, cendre d'éternité. 

             Ariaga
 

16/04/2008

Le dernier rêve de C.G.JUNG

 

 
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C.G.JUNG, (1875-1961), jusqu'au dernier mois de sa vie, même si son corps était diminué, a "persévéré dans son être" psychique et spirituel avec une grande force. Il a revu les chapitres qu'il avait rédigé pour L'homme et ses symboles et  écrit des lettres. Il semble cependant, si on en croit ceux qui étaient présents, qu'il attendait avec une grande sérénité et une pointe d'impatience les "noces bienheureuses" qu'il avait entrevues pendant la période où il fut entre la vie et la mort en 1944. M.L. von FRANZ  raconte, dans son ouvrage sur Jung, que, dans une sorte de rêve éveillé, il dit à Miguel SERRANO qui lui rendait visite :

"Il y avait une fois une fleur, une pierre, un cristal, une reine, un roi, un château, un amant et sa bien-aimée, quelque part, il y a longtemps, longtemps, dans une île au milieu de la mer, il y a cinq mille ans...Tel est l'amour, la fleur mystique de l'âme. C'est le centre, le Soi. Personne ne comprend ce que je veux dire. Seul un poète pourrait le pressentir..."

Il resta actif dans sa bibliothèque jusqu'au 30 Mai 1961, puis il dut s'aliter mais il resta conscient jusqu'à la fin. Quelques nuits avant sa mort il reçut le dernier songe dont il eut la force de faire part à autrui. Ruth Bailey qui était à ses côtés le rapporta ainsi :

" 1) Il voyait un énorme bloc de pierre rond placé sur un socle élevé et au pied de la pierre étaient gravés ces mots : "Et ceci sera pour toi un signe de totalité et d'unité."

2) Beaucoup de récipients, de vases en terre cuite, sur le côté droit d'une place carrée. 

3) Un carré d'arbres, des racines toutes fibreuses sortant de terre et l'entourant. Il y avait des fils d'or scintillant parmi les racines." 

 Il est difficile de faire des commentaires sur un tel rêve et seul Jung lui-même aurait  pu en donner une interprétation valable. Je donnerai quand même quelques pistes inspirées par Barbara Hannah et Marie-Louise Von Franz, des femmes très proches de Jung (Jung ne travaillait pratiquement qu'avec des femmes).

On peut dire que le cheminement de tout une vie vers l'unité et la totalité reçoivent leur récompense par la vision de la pierre. Les vases évoquent, si on pense à l'Egypte ancienne, le corps démembré d'Osiris dont certaines partie étaient conservées dans des vases en attendant que le corps entier soit reconstitué. Ils rappellent aussi, chez les Grecs, les jarres dans lesquelles ils conservaient les grains de blé en attendant de les mettre en terre là où ils donneraient un nouveau blé. Les racines font penser à la comparaison que faisait Jung entre la vie et le rhizome d'une plante.  Je ne peux m'empêcher de vous donner à nouveau cette citation extraite de Ma Vie :

" La vie m'a toujours semblé être comme une plante qui puise sa vitalité dans son rhizome ; ce qui devient visible au dessus du sol ne se maintient qu'un seul été, puis se fane... Apparition éphémère. Quand on pense au devenir et au disparaître infinis de la vie et des civilisations, on retire une impression de vanité des vanités ; mais personnellement je n'ai jamais perdu le sentiment de la pérennité de la vie sous l'éternel changement. Ce que nous voyons, c'est la floraison  - et elle disparaît - mais le rhizome persiste."

 Jung s'apprêtait à vivre sa vie invisible. Restent les fils d'or scintillant entre les racines. Pour moi c'est une évocation du sentiment ressenti par Jung d'appartenance à la longue chaîne d'or des alchimistes. Ils peuvent aussi faire penser à cette phrase citée par Marie Louise von Franz, citant un ouvrage sur le Tao :

"Par la volonté suprême le Tao est atteint...mais en maintenant en paix l'essence, ta longévité fleurira, avec l'essence de la pierre et l'éclat d'or...

Jung mourut dans l'après midi du mardi 6 Juin. Quand ce sera le moment de transiter vers ailleurs, ce moment où meurt la fleur de la vie, je souhaite à tous ceux qui ont tenté de faire de leur vie une oeuvre d'alchimie spirituelle de recevoir, comme  récompense et viatique, un aussi beau rêve que celui de Jung.

            Ariaga.   

  COUP DE COEUR

Le départ de Jung vers l'ultime monade m'a fait penser à un blog sur les images et le texte duquel je vais souvent rêver. Il s'agit de L'Astroport le chant du pain (lien). Aujourd'hui je suis allée élargir mon univers en écoutant le chant d'Iota Horologii, une étoile jaune orangée, à des années lumière dans la constellation de l'Horloge. Mon coeur a battu, comme en écoutant du J.S.Bach, à l'évocation des variations rythmiques écoutées pendant de longues nuits par les astronomes. Si vous fréquentez l'astroport, vous aurez presque quotidiennement des nouvelles du cosmos.

 

 

25/03/2008

Rêve d'évasion du monstre

 

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Quand le monstre, androgyne de ses abysses, enfermé dans la cornue où il se dessèche depuis les origines, laisse échapper par l'issue du rêve une part féminine démente de solitude, le vouloir explose le verre de la cage.

Elle veut tous les alcools, et aussi tous les rires.

Elle veut devenir folle et manger des délires, énormes !

Elle est jeune, elle est belle,

donnez lui votre sang pour la rendre immortelle.  

            Elle veut Tout,

inventer les poisons, appeler les démons, saccager les jardins,

pour aimer, pour pleurer, pour sentir.

           Elle veut Tout.

Elle parcout le monde, mers, fleuves, montagnes,

loin, toujours plus loin.

Son corps craquelé devient comme un rocher que jamais n'atteint la marée et les mousses s'effritent dans sa main.

          Des filles sont passées

          et l'ont appelée soeur,

corps vénéneux, ployant comme des tiges, paupières violettes, yeux de topaze, chacune tenait entre ses bras un enfant mort !

Elle ne les a pas entendues, les mots des humains sont perdus.

          Reste le Désir.

Quand elle voit la ville, si proche et si lointaine,

elle court haletante, le visage mouillé.

Elle tombe, elle rampe et c'est à quatre pattes, comme un chien, qu'elle atteint la première porte,

trop tard, une nouvelle fois trop tard.  

           En lettres de cendres il est écrit :

   Le monstre est mort, brûlé sur l'athanor du JE.

               Ariaga 

COUP DE COEUR

   Aujourd'hui, je veux vous parler d'un être protéiforme, peintre, poète, chercheur de mots et de langages nouveaux. Il s'agit de Lambert Savigneux, alias alorededelam, lam, Lambi pour les intimes. Il disparaît, il revient, toujours aussi talentueux. Vous pouvez, en ce moment, le trouver sur son blog principal Les vents de l'inspire.(lien) mais, si vous avez le temps ne vous arrêtez pas là. Allez sur ses autres blogs qui se ramifient, comme des branches, à partir de son blog principal. Et n'oubliez pas son ancien blog, mon préféré.




 

 

 

19/03/2008

Les voix du rêve et l'Ami intérieur

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     Le rêve est un pont entre l'inconscient et le conscient et sur ce pont des messages circulent. Ils se manifestent parfois par des voix. Il arrive que certains lecteurs de ce blog se disent intrigués ou impressionnés par ce qui parle dans leurs songes. J'ai leur ai répondu  ici où là mais je vais, aujourd'hui, tenter de traiter le sujet de manière un peu plus complète. Je m'adresse ici à ceux qui rêvent beaucoup et cherchent un sens à ces nombreux rêve. 

   Les voix qui parlent dans les rêves peuvent manifester l'opinion d'inconnus ou de personnages bien identifiés, ou bien il s'agit d'une réflexion que le rêveur se fait à lui même. Parfois c'est plus vague : "on dit que, il est dit que". Une autre voix est parfois entendue, impérative, numineuse, exprimée avec force par un personnage plein d'autorité, ou même par un être invisible dont la voix résonne d'une manière biblique. Je pense, mais ceci n'engage que Jung et moi qui le suit tout à fait dans cette idée, qu'il s'agit de la Grande Voix du Soi.

   Les voix appartenant à des personnages identifiés sont ce que l'on pourrait appeler des voix " douteuses ". Voix de l'ombre, voix d'une anima ou d'un animus négatif ou positif, ayant emprunté une forme symbolique. Il est difficile de s'y retrouver car on a tendance à leur donner, dans l'interprétation du rêve, la même place que si on les rencontrait dans la vie quotidienne avec toutes les arière pensées que cela implique. 

  D'autre fois, le rêve propose des " on dit que " ou  " une voix dit ". C'est le début des efforts du Soi pour se faire entendre. Et puis, quand les rêves sont fréquents et deviennent une série de rêves, arrive la Voix qui est une espèce de fil conducteur. Elle émane de personnages inconnus, variés, sous les déguisements desquels il est difficile de reconnaître des représentants du Soi. il arrive que survienne une situation onirique au cours de laquelle se produit ce que j'appelle le phénomène de la Grande Voix et alors le doute n'est plus permis. Elle s'exprime d'une manière autoritaire, claire et convaincante et, comme l'écrit Jung (psychologie et religion, p.79) :

"parait souvent être le résultat final et pertinent d'une longue délibération inconsciente au cours de laquelle tous les arguments auraient été soigneusement pesés. Fréquemment, la voix provient d'un personnage plein d'autorité : tel un chef militaire, le commandant d'un navire ou un vieux médecin. Quelquefois il n'y a qu'une voix, venue, semble-t-il, de nulle part."

   Quand la voix n'émane pas d'une personnalité supérieure ou idéale, ce peut être aussi celle de l'" Ami intérieur "avec lequel on rentre dans une sorte de  conversation avec soi même , de méditation, au sens des anciens alchimistes qui définissaient cet autre comme "aliquem alium internum", quelqu'un d'autre à l'intérieur. Jung répond à ceux qui objectent que ce qu'exprime la voix n'est rien d'autre que les pensées du rêveur (l'âme et le Soi, p.38) :

" Souvent on m'a objecté que les pensées exprimées par la voix ne sont autre chose que les pensées de l'individu lui-même. C'est possible mais je n'appellerai mienne une idée que si c'est moi qui l'ai pensée, comme je ne dirai d'une somme d'argent qu'elle m'appartient, que si je l'ai gagnée ou encore acquise d'une manière consciente et légitime. Si quelqu'un me donne de l'argent en cadeau je n'en remercierai certes pas le donateur en disant : "Merci pour mon argent", bien que, parlant plus tard à un tiers, je puisse affirmer "c'est mon argent".

   Le phénomène de la Voix est identique. Elle offre des contenus mentaux comme un ami donne des idées ou des conseils. Cependant, il est impossible de produire la voix à la demande, ou de deviner à l'avance le contenu d'un message, et la voix du rêve n'appartient pas plus au rêveur que le bruit de la rue ou d'une musique lointaine. Pour dire que la voix est un élément de la personnalité consciente il faudrait admettre que cette personnalité fait partie d'un tout ; qu' elle est un petit cercle contenu dans un cercle plus grand, là où se joue la musique.

Bonne nuit et beaux rêve. En espérant  que vous entendrez la grande musique du Soi. 

          Ariaga.

COUP DE COEUR

   Aujourd'hui, c'est pour moi, pour MON plaisir, que je vais choisir un blog qui, depuis les débuts du Laboratoire est une source d'inspiration, une nourriture. On ne peut pas décrire La Quête de  Kaïkan.(lien) C'est un univers, c'est la poésie, l'art, la musique, la beauté. Je n'ai pas de mots, il faudrait que je lui emprunte les siens...

 

17/02/2008

Le rêve du yogi

   Je fais des sauts dans le temps au sujet de la double personnalité de C.G.JUNG, déjà évoquée (voir lien) et de sa relation à la philosophie, la psychologie, le rêve et la spiritualité.

   Une étape importante du cheminement de Jung, la plus importante depuis sa confrontation avec l'inconscient entre 1913 et 1916, quand beaucoup d'amis et surtout d'ennemis l'avaient soupçonné de folie, se situe durant sa grave maladie de 1944. Il avait alors soixante huit ans.  Pendant trois semaines il resta entre la vie et la mort dans une espèce de semi coma. Alors que ses journées étaient remplies de souffrances morales et physiques, les nuits lui donnaient accès à un monde de "la délivrance du fardeau du corps et de la perception du Sens". 

   Il eut de nombreuses visions de symboles alchimiques, en particuliers ceux qui représentaient le thème archétypique de la conjonction des opposés ; le mariage mystique, par exemple. Il raconte ces scènes et le plaisir qu'il avait à les "vivre', de manière détaillée dans le chapitre de Ma vie intitulé " Visions ". Quand je lis ces récits hors du contexte de l'oeuvre complète de Jung  je ne suis pas étonnée qu'il ait passé aux yeux de certains comme un visionnaire mystique hurluberlu. Il décrit aussi ses difficultés et son peu d'enthousiasme envers un retour à la vie réelle, tout en ajoutant cependant que, même au sein de cette béatitude provoquée par les visions, régnait un "manque singulier de chaleur humaine".

   Jung choisit la Vie. Son sentiment de parenté avec la Nature, une acceptation du destin, la curiosité au sujet de l'avenir furent, je crois, ce qui le retint de céder à la tentation de s'"échapper par le haut", tentation qui fut très forte pendant cette maladie. A cela s'ajoutait une exigence morale l'incitant à transmettre les expériences accumulées pendant une existence déjà bien remplie par la pratique de l'analyse, l'accumulation d'un grand savoir livresque, et surtout le travail d'expérimentation sur lui-même.

   C'est après cette période, pendant laquelle il évolua à la frontière entre la vie et la mort, que furent écrites ses oeuvres essentielles. Cependant, de profondes transformations se produisirent dans son attitude, en particulier au sujet de sa double personnalité. Sa maladie et le fait que son conscient avait laissé s'installer une domination de forces inconscientes, avaient redonné la prédominance à la personnalité numéro 2.

   Jung chercha de nouvelles formes d'expressions et ne tenta plus d'imposer son point de vue personnel. Il se laissait plutôt "guider par le cours de ses pensées" ; elles se formaient d'elles mêmes et il les acceptait, sans se préoccuper d'un quelconque jugement d'autrui à leur sujet et, surtout, il fit de nombreux rêves dont l'un, celui du  "Yogi", éclaircit pour lui les relations entre le Soi et le Moi. Les commentaire qu'il donne de ce rêve montrent que les visions "initiatiques" qu'il eut pendant sa maladie avaient conforté en lui le sentiment de devoir revenir à sa à sa personnalité numéro 2. Il lui fallait se désintéresser de son image sociale et privilégier la relation avec l'inconscient. Voici ce rêve  (Ma vie, p.367) qui commence par une excursion et l'arrivée à une petite chapelle :

" La porte était entrebâillée et j'entrai. A mon grand étonnement, il n'y avait ni statue de la vierge, ni crucifix sur l'autel, mais simplement un arrangement floral magnifique. Devant l'autel, sur le sol, je vis, tourné vers moi, un Yogi dans la position du lotus, profondément recueilli. En le regardant de plus près, je vis qu'il  avait mon visage ; j'en fus stupéfait et effrayé et je me réveillai en pensant : " Ah ! par exemple ! Voilà celui qui me médite. il a un rêve et ce rêve c'est moi " Je savais que quand il se réveillerait je n'existerais plus. "

  Jung a longuement commenté ce rêve dans Ma vie et d'autre oeuvres mais je pense qu'il est mieux que chacun cherche à interpréter ce rêve comme s'il était lui même le rêveur car il me semble que, à travers le rêve de Jung, c'est nous tous qui rêvons. 

          Ariaga.
 

 

 

15/01/2008

Les rêves de Nietzsche-Zarathoustra

   Avant de vous donner les résultats, sur le plan de la psychologie des profondeurs et de la philosophie de la nature, des longues recherches de Jung dans les ouvrages alchimiques, j'ai envie de vous parler des rêves du Zarathoustra de Nietzsche. En effet, quand Zarathoustra rêve il est certain qu'il s'agissait pour Jung d'une projection des songes de Nietzsche lui-même. Et quand on sait l'influence que Nietzsche a eu sur Jung, influence dont je vous parlerai dans quelque temps, évoquer ces rêves est aussi montrer une des racines de  la fascination de Jung pour le rêve.
   Les rêves de Zarathoustra sont racontés dans trois textes d'une grande beauté : "Le prophète" (p. 275sq), "l'heure du suprême silence" (p; 295sq), "des trois maux" (p. 369sq).  J'utilise toujours la traduction de G. Bianquis mais j'ai oui dire qu'il en existait une plus récente que j'espère bien recevoir un jour en cadeau. (discrète incitation à mes proches...). 
   L'importance que Nietzche-Zarathoustra accordait aux rêves et à leur interprétation se manifeste au moment où Zarathoustra, se réveillant d'un sommeil profond, est navré de voir son rêve "retenir en lui son sens caché" au lieu de le laisser librement prendre son essor. Il demande alors à ses amis de l'aider à en deviner le sens et c'est, très symboliquement, le "disciple qu'il aimait entre tous" qui interprète son rêve. 
   Les rêves de Zarathoustra font entendre une grande voix que j'imagine comme étant celle du Soi et cette voix énonce des phrases essentielles et prophétiques :
   "Qu'importe ta personne Zarathoustra, dis -la parole que tu portes en toi puis brise-toi"...
    "Et pour la dernière fois la voix me dit " O Zarathoustra, tes fruits sont mûrs, mais toi tu n'es pas mûr pour tes fruits."
On peut interpréter le "tu n'es pas mûr"comme une constatation du Soi . Même si tous les éléments fournis par l'inconscient sont présents et pourraient conduire le Zarathoustra Nietzsche vers un accomplissement de sa totalité conscient- inconscient, il n'est pas suffisamment "conscient" pour mener ce travail à son terme. Ceci semble assez prophétique de la folie où il devait sombrer. .  
  Dans le dernier songe, au moment de  "l'ultime rêve de l'aube", Zarathoustra sur un promontoire au delà du monde tient un balance et pèse le monde :
   Mesurable pour quiconque a le temps, pensable pour un bon penseur, accessible aux ailes vigoureuses, déchiffrable aux divins déchiffreurs d'énigmes : tel m'apparut le monde en rêve." 
Et il interprète lui même son rêve comme une acceptation du monde tel qu'il est :
   Ni assez énigmatique pour effaroucher la tendresse humaine, ni assez catégorique pour endormir la sagesse humaine - une bonne chose, une chose humaine : tel me semblait le monde ce matin, ce monde dont on dit tant de mal.
Que de Grâces j'ai rendu à mon rêve d'avant l'aurore, qui, dès l'aube ce matin, m'a permis de peser le monde ! il est venu à moi comme une bonne chose, une chose humaine, ce rêve consolateur. "
  Ce ne sont pas seulement les songes, c'est tout le Zarathoustra qui ressemble à un grand rêve éveillé ; une sorte de récit inconscient mettant en scène des archétypes universels tels ceux du Vieux Sage, du briseur d'idoles ou de l'enfant créateur.  Le Zarathoustra fut une sorte de boîte de Pandore contenant tous les éléments propres à susciter l'enthousiasme ou la défiance d'un Jung dont je vous raconterai la fascination répulsion envers une oeuvre et un auteur qui l'accompagnèrent pendant tout son cheminement.
   Pour finir, je vais vous proposer un rêve de Nietzsche lui même, cité par Jung dans Métamorphoses de l'âme et ses symboles.
Nietzsche, au cours d'un dîner de la société Bâloise était assis à côté d'une jolie dame. Il lui raconta le rêve suivant :
   "J'ai récemment rêvé que ma main qui était posée devant moi sur la table acquit soudain la transparence du verre ; je voyais nettement en elle le squelette, le tissu,le jeu des muscles. Tout à coup, j'aperçus sur elle un gros crapaud, en même temps que quelque chose d'irrésistible me poussait à avaler l'animal. Je surmontais mon atroce répulsion et je l'avalais ".
   Il paraît que la jeune femme se mit à rire et que Nietzsche en fut très attristé. Elle n'avait peut-être pas compris que son voisin de table, toujours habillé avec une parfaite correction, venait de lui ouvrir une porte sur les profondeurs de son inconscient, et l'intimité d'un secret dégoût.
  Ce songe revint souvent hanter Nietzsche et, selon Jung , le crapaud dont il avait souvent rêvé avec l'angoisse d'être forcé de l'avaler, ne put jamais, psychologiquement parlant, être dégluti par le philosophe.
  Faites de beaux rêves...
       Ariaga
 

09/01/2008

C. G. Jung reçoit l'enseignement des rêves

( Suite de la note précédente )
   Comme pour tous les choix essentiels de son existence, Jung reçut des rêves un enseignement l'incitant à s'intéresser à l'alchimie. Il ne les comprit pas plus, à l'époque où ils survinrent, qu'il ne comprit la connotation alchimique du Faust de Goethe.
   Rappelons, dans son enfance, la vision de la cathédrale de Bâle, à partir de laquelle se posera pour lui le problème de l'homme chrétien et de l'ambiguïté divine, problèmes latents dans les écrits alchimiques. D'autres rêves survinrent à l'âge adulte. Il en fait le récit, ainsi que leurs conséquences dans Ma vie. Il s'agit de rêves montrant, de manière récurrente, une aile de sa maison ou une construction ajoutée, n'existant pas dans la vie réelle. Il finit, à un moment de cette suite de rêves, par pénétrer dans l'aile inconnue. Il y découvre une merveilleuse bibliothèque dont les ouvrages proviennent du XVI° et du XVII° siècle. Ils contiennent des "symboles singuliers", qu'il n'identifiera que tardivement comme des symboles alchimiques. 
   Le rêve décisif se situe en 1926 (il avait 51 ans). Il est long et j'en ai seulement retenu qu'il se situe dans une vaste demeure seigneuriale aux nombreuses dépendances. Alors qu'il se trouve dans la cour les portails se ferment. Le paysan qui l'accompagne et lui sert de cocher s'écrie  (ma vie p. 237):
" Nous voila maintenant prisonniers du XVII° siècle ! -Résigné je pense : Oui, c'est bien ça ! mais que faire ? Nous voilà prisonniers pour des années ! " Puis il me vient à l'esprit la pensée consolante : un jour, dans des années, je pourrai ressortir."
   Son désir d'interpréter ce rêve l'incite à effectuer des recherches. Il explore de nombreux domaines de la tradition symbolique mais le véritable déclic n'a lieu qu'en 1928 au moment où Richard Wilhelm lui envoie un texte de l'alchimie chinoise : Le secret de la fleur d'or. C'est alors que naît en lui le désir de connaître les alchimistes.  
   Jung commande et reçoit une volumineuse collection de traités en latin. Il se contente, pendant un certain temps, de les garder dans un placard d'où il les sort périodiquement pour les feuilleter, tout en s'exclamant sur leur obscurité et leur stupidité. Mais Jung est un acharné et, petit à petit, des lambeaux de sens émergent de cette "éclatante absurdité". Lentement des connexions se mettent en place, et il découvre qu'il s'agit de symboles. 
   Il se retrouve maintenant en pays de connaissance, lit avec acharnement, jusqu'au moment où lui revient en mémoire le rêve de son emprisonnement au XVII° siècle. Une fois de plus le discours onirique lui a indiqué le chemin à suivre . Il comprend, à ce moment là, que sa voie, pour les années à venir, est d'étudier l'alchimie depuis ses débuts et d'y chercher un fil conducteur en utilisant les mêmes méthodes que celles d'un philologue étudiant une langue inconnue. Il étudie alors la relation entre les symboles et la syntaxe , fait des dictionnaires de mots et de citations. Avec le temps il réunit des milliers de références et de comparaisons. Des volumes et des volumes, représentant un véritable travail de bénédictin.
   Il faudra à Jung plus de dix ans pour que les résultats de ses études sur la symbolique alchimique, et ses possibilités d'utilisation pour l'interprétation des manifestations de l'inconscient, prennent une forme théorique satisfaisante à ses yeux. C'est alors qu'il écrira ses ouvres les plus remarquables. Ceci exprime ma pensée car une grande partie de jungiens purs et durs préfère ignorer la partie alchimique de l'oeuvre de Jung, comme s'il s'agissait d'une aventure poético-mystique un peu fumeuse.
Une fois de plus, après sa dangereuse plongée dans l'inconscient, Jung était sorti d'un labyrinthe : celui bien tortueux et obscur de l'expression symbolique de la pensée alchimique.
(à suivre)
       Ariaga.
 
  
 

10/10/2007

Scénarios et langage des rêves

 
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   Pour que vous trouviez plus d'intérêt à ce que je veux vous dire aujourd'hui sur les scénarios de l'inconscient et sa manière de s'exprimer dans le rêve, je vous propose quelques liens avec d'anciennes notes. Par exemple je ne parle pas ici de rêves isolés mais plutôt de séries de rêves.  Je m'adresse donc aujourd'hui à ceux qui sont très intéressés par leurs rêves et les notent régulièrement. Il serait aussi pas mal que vous sachiez ce que C.G.Jung pense au sujet de l'interprétation des rêves.

    Il est naturel, qu'après le passage par le filtre indispensable de la conscience, les représentations et les messages transmis par les rêves parviennent à la réception comme une suite, plus ou moins cohérente, rappelant les récits auxquels nous sommes habitués dans la vie consciente. C'est une sorte d'habillage qui peut masquer des messages moins évidents mais donne déjà de précieux renseignements sur les processus psychiques au fur et à mesure du déroulement de la série de rêve.

   Ainsi, incessamment et avec patience, comme les vagues qui viennent rouler sur le rivage, les rêves racontent, tels les scénarios d'un film, des histoires de crises, de luttes d'influence, de peurs enfantines, de guerres entre les sexes, et aussi des histoires d'amour humain ou spirituel.  

   Il y a des scénarios, souvent identiques, ou des personnages, sous des déguisements divers re-présentent des manifestations archétypiques. Ce peut être l'Anima ou l'Animus, le Vieux Sage, le Héros, la Mère terrible, Eros, sans oublier les représentations du divin, du religieux, de l'autorité et surtout de la puissante Nature.

   La progression de ces récits est très particulière. On observe un mouvement pendulaire d'avancées et de régressions, en passant par des périodes d'insistance sur certains points, donnant à penser que le " narrateur " trouve insuffisant le degré de compréhension du rêveur.  Il semble aussi que, dès le début des séries, les éléments essentiels sont fournis, mais d'une manière elliptique évoquant certains récits de " suspense " où, arrivé au milieu du livre, on se dit, mais oui, je le savais ! On avait la clef du  mystère dès le début mais on l'ignorait. C'est ce que Jung appelle les rêves "initiaux". 

   Si on regarde attentivement les rêves, si on les "contemple" on s'aperçoit que les scénarios décrivent, non seulement les lieux, les situations, le jeu des acteurs, mais proposent aussi des des dialogues qui, une fois isolés, constituent un véritable discours qui commente ou explique ou donne des indications sur le comportement à adopter. En poussant un peu loin, on peut dire qu'il s'agit là des "intentions" de l'inconscient. 

   Les paroles de l'inconscient sont prononcées , soit par le rêveur lui même, soit par différents protagonistes identifiés (parents, amis, connaissances), soit par des groupes ou des " on " comparables à des choeurs. On a alors affaire à des acteurs plus ou moins bien connus (parents, amis, relations) représentant différentes composantes de la psyché du rêveur. Mais il est d'autre paroles, prophétiques, mystérieuses, émises par une forte voix non identifiée, produisant un effet " numineux ". Je l'appelle la grande voix du Soi.

   Les récits ont un " style " différent selon les rêveurs. Il y a une fréquence d'apparition de mots ou de situations dans l'espace. J'ai, par exemple, fréquenté des tas de chambres d'hotel et je me retrouve souvent avec un sac à dos, porté, perdu, volé etc.

   Les " jeux de mots ", chers à Freud, et qui ont pour correspondance en alchimie  la  " langue des oiseaux ", ne manquent pas dans les rêves pour celui qui sait les voir ou le " entendre ". Ils demeurent souvent la seule explication possible d'un rêve en apparence absurde.

   Il y aurait encore beaucoup à dire, mais ce sera tout pour aujourd'hui. A vos rêves...

       Ariaga
 

 

08/09/2007

Cimetière de bateaux

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Ils l'ont dévêtu de la mer et par un chemin goudronné

affublé de honteuses roues

ils l'ont mené au cimetière.

 

Ils l'ont attaché  à la terre qui lui était si étrangère

éclaboussé d'un sang de rouille

l'orgueil de ses belles couleurs.

 

Il n'est pas mort il rêve encore

d'un herbage devenu varech 

ses flancs puissants fendent la terre

ses hélices labourent le bitume fondant en lourdes vagues noires

il s'en va gagner les eaux libres

droit en direction des abysses

vers la vraie tombe des bateaux.  

       Ariaga
 

16/08/2007

Un rêve de mandala de C.G.JUNG

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   Comme à la " rentrée " nous allons souvent cheminer vers le Soi, pour vous donner un avant goût je vous propose un rêve essentiel de C. G. Jung qui lui fut donné en 1927, il avait donc cinquante deux ans.

   Depuis plusieurs années Jung esquissait, chaque matin, un petit dessin en forme de rond, baptisé par lui " mandala " qui lui semblait être une image de sa " situation intérieure ". Pendant ce travail, il se questionnait inlassablement sur le sens et le but de ce processus de l'inconscient. Ses dessins lui étaient, comme il l'écrit " livrés journellement "et il avait, intuitivement, l'impression qu'ils représentaient son " Soi  ', et, qu'avec le temps, il allait acquérir une idée plus précise de ce " Soi ". Il comprenait aussi, de plus en plus clairement, que dans ces dessins " tout convergeait vers un certain point : celui du milieu." L'expérience des mandalas s'acheva sur le long rêve de " Liverpool ". Je vais vous le résumer et si vous voulez en lire la version intégrale vous la trouverez à la page 230 de Ma vie (en poche).

   Jung se trouve, la nuit, avec des compagnons, dans une ville sale et noire de suie : Liverpool. les quartiers de la ville sont disposés en étoile autour d'une place, et chaque quartier est, lui aussi, construit en étoile autour d'un centre. au milieu de la place, se trouve un petit étang, au centre de l'étang un îlot, et sur l'îlot un arbre "inondé de fleurs rougeâtres.  Alors que toute la ville est sombre, l'îlot et l'arbre en fleur resplendissent dans la lumière du soleil. Les compagnons du rêveur-Jung ne voient pas l'arbre. il est transporté par la beauté de la scène et s'éveille avec le sentiment d'avoir acquis une précieuse connaissance. Dans cet univers sombre, où tout était déplaisant, ce lieu de l'" Ombre ", il avait eu une vision de la beauté de la Vie. il écrit :

   " Liverpool est the pool of life, l' "étang de la vie " ; car liver le foie est, selon une vieille conception, le siège de la vie. A l'expérience vivante de ce rêve s'associa en moi le sentiment de quelque chose de définitif. Je vis que le but y était exprimé. Le but c'est le centre : il faut en passer par là. Par ce rêve je compris que le Soi est un principe, un archétype de l'orientation du sens : c'est en cela que réside sa fonction salutaire ".  (Ma vie, p. 231).

   Ce songe lui procura un sentiment d'harmonie et de satisfaction, de symétrie aussi. il retrouva ce sentiment , qu'il cernera de mieux en mieux dans les rêves de mandalas de ses patients. En particulier dans la série de rêves de Psychologie et alchimie. Bien que, selon ses dires, il lui fallut une vingtaine d'années avant d'élaborer et de donner un cadre scientifique à ce qu'il avait vécu à cette période de sa vie, ce rêve lui procura, une réponse " claire et imagée " sur des questions essentielles qui le préoccupaient. Il cessa ensuite de dessiner et de peindre régulièrement des mandalas ayant, en quelque sorte, obtenu satisfaction.

   Si vous en ressentez le besoin, suivez l'exemple de Jung, dessinez des mandalas ou bien faites comme moi, recherchez les inscrits dans la nature comme celui de la photo ci dessus. Ce sont des objets de contemplation et de méditation, même s'ils ne sont pas bien " centrés "... 

       Ariaga.
 

 

24/07/2007

Une ancre dans la terre

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A force de voguer sur la mer des visions et imaginations, des rêves éveillés d'une route tracée jusqu'à la voie lactée, je crains que les fantasmes, nourriture quotidienne des allumés du banc, nous entraînent trop loin sur les flots incertains...

Pour pouvoir continuer nos si belles folies, se rire des maelströms, aller jusqu'aux délires, il fallait assurer, c'est pourquoi j'ai ancré,  solidement en terre, le banc de nos errances. La chaîne est invisible nous danserons dessus.

 

       Ariaga
 

02/07/2007

Partir en VACANCES dans sa tête

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     Regardez ce simple banc, propice à la méditation et à l'imagination car il a une vue sur " rien ", c'est à dire sur tous les possibles. Assise sur ce banc, en compagnie de mes amis intérieurs dont certains ont été présentés aux lecteurs de ce blog, j'ai pensé à tous ceux, dont je fais partie, qui, pour diverses raisons, ne partent jamais en vacances ; vacances au sens que l'on donne aujourd'hui à ce mot c'est à dire se déplacer vers un ailleurs où tout est censé être mieux qu'à la maison. J'ai songé à ceux qui manquent d'argent pour partir, à ceux qui sont derrière des barreaux, à ceux qui en sont physiquement incapables et à ceux qui s'en occupent à longueur d'année, à ceux qui n'ont plus le courage de sortir de chez eux, et tant d'autres...

     Il nous reste la plus grande des libertés, voyager dans notre tête : réfléchir, contempler une photo et y pénétrer en imagination, explorer l'intérieur de nous-mêmes, rêver sur quelques lignes de prose ou de poésie. Nos possibilités de projection sont illimitées. Si nous le voulons, nous possédons le moyen de transport existant le plus rapide pour visiter jusqu'aux galaxies. Alors, vous comprenez, ceux qui s'entassent sur les autoroutes pour aller vers "le soleil" ou qui s'envolent à destination de lointains pays ne seront jamais aussi rapides que nous. Et puis, il y a souvent des merveilles à quelques mètres ou quelques kilomètres et aussi des ravins, des sommets, des aventures, de l'amour, en nos territoires intérieurs tellement inexplorés.

     Aujourd'hui contentons nous, compagnons de voyage, de regarder longuement ce banc sur lequel se pose un rayon doré. L'herbe est usée par les pieds de ceux qui se sont assis là. Venez rêver à côté de moi, il y a de la place. Et si vous êtes nombreux, vous pourrez vous asseoir aux pieds du banc.  Pourquoi pas vous coucher et coller votre oreille contre la terre habillée de vert. Vous entendrez le murmure de la Nature et pourquoi pas la voix de mon ami intérieur, le vieil alchimiste qui a pour habitude de me chuchoter des choses insensées.

        Ariaga.
 

 

28/05/2007

Nature oubliée, rêve et Totalité

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   La nature est souvent oubliée par une civilisation qui a fait de de l'explication et de la domestication de cette nature  un nouveau mode de relations. Mais l' "Esprit de la Nature", comme le disaient les alchimistes, est puissant et sa voix se fait souvent entendre dans les rêves, et surtout les séries de rêves qui peuvent devenir un véritable enseignement. 

C'est la Nature, et C. G. Jung l'avait bien compris au moment où il dit son grand Oui à la Vie, ce Oui, pour lequel je plaide souvent, c'est la nature donc, qui représente la Totalité à laquelle beaucoup aspirent. La seule totalité qui nous soit accessible  ici et maintenant. Elle est une représentation de cette Totalité qui nous échappe parce que la partie ne peut comprendre la tout. La goutte d'eau est la mer mais elle ne le sait pas. Cette re-présentation s'observe partout, de l'agencement cosmique à celui de notre corps et jusqu'à chacune de nos cellules  ; on la voit aussi à l'oeuvre dans le merveilleux processus de la formation du vivant, que ce soit un cristal ou un nouveau né. 

   Ce sont justement les rêves, dont émergent si souvent des images de cette nature oubliée, qui nous montrent, sous le niveau conscient la persistance mémorielle d'une nature à laquelle nous appartenons par notre corps, notre incarnation. Au niveau de la psyché on peut voir aussi fonctionner des lois régulant de façon harmonieuse le fonctionnement de l'ensemble. La régulation s'effectue par une espèce de système "homéostatique" de relations entre les polarités opposées et la fonction compensatoire entre le conscient et l'inconscient. Si on y ajoute la coopération entre ces mêmes conscient et inconscient, on parvient à une harmonisation semblable à celle qui se produit entre les différents organes et flux du corps. De là à dire qu'il n'y a aucune différence fondamentale entre la matière et la psyché... est-ce que Jung aurait franchi le pas ?

   Bien, je me lâche un peu et vous n'êtes pas obligés de me suivre mais je suis persuadée que nous formons des unités de la Vie, en relation avec d'autres unités de vies, contenant des aspects physiques, psychiques et spirituels. Je pense aussi que ces aspects se manifestent tous dans les rêves de ceux qui prêtent attention (avec prudence, vous l'avez vu dans la contribution d'Arianil) aux vagues oniriques affleurant sans cesse à la limite de leur conscience.

   A ces dimensions observables qui offrent une possibilité de représentation de la totalité humaine il faut ajouter une dimension transcendante et irreprésentable de la Totalité : un "sens éternel inconnaissable", comme le disait Jung. Au sujet de cet inconnu on ne peut rien dire, seulement s'ouvrir.

     Ariaga 

 

 

 

27/04/2007

Dialogue avec Dieu

...Suite des deux précédentes notes.

   Une réflexion, que l'on peut qualifier de "philosophique "commence chez l'enfant à la suite du rêve de la cathédrale et quoi que Jung s'en défende, je crois qu'elle perdurera jusqu'au seuil de la mort. La lecture des ultimes lettre de la Correspondance m'en a persuadée. Il va, très précocement, déduire de son expérience un certain nombre de conclusions qui auront une grande importance pour l'évolution de sa pensée. 

   Tout d'abord, l'évidence des contradictions inhérentes à la nature divine : Dieu, omniscient, connaît toute l'histoire de l'humanité. Et pourtant, il crée des hommes qui ne peuvent échapper au péché. Ensuite, non seulement il interdit ce péché mais il le punit. Y a t-il en Lui une part de cruauté ? Si oui, Dieu n'est pas "tout de bonté". Il montre son autre face, celle de la cathédrale : une face implacable qui ignore ce que les hommes appellent le juste et l'injuste. Il n'apporte ni secours ni réponses. Pire, il peut être l'instigateur d'une situation où un malheureux enfant, torturé par le doute, doit "penser à ce qui est maudit, pour participer à Sa grâce." On est seul devant ses décisions, et on ne peut attendre aucune aide quand se pose un problème vital de choix. La jeunesse, pense le Jung de douze ans, le manque d'expérience, ne sont pas des excuses, au moment de répondre aux exigences de la terrible volonté divine. 

   Ces première conclusions provoquent un grand désarroi chez le jeune garçon qui, dans le milieu de pasteurs où il vit a entendu beaucoup de discussions théologiques. Elles impliquent une mise en cause de sa relation à la religion. Au dessus de l'église, et de son discours théologique, il y a un Dieu vivant, immédiat, tout puissant, qui se moque des traditions sacrées, puisqu'il est capable de démolir sa propre église d'une manière aussi scandaleuse. Ce Dieu peut exiger que l'on renonce à toutes ses opinions pour bafouer la tradition religieuse. Tout cela est assez effrayant.  Après la déception provoquée par sa communion, cérémonie en laquelle il avait mis son dernier espoir, car il pensait que Dieu à cette occasion allait se manifester à lui d'une "manière inouïe"et où il ne ressent qu'un grand vide glacial, il parvient à cette constatation :" J'étais tombé hors de l'église. Cela me remplissait d'une tristesse qui devait assombrir toutes mes années jusqu'au commencement de mes études universitaires."(Ma vie, p.77).

   Si Jung enfant était tombé hors de l'église, son dialogue avec le Dieu biblique de ses pères était loin d'être terminé. Un fil direct relie la scandaleuse vision de la cathédrale, avec un détour par Les sept  Sermons aux morts, à l'étude tout aussi scandaleuse aux yeux de certains (qu'ils soient catholiques ou protestants), que Jung fait de l'"autre face"à l'origine du comportement de Yahvé dans Réponse à Job, une bonne soixantaine d'années plus tard. Ce qu'il écrit sur Yahvé doit être remis dans le contexte de l'ouvrage mais je vous en donne un extrait :"C'est la conduite d'un être essentiellement inconscient, conduite que l'on ne saurait soumettre à des critères moraux. (...) La dualité de l'attitude de Yahvé qui, d'une part piétine sans le moindre scrupule la vie et le bonheur humain, et pour qui, d'autre part, il semble que l'homme doive être un partenaire, place l'homme dans une situation inextricable : en effet, Yahvé Se comporte de façon absolument déraisonnable, à l'image des catastrophes de la nature et autres désastres imprévisibles, et il veut à la fois être aimé, honoré, supplié, et loué comme étant le Juste."(p.59et61)

   On sent, en lisant ces mots par l'intermédiaire desquels Jung exprime son indignation personnelle contre la nature paradoxale de Dieu, la trace indélébile du rêve du Dieu souterrain et de la vision de la cathédrale. Cependant sa colère est constructive. Elle le conduit, dans cet ouvrage, à la constatation qu'une prise de conscience, et la possibilité d'une relation harmonieuse de Dieu avec l'homme, passent par le chemin d'une incarnation christique. C'est parce que Dieu avait besoin de l'homme pour devenir conscient de lui-même et de sa création qu'il a progressivement ressenti la nécessité de s'incarner. 

   Bien d'autres développements sur la relation Dieu-homme, et une réflexion sur les possibilités d'intégration de l'élément féminin à la divinité, sont contenus dans cet ouvrage très personnel. Mais je me suis limitée, au sujet de ces deux rêves et de leur prolongement dans la vie et l'oeuvre de Jung, à montrer la présence au sein de ces rêves "initiaux", d'éléments à l'origine de l'enracinement de sa pensée et de ses réactions émotionnelles futures. J'espère aussi avoir signalé l'importance qu'il faut accorder aux rêves, visions et imaginations des jeunes enfant et pré-adolescents, car ils peuvent avoir une grande influence sur leur futur développement psychique.

   Il est possible que je vous ai "gonflés" avec mon cher Carl Gustav pendant deux semaines. Promis à ceux que je connais pour lesquels Jung n'est pas leur "tasse de thé", je vais aborder d'autres sujets. Si cela "descend" pour le Samedi /Dimanche photo/poésie. 

     Ariaga